DROGUE - Ils seront six. Parmi eux, Evan Harris, un ancien député britannique du centre droit, mais aussi Lionel Shriver, écrivain, ou encore l'acteur Keith Allen. Peu suspects de déviances, ils ne se retrouveront pas dans un club, ni dans un pub, mais bien dans les laboratoires médicaux de l'Imperial College, à Londres, face à des caméras de télévision, rapporte The Huffington Post UK.

Entre télé-réalité et expérience scientifique, ces six cobayes prendront du MDMA, la substance active de l'ecstasy, devant des millions de téléspectateurs dans le cadre d'une émission intitulée Drugs Live: The Ecstasy Trial, qui devrait être diffusée sur Channel 4 en octobre prochain. Sous la supervision scientifique de David Nutt, anciennement conseiller drogue auprès du gouvernement britannique, l'émission vise à comprendre et à expliquer les effets de l'ecstasy sur le cerveau, grâce à deux épisodes de 60 minutes chacun.

Les participants se verront administrer une dose de 83 milligrammes de MDMA, ainsi qu'un placebo. Leur cerveau sera ensuite scanné par un IRM avant d'être soumis à des tests cognitifs pour évaluer les effets du MDMA sur l'empathie, la confiance et la mémoire, toujours devant les caméras de télévision.

"À l'encontre de la déontologie et de l'éthique"

"Sans vouloir passer pour un vieux con, ça va totalement à l'encontre de la déontologie et de l'éthique," proteste l'addictologue Laurent Karila, par ailleurs blogueur au HuffPost . "Ce sont des dingues. Que l'on fasse cette expérience oui, c'est intéressant. Mais à huis-clos, pas devant les caméras de télévision."

En Grande-Bretagne, chercheurs et associations s'inquiètent aussi du risque de banalisation de l'ecstasy, alors même que cette drogue aurait joué un rôle dans près de 200 décès au Royaume-Uni, rapporte l'organisme britannique Drugscope. "Je suis d'accord avec eux sur le fond de l'expérience, mais l'ecstasy reste une drogue addictive, ce qu'ils font est extrêmement dangereux," tempête le docteur Karila.

Traitement de la dépression

L'an dernier, le même David Nutt avait pris les devants à l'occasion de la mise en place du premier essai clinique impliquant le MDMA au Royaume-Uni. Son objectif était alors de savoir si l'ecstasy pouvait avoir des effets bénéfiques pour les victimes de traumatismes, de viols ou de violences.

Nutt, un scientifique estimé au sein de sa profession, avait pourtant été révoqué de son statut de conseiller du gouvernement en 2007 après avoir affirmé que l'ecstasy était une substance moins addictive que l'alcool. Il n'en demeure pas moins qu'il reste aujourd'hui soutenu par certains de ses pairs, à l'instar de la professeur de psychologie Val Curran qui a contribué à dresser les contours de cette nouvelle expérience télévisée. "Notre but n'est pas de faire du sensationnalisme", a-t-elle expliqué au Huffington Post UK. "Ce qui nous intéresse c'est le MDMA, et son potentiel thérapeutique."

Nutt et Curran espèrent ainsi expliquer pourquoi et comment le MDMA pourrait être utilisé afin de traiter la dépression. "La dépression est un problème considérable alors qu'un tiers de la population ne réagit pas aux antidépresseurs," s'est-il justifié. "La seule chose qui peut étonner, c'est que notre expérience soit financée par Channel 4, mais nous nous devons de nous intéresser à cette question, et si on peut le faire de cette manière, alors pourquoi pas?"

Défonce

L'aspect le plus surprenant de cette émission reste la participation d'un ancien député libéral, Evan Harris. L'homme politique, diplômé en sociologie médicale de l'Université d'Oxford s'est justifié en affirmant à Radio Times qu'il veut aider la science à trouver la juste dose qui permettrait de traiter la dépression, sans que les patients ne soient "high".

Le problème, c'est que la Grande-Bretagne fait justement figure de Mecque de l'ecstasy. Une étude publiée par le centre européen de contrôle des drogues rapportait qu'un demi-million de britanniques prenaient de l'ecstasy chaque année. Un argument qui ne semble pas embarrasser David Glover, le directeur des programmes de Channel 4 pour qui "le recours aux stupéfiants est un enjeux tellement important en Grande-Bretagne que l'on a plus de visibilité sur les faits scientifiques."

L'expérience pourrait être l'occasion de montrer que tout le monde n'est pas égal face à cette drogue. "Les effets de l'ecstasy varient en fonction de plusieurs facteurs", explique le docteur Karila. "C'est impossible à prédire. Il y a l'individu, l'environnement, son corps. On sait aussi que l'ecstasy peut tuer, par hyperthermie à titre d'exemple" rappelle le médecin pour qui David Nutt franchit la ligne rouge. L'avenir lui donnera-t-il raison? On sait en tout cas qu'écourté d'un "t", en Anglais "Nutt" peut aussi signifier... timbré.

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