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Augmentation préoccupante de l'automutilation chez les jeunes

14/09/2012 02:34 EDT | Actualisé 13/11/2012 05:12 EST

Un texte de Stéphane Bordeleau

Le nombre d'adolescents en détresse qui commettent des actes d'automutilation connaît une augmentation importante, selon le Dr Martin Gauthier, psychiatre en chef de l'Hôpital de Montréal pour enfants.

D'après le médecin, qui a 25 années de pratique, le nombre d'adolescents qui mutilent leur corps de façon volontaire « en tailladant, coupant ou en mordant leur chair augmente à un rythme alarmant ».

Selon le psychiatre, de tels cas étaient rares lorsqu'il a commencé 'a exercer. À cette époque, les jeunes patients qui affichaient de tels comportements étaient en général psychotiques, souffraient de déficience intellectuelle ou encore d'autisme. Or, ce ne serait plus le cas. Aujourd'hui, le Dr Gauthier observe qu'environ un adolescent sur deux dans sa clientèle s'inflige volontairement des blessures corporelles.

Le phénomène toucherait par ailleurs autant les filles que les garçons a constaté le psychiatre. Les jeunes filles seraient cependant plus enclines à demander de l'aide que les garçons.

D'après le Dr Martin Gauthier, les formes les plus répandues de mutilation chez les jeunes seraient des coupures faites à l'aide de ciseaux, de lames de rasoir ou de couteau. Les morsures, les brûlures et les coups seraient aussi fréquents. Les blessures sont en général infligées sur les bras, les jambes et l'abdomen.

Les cas de mutilation des parties génitales, des seins et du visage relèveraient par ailleurs de problèmes psychologiques beaucoup plus graves, selon le médecin. « Ces cas sont plus graves parce qu'ils impliquent une attaque directe au corps sexué », prévient le psychiatre.

Pas nécessairement une tentative de suicide

Malgré la gravité des gestes d'automutilation et le choc que provoque la découverte de ces blessures dans l'entourage du jeune, il ne faut pas y voir automatiquement une tentative de suicide ou le signe d'une grave maladie mentale, soutient le Dr Gauthier.

L'automutilation serait plutôt selon lui une façon pour les jeunes en détresse d'évacuer le surplus d'émotions, les traumatismes ou les sentiments pénibles qu'ils sont incapables de gérer.

« C'est vrai qu'il faut voir là un signe de détresse, mais il ne faut pas paniquer et en faire automatiquement un geste où le jeune veut s'enlever la vie », nuance le Dr Martin Gauthier.

Selon lui, l'automutilation ne serait pas un geste nécessairement autodestructeur, mais plutôt une forme d'exutoire, voire « une façon de se sentir mieux » pour les adolescents aux prises avec des perturbations intérieures.

Un certain phénomène d'imitation engendré par les comportements d'adolescents qui les entourent ainsi que certaines célébrités pourraient aussi jouer un rôle dans l'augmentation de cette pratique chez les jeunes note le médecin. Les forums d'automutilation sur le Web et les clubs de coupures seraient des phénomènes populaires dans les écoles, selon lui.

« On a pu dans le passé étudier cet effet d'entraînement par le passé notamment dans les centres d'accueil ou encore dans les prisons », ajoute le Dr Gauthier.

Bien que la pratique de l'automutilation ne révèle pas nécessairement la présence d'une grave maladie mentale, il est cependant essentiel qu'un adolescent chez qui on découvre de telles pratiques soit vu et suivi par des médecins et les ressources psychologiques appropriées, prévient le psychiatre en chef de l'Hôpital de Montréal pour enfants.

Un phénomène propre au Québec?

Cette tendance à l'automutilation chez les jeunes ne serait par ailleurs pas observée qu'ici, au Québec. À la lumière d'échanges avec ses collègues, de consultations de travaux et de la littérature étrangère sur le sujet, le Dr Gauthier constate qu'un phénomène semblable est observé un peu partout en Amérique du Nord ainsi que dans certains pays d'Europe.

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