20 HEURES - Opération reconquête épisode 4. En s'invitant ce dimanche 9 septembre sur le plateau du 20 Heures de Claire Chazal, François Hollande a conclu deux semaines d'un intense lobbying médiatique pour regagner la confiance des Français, à défaut de leur enthousiasme.

Qu'il s'agisse de son discours de la méthode à la Foire de Châlons-en-Champagne il y a neuf jours, de sa rentrée très politique devant la Cour des comptes vendredi dernier ou encore de ses "confessions" accordées ce week-end à nos confrères du Monde, le chef de l'Etat n'a eu de cesse de tenter de reprendre la main afin d'ajourner le procès en immobilisme qui a bousculé la rentrée de l'exécutif socialiste.

Mais c'est sans conteste ces vingt-cinq minutes d'entretien sur le plateau de TF1 qui resteront comme le premier tournant du quinquennat. En se livrant à une (subtile) amorce d'autocritique sur sa manière d'endosser le costume présidentiel et en se fixant deux ans pour redresser la situation économique du pays, François Hollande a officiellement enterré dimanche soir son slogan de campagne présidentielle: "le changement, c'est maintenant".


Du président normal au président de combat, du changement au redressement

Conscient que la méthode de gouvernance mise en place par l'exécutif suscite davantage "d'impatience" que de sérénité, François Hollande a affiché sa volonté "d'accélérer" le tempo en se livrant à un ostensible glissement sémantique. Exit le "président normal" et "le changement c'est maintenant". Dimanche, deux messages s'imposaient dans les éléments de langage socialistes: 1. le président de la République est bel et bien aux commandes des réformes; 2. inutile d'espérer une quelconque amélioration avant 2014, échéance de son "agenda du redressement".


"Je ne vais pas faire en quatre mois ce que mes prédécesseurs n'ont pas fait en cinq ans ou en dix ans ! Mais moi, je considère que je suis en situation de combat", a plaidé le chef de l'Etat, abandonnant ses oripeaux de normalité et renouant avec une dialectique qui n'est pas sans rappeler le volontarisme d'un certain Nicolas Sarkozy.

"Je dois fixer le cap et le rythme", a ainsi déclaré le chef de l'Etat. Face à "un chômage élevé, une compétitivité dégradée, des déficits considérables, un endettement historique", "j'ai pour mission de redresser notre pays et je vais fixer un agenda du redressement: deux ans", a-t-il énoncé.

Signe que l'Elysée a perçu les conséquences d'une trop grande discrétion présidentielle, François Hollande s'est d'ailleurs engagé à venir s'expliquer davantage devant ses électeurs, au risque de renouer avec l'omniprésence médiatique de son prédécesseur. "J'assumerai toute la responsabilité, je m'expliquerai régulièrement devant les Français", a dit le chef de l'Etat, dont la cote de popularité s'effrite dangereusement depuis son élection.


30 milliards d'euros d'économies pour 2013

Si le redressement n'est pas pour maintenant, c'est aussi que François Hollande se prépare à une année 2013 particulièrement difficile. "J'espère que nous ferons plus que 0,8% [de croissance], mais en toute hypothèse nous travaillons sur cette estimation", a confessé le chef de l'Etat. Là encore, le volontarisme fait office de message: "Nous devons inverser la courbe du chômage d'ici un an" tout en continuant à réduire les déficits, a-t-il expliqué, alors que le seuil des trois millions de demandeurs d'emploi a été franchi.


Pour tenir ses objectifs de réduction de l'endettement, le gouvernement entend réunir la bagatelle de 30 milliards d'euros d'économies ou de ressources nouvelles en 2013. Cela représente une nouvelle hausse de 20 milliards d'euros des impôts pour l'an prochain, la moitié pour les ménages et la moitié pour les entreprises, ce qui constitue une augmentation fiscale sans précédent "sous la Ve République".

L'Etat devra ainsi se serrer la ceinture à hauteur de 10 milliards d'euros, le reste étant à la charge des entreprises et des particuliers, "notamment les plus favorisés".

François Hollande en a d'ailleurs profité pour réaffirmer la mise en place d'une contribution exceptionnelle de 75% sur les revenus annuels supérieurs à 1 million d'euros, prévenant qu'il n'y aurait "pas d'exceptions" pour les artistes ou les footballeurs mais précisant que cette contribution ne dépasserait pas deux ans. "Etre Français, c'est recevoir, et donner à son pays, c'est ça le patriotisme, chacun doit prendre sa part", a-t-il affirmé, en insistant à maintes reprises sur "l'exemplarité" nécessaire en cette période de crise. Un écho à la polémique provoquée par la demande de double nationalité franco-belge par le milliardaire Bernard Arnault.


Les complications ne font que commencer

Reste désormais à mériter cette "patience" réclamée à plusieurs reprises ce dimanche soir. Défendant le "sérieux" de son premier ministre, François Hollande n'a pas cherché à se défausser sur ses équipes, ni même sur ses prédécesseurs, inhabituellement épargnés. Le président s'est au contraire acharné à vouloir "prendre ses responsabilités", y compris devant les partenaires sociaux. Ceux-ci ont jusqu'à la fin de l'année pour trouver un compromis "historique" sur le financement de la protection sociale, qui profiterait aux salariés comme aux entreprises.


Mais d'autres échéances attendent déjà le pouvoir en place. Et entre le gel du barème de l'impôt sur le revenu (sauf pour les plus modestes), l'alignement de la taxation des revenus du capital sur celle des revenus du travail, la fiscalisation des bénéfices des grandes entreprises et les rumeurs insistantes sur une future hausse de la CSG, les discussions budgétaires de la fin septembre s'annoncent mouvementées.

Ajoutez à cela la multiplication des couacs au sein du gouvernement -de simples "ajustements" a dédramatisé Hollande- et les débats musclés qui attendent la majorité sur la ratification du Traité budgétaire européen (même pas évoqué dimanche soir), et la "présidence de combat" de l'ère Hollande ne devrait pas usurper son nom.