Un film attribué à des Américains et jugé offensant pour l'islam soulève l'ire de manifestants au Caire, en Égypte, et provoque des violences à Benghazi, en Libye.

Le consulat américain de Benghazi a littéralement été attaqué par des manifestants armés. Un fonctionnaire américain du consulat a été tué et un autre blessé dans l'attaque, selon le vice-ministre libyen de l'Intérieur, Wanis Al-Charef, cité par l'AFP.

« Un fonctionnaire américain a été tué et un autre blessé à la main. Les autres membres du personnel ont été évacués et sont sains et saufs », a déclaré M. Charef, qui n'était toutefois pas en mesure de préciser si l'homme tué était un diplomate.

Abdel-Monem Al-Hourr, porte-parole du Comité de sécurité suprême, a aussi confirmé à l'agence Reuters qu'un membre du personnel américain était mort dans l'affrontement, rapportant de son côté plusieurs blessés.

Différentes sources rapportent que des manifestants ont tiré sur le consulat américain, dans lequel ils ont réussi à s'introduire.

« Ils ont tiré en l'air avant d'entrer dans le bâtiment », a déclaré Wanis Al-Charef. Peu après, un témoin a indiqué à l'AFP que des manifestants avaient mis le feu au consulat.

Les forces de l'ordre libyennes, cibles de tirs nourris, ont dû évacuer les lieux. Des pillards ont ensuite pénétré dans le consulat, d'où ils sont ressortis avec des bureaux, des chaises ou des machines à laver, ont constaté des correspondants de Reuters.

Selon le porte-parole de la haute commission de sécurité du ministère de l'Intérieur, Abdelmonoem Al-Horr, les forces de sécurité et du ministère de la Défense tentent de contenir la situation. Ce dernier rapporte que des roquettes RPG ont également été tirées sur le consulat depuis une ferme toute proche.

Des milliers de manifestants en Égypte

Le même film controversé a provoqué d'importantes manifestations dans la capitale égyptienne. Des milliers de personnes ont protesté devant l'ambassade américaine. Certains d'entre eux ont pénétré dans l'enceinte de l'ambassade, d'où ils ont retiré le drapeau américain. Ils ont déchiré le drapeau après avoir tenté de le brûler, et l'ont remplacé par un étendard islamique.

Sur un immense étendard noir était écrite la profession de foi musulmane: « Il n'y a de Dieu que Dieu et Mahomet est son prophète ». Le drapeau noir, similaire à une bannière utilisée par Al-Qaïda, est utilisé fréquemment par des fondamentalistes dans la région.

Selon des responsables de l'ambassade, aucun personnel de la représentation n'était alors présent dans le bâtiment, et l'ambassadeur était hors de la ville.

En soirée, la manifestation avait pris de l'ampleur, et des dizaines de policiers antiémeute se sont alignés le long des murs de l'ambassade. Ils n'ont pas bloqué les protestataires, qui ont continué à grimper le mur et à s'y tenir debout, en chantant. Mais il semble que ceux-ci ne se rendaient plus en soirée dans l'enceinte de l'ambassade.

En ce qui a trait à l'objet de la controverse, il n'est pas encore clair quel film est en cause. Selon des médias égyptiens, ce film aurait été produit récemment aux États-Unis et des extraits montrant le prophète de l'islam ayant des relations sexuelles et mettant en doute son rôle de porteur de la parole de Dieu seraient disponibles sur le site de partage de vidéos en ligne YouTube.

Washington condamne les actes

Les États-Unis ont condamné l'attaque menée par des manifestants à Benghazi. « Nous pouvons confirmer que notre représentation à Benghazi, en Libye, a été attaquée par un groupe de manifestants », a déclaré la porte-parole de la diplomatie américaine, Victoria Nuland, dans un communiqué. « Nous condamnons dans les termes les plus forts cette attaque contre notre mission diplomatique », a-t-elle ajouté.

Mme Nuland a également affirmé que des responsables américains travaillaient avec les Libyens pour sécuriser le bâtiment.

« Quant à la situation du Caire, nous pouvons confirmer que la police égyptienne a expulsé les manifestants qui étaient entrés plus tôt dans la journée dans l'enceinte de l'ambassade », a déclaré Victoria Nuland.

Par ailleurs, un responsable du département d'État a dit à l'AFP, sous le couvert de l'anonymat, qu'il ne pouvait confirmer un lien entre les deux incidents.