QUÉBEC - Le drapeau canadien était de retour au Salon rouge de l'Assemblée nationale, mardi, à l'occasion de la cérémonie d'assermentation des députés caquistes et libéraux.

Le caucus de la Coalition avenir Québec (CAQ), qui se situe au-delà du débat sur la place du Québec dans le Canada, a été assermenté le premier devant l'unifolié et le fleurdelisé, mardi, contrairement à ses adversaires péquistes lundi.

En demandant au service du protocole de l'Assemblée nationale de retirer le drapeau canadien, le PQ n'a cependant rien fait de nouveau puisque cette pratique était déjà de mise même lorsque ses députés étaient dans l'opposition.

En point de presse après la cérémonie, le chef de la CAQ François Legault a déclaré que son parti, opposé à la tenue d'un référendum sur la souveraineté, préfère préserver les deux drapeaux en place avant l'élection du PQ le 4 septembre.

«La CAQ vise à rassembler tous les Québécois, a-t-il dit. À ce que je sache on est encore dans le Canada, donc je ne pense pas que ça devrait être une priorité de faire une guerre des drapeaux.»

Le chef de l'opposition libérale, Jean-Marc Fournier, a accusé la chef péquiste Pauline Marois d'avoir manqué de cohérence en voulant être rassembleuse tout en excluant le drapeau du Canada.

Après l'assermentation de 45 des 50 députés du Parti libéral du Québec (PLQ), M. Fournier a rappelé qu'au terme des deux derniers référendums, les Québécois ont choisi de demeurer dans le Canada.

«Le jour où on dit qu'on veut rassembler les Québécois, il me semble qu'il y a un manque de cohérence avec l'utilisation d'un seul drapeau et la mise au rancart de l'autre», a-t-il dit.

Le leader parlementaire de la CAQ, Gérard Deltell, a de son côté soutenu que le bureau de l'Assemblée nationale (BAN), composé d'élus, était responsable de décider de l'emplacement des drapeaux.

M. Deltell a affirmé que son parti n'est pas favorable au retrait du drapeau canadien, installé selon le député en 1986 dans l'enceinte parlementaire, à la demande de membres du Parti égalité.

«Un, je ne pense pas que ce soit une bonne idée, deux je ne pense surtout pas que ce soit un bon débat à faire», a-t-il dit.

La CAQ, une coalition de souverainistes et de fédéralistes, avance sur un fil de fer dans les débats qui se rapportent à cette question.

Le PQ a affirmé qu'il n'a pas encore décidé si le drapeau sera retiré de façon permanente. Mais dans l'éventualité où ce serait le Bureau de l'Assemblée nationale (BAN) qui devait trancher, le porte-parole Éric Gamache s'est montré confiant d'obtenir gain de cause puisque le PQ sera majoritaire au BAN.

«Même si nous sommes minoritaires (à l'Assemblée nationale), la composition du BAN est faite en sorte que le parti ministériel a cinq membres et la partie d'opposition a quatre membres», a-t-il dit.

Québec solidaire doit décider, d'ici la cérémonie d'assermentation prévue le mercredi 26 septembre pour ses deux députés, si le drapeau canadien demeurera dans la salle du conseil législatif, le Salon rouge.

Selon le service des communications de l'Assemblée nationale, le drapeau canadien a été placé dans cette salle à la toute fin de 1985 ou au début de 1986. Il a été retiré en 1994 lors de l’assermentation du cabinet péquiste de Jacques Parizeau et replacé pour l’assermentation du cabinet libéral de Jean Charest en 2003. Dans le Salon bleu, seul un drapeau du Québec est installé près du fauteuil du président depuis 1976.

À Ottawa, Daryl Kramp, député conservateur de Prince-Edward-Hastings en Ontario, a jugé que le retrait de l'unifolié était une décision irrespectueuse.

«C'est malheureux, la réalité c'est que mon Canada inclut le Québec, a-t-il dit. C'est ce que j'ai toujours senti et ça va continuer comme ça. Si des gens pensent autrement, nous sommes en démocratie et dans un pays libre, mais j'aurais espéré que le respect soit mutuel.»

Le député néo-démocrate Alexandre Boulerice a refusé de prendre position dans le débat.

«C'est une décision de l'Assemblée nationale, ça leur revient et ce n'est pas à nous de leur dire quoi faire et quoi ne pas faire», a-t-il dit lors d'un point de presse.

Dans un discours qui a suivi son assermentation et celle de ses 18 députés, M. Legault a affirmé qu'il souhaite que la CAQ soit le parti de l'économie, un credo aussi martelé par les libéraux.

«Au cours de la prochaine session, on va avoir beaucoup de questions et de suggestions à faire au point de vue économique, a-t-il dit. On a dans notre équipe plusieurs personnes très compétentes en finance et en économie et je vise rien de moins à ce qu'on démontre au cours des prochains mois que désormais, le parti de l'économie, c'est la CAQ.»

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