OTTAWA - Le député conservateur à l'origine d'une motion en lien avec l'avortement admet que la position de Stephen Harper contre son initiative a fait rétrécir ses appuis au sein de son propre caucus.

La motion M-312 de l'Ontarien Stephen Woodworth visant à étudier la définition «d'être humain» selon le Code criminel doit être débattue pour une deuxième et dernière heure vendredi, puis soumise au vote la semaine prochaine.

Le député d'arrière-ban a avoué lundi qu'il ne pensait pas être en mesure de récolter une majorité de votes pour faire adopter sa motion. L'annonce faite en Chambre par le premier ministre en avril à l'effet qu'il votera «non» à la motion de son député n'est peut-être pas étrangère à la baisse de ses appuis, à son avis.

«Je n'ai pas encore fini de parler à tout le monde, croyez-le ou non, mais je sais que la position du premier ministre a probablement fait décliner l'appui que j'aurais pu recevoir de certaines personnes», a-t-il expliqué lors d'un point de presse au cours duquel il a livré un plaidoyer vigoureux.

Le Code criminel stipule qu'un enfant «devient un être humain au sens de la présente loi lorsqu'il est complètement sorti, vivant, du sein de sa mère». M. Woodworth juge cette définition archaïque et souhaite qu'un comité se penche sur la question à la lumière de la science moderne. Il convient toutefois que cela aura pour effet de déclencher un engrenage pouvant rouvrir le débat sur le droit à l'avortement au Canada.

Le député ne ménage pas ses mots lorsque vient le temps d'exposer ses idées.

«L'article 223(1) (du Code criminel) est une loi qui déshumanise et exclut une classe entière de personnes», a avancé le député de Kitchener-Centre.

«Si nous faisions cela aujourd'hui comme ce fut le cas pour les Afro-Américains dans les États-Unis du 19e siècle, ou pour les femmes du 21e siècle au Canada, ou pour les personnes handicapées mentales de l'Allemagne des années 1930, vous seriez outrés».

La loi actuelle n'est pas moins scandaleuse, a-t-il tranché.

Si sa position trouve un certain écho auprès de quelques uns de ses collègues, peu sont prêts à monter aux barricades à ses côtés pour défendre ce point de vue.

C'est dans les faits plutôt l'inverse qui se produit, alors que des ministres ont confié craindre que cette question détourne l'attention de leur priorité numéro un: l'économie.

«Ce n'est pas souhaitable de s'enfarger dans des dossiers de la sorte. Il faut garder le focus sur l'économie», a fait valoir le ministre de l'Industrie, Christian Paradis.

«Je préférerais qu'on ne parle pas de ce dossier-là et qu'on respecte notre promesse qu'on a fait aux Canadiens (de ne pas rouvrir le débat sur l'avortement)», a renchéri son collègue Maxime Bernier.

L'opposition officielle se désole elle aussi à avoir à commenter la motion de M. Woodworth, alors que la session parlementaire ne fait que commencer.

«Les groupes de femmes, que ce soit au Québec, que ce soit dans le reste du Canada, sont claires: il ne faut pas rouvrir ce débat. Et c'est triste qu'on revienne au Parlement et que c'est la première chose dont je doive discuter», a noté la porte-parole néo-démocrate en matière de Justice, Françoise Boivin.

Néo-démocrates et bloquistes ont annoncé qu'ils allaient tous voter contre la motion M-312. De leur côté, libéraux et conservateurs ne devraient pas imposer de ligne de parti, laissant plutôt à chaque député le loisir de voter comme bon lui semble.