NOUVELLES

Le réalisateur du film islamophobe serait Nakoula

13/09/2012 10:58 EDT | Actualisé 13/11/2012 05:12 EST
AP
Glass, debris and overturned furniture are strewn inside a room in the gutted U.S. consulate in Benghazi, Libya, after an attack that killed four Americans, including Ambassador Chris Stevens, Wednesday, Sept. 12, 2012. The American ambassador to Libya and three other Americans were killed when a mob of protesters and gunmen overwhelmed the U.S. Consulate in Benghazi, setting fire to it in outrage over a film that ridicules Islam's Prophet Muhammad. Ambassador Chris Stevens, 52, died as he and a group of embassy employees went to the consulate to try to evacuate staff as a crowd of hundreds attacked the consulate Tuesday evening, many of them firing machine-guns and rocket-propelled grenades.(AP Photo/Ibrahim Alaguri)

WASHINGTON - Nakoula Basseley Nakoula, un Copte vivant en Californie, a été identifié jeudi comme étant le réalisateur du film islamophobe lié aux manifestations de ces derniers jours contre des ambassades américaines. Une source policière ayant requis l'anonymat a confirmé les résultats de l'enquête de l'Associated Press (AP).

L'homme qui affirmait avoir réalisé «Innocence of Muslims» («Innocence des musulmans») s'était présenté comme un promoteur immobilier juif israélien du nom de Sam Bacile, âgé de 56 ans et résidant en Californie, mais l'AP a fait le rapprochement dès mercredi avec Nakoula Basseley Nakoula.

Le film tourne en ridicule Mahomet, le prophète de l'islam, le dépeignant notamment comme un imposteur, un coureur de jupons, un idiot et un homme assoiffé de sang. Les acteurs affirment avoir été dupés et assurent que les propos insultants ont été ajoutés en postproduction. La diffusion d'extraits sur Internet a déclenché des manifestations dans plusieurs pays arabo-musulmans, dont la Libye, l'Égypte et le Yémen.

À Benghazi, dans l'est de la Libye, quatre Américains, dont l'ambassadeur Christopher Stevens, sont morts dans l'attaque du consulat américain mardi soir. Les États-Unis tentent de savoir s'il s'agit d'un mouvement spontané ou d'une action terroriste planifiée pour coïncider avec l'anniversaire des attentats du 11 septembre 2001.

L'homme qui avait prétendu s'appeler Sam Bacile lors d'une entrevue téléphonique avec l'AP mardi avait qualifié l'islam de «cancer» et revendiqué le caractère politique de son film. Mais Israël a déclaré ne pas connaître ce citoyen et divers autres indices et témoignages ont jeté le doute sur son identité, dirigeant les soupçons sur un chrétien égyptien de Californie du Sud condamné pour fraude bancaire en 2010.

Contacté par l'AP par l'intermédiaire d'un conservateur américain copte, Morris Sadek, qui avait vanté le film islamophobe sur son site Web, Nakoula Basseley Nakoula a nié être le réalisateur tout en disant connaître Sam Bacile. Mais la géolocalisation du numéro de téléphone mobile de M. Bacile a mené à l'adresse du dit Nakoula, près de Los Angeles.

Les documents de la justice fédérale concernant la fraude de 2010 montrent que M. Nakoula a utilisé de nombreuses identités par le passé, dont celles de Nicola Bacily (proche de Nakoula et Bacile et, phonétiquement en anglais, de Basseley) et Erwin Salameh. Pendant la rencontre avec l'AP devant chez lui, l'homme a montré son permis de conduire en dissimulant son deuxième prénom, «Basseley», avec son pouce.

Nakoula avait été condamné il y a deux ans en Californie à rembourser plus de 790 000 $ aux banques escroquées et à purger 21 mois en prison. Le tribunal lui avait aussi interdit d'accéder à Internet sans la permission de son officier de contrôle judiciaire pendant cinq ans.

Le pasteur Terry Jones, qui avait scandalisé le monde musulman en brûlant des exemplaires du Coran le jour du neuvième anniversaire des attentats du 11-Septembre, a dit à l'AP avoir été contacté par le réalisateur du film il y a quelques semaines pour en assurer la promotion. «Je viens de lui parler au téléphone. Il se cache et ne veut pas révéler sa véritable identité. Il était très choqué par les événements», a-t-il assuré.

Un activiste chrétien intégriste impliqué dans le projet, Steve Klein, avait également affirmé mercredi à l'AP que Sam Bacile était chrétien et n'utilisait pas son vrai nom, alors qu'il l'avait présenté la veille comme un juif israélien préoccupé pour sa famille vivant en Égypte.

Les acteurs et actrices américains d'«Innocence of Muslims» crient également à l'escroquerie, affirmant qu'ils ont été trompés sur le projet et que certains dialogues ont été grossièrement doublés pour en faire un brûlot contre l'islam.

Dans la version anglaise de la bande-annonce, les références directes au prophète paraissent effectivement avoir été rajoutées lors de la postproduction: les acteurs ne sont jamais montrés prononçant son nom et le mouvement de leurs lèvres ne correspond pas à «Mahomet».

«L'équipe toute entière est furieuse et a l'impression d'avoir été trompée par le producteur», ont déclaré les acteurs mercredi dans un communiqué obtenu par le Los Angeles Times. «Nous ne soutenons absolument pas ce film. Nous sommes choqués des réécritures radicales du script et des mensonges qui ont été dits à toute l'équipe. Nous sommes profondément attristés par les tragédies qui ont eu lieu.»

L'une des actrices, Cindy Lee Garcia, a affirmé au site Web gawker.com que le film d'allure très amateure s'intitulait initialement «Desert Warriors» («Les guerriers du désert») et que le scénario ne contenait alors aucune référence négative à l'islam. Un film portant ce titre a effectivement été tourné à Los Angeles il y a un an, tandis que les agences spécialisées de Hollywood et de Californie ne trouvent aucune trace d'«Innocence of Muslims».

Le prétendu Sam Bacile avait assuré à l'AP mardi que son film, d'une durée de deux heures, avait coûté 5 millions de dollars et avait été financé par une centaine de donateurs juifs.

M. Klein avait pour sa part confié avoir mis en garde «Sam Bacile». «Nous nous sommes engagés dans ce projet en sachant que tout cela arriverait. Tu seras le prochain Theo Van Gogh», aurait-il dit au réalisateur. Le cinéaste néerlandais Theo Van Gogh avait été assassiné en 2004 par un jeune islamiste pour son film «Soumission», virulente critique du traitement réservé aux femmes par les intégristes musulmans.

INOLTRE SU HUFFPOST

Attack On U.S. Compound In Benghazi