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Jean Charest devra réfléchir à son avenir après sa double défaite de mardi

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JEAN CHAREST
Agence QMI

MONTRÉAL - On a souvent dit de Jean Charest qu'il fait partie de ces quelques hommes politiques québécois qui ont fait de la politique toute leur vie et n'ont pas vraiment eu d'autre carrière.

Celui qui a vu son gouvernement libéral être chassé du pouvoir mardi, et qui de surcroit a vu sa circonscription de Sherbrooke passer aux mains du Parti québécois, devra maintenant réfléchir à son avenir à l'âge de 54 ans, après avoir commencé sa carrière politique à l'âge de 26 ans.

Il s'est fait d'abord élire député fédéral du Parti progressiste-conservateur à l'âge de 26 ans et a été réélu trois fois. Il a été ministre d'État à la Jeunesse à 28 ans, dans le gouvernement de Brian Mulroney, en faisant le plus jeune membre d'un conseil des ministres au Canada.

Le fait marquant de sa carrière au fédéral a été son rôle quant à l'avenir de l'accord du Lac Meech. Le gouvernement de Robert Bourassa avait alors posé cinq conditions jugées minimales pour rendre la Constitution du Canada acceptable au Québec et lui permettre de la signer.

Comme l'accord de juin 1987 jugé minimal, se butait tout de même à de l'opposition dans le reste du Canada, Jean Charest avait été mandaté par Brian Mulroney pour y apporter des modifications, ce qu'il fit.

Pour plusieurs Québécois, Jean Charest est devenu responsable d'avoir tant dilué l'accord du lac Meech pour le rendre acceptable aux opposants du reste du Canada qu'il en était devenu insignifiant pour le Québec.

Lucien Bouchard laisse entendre, dans son autobiographie «À visage découvert», que c'est ce rapport du comité Charest qui a été la goutte d'eau qui a fait déborder le vase et a provoqué son départ du cabinet Mulroney. De toute façon, l'accord ne fut pas ratifié par toutes les provinces avant l'échéance prévue de 1990 et devint donc caduc.

Un autre fait marquant de sa carrière fédérale est survenu lorsqu'il était ministre fédéral de la Condition physique et du Sport amateur et qu'il avait commis un impair en téléphonant à un juge pour faire pression sur lui. Il avait dû démissionner de son poste en 1990.

Réintégré au cabinet, il a également dirigé le ministère fédéral de l'Environnement à l'époque du Sommet de la Terre de Rio, en 1992, ce qui lui a donné une certaine aura écologique dont il aimait encore se draper, ces dernières années. On l'a souvent entendu défendre le Protocole de Kyoto, lorsque le gouvernement de Stephen Harper, lui, s'en distanciait.

Quand Kim Campbell a succédé à Brian Mulroney, en 1993, elle l'a nommé vice-premier ministre et ministre de l'Industrie, de la Science et de la Technologie. Il n'aura occupé le poste que quelques mois avant la défaite des conservateurs.

Il a ensuite été chef du Parti progressiste-conservateur de 1993 à 1998. Aux élections d'octobre 1993, il s'est d'ailleurs retrouvé seul sur les banquettes conservatrices avec la députée Elsie Wayne.

Il s'était fait remarquer au Québec lors de la campagne référendaire de 1995, à titre de vice-président du comité du non, comme un vigoureux défenseur du fédéralisme canadien, ayant même éclipsé le chef libéral Daniel Johnson, pourtant président de ce même comité.

Mobilisé par l'appui dont il jouissait alors, Jean Charest a fait le saut en politique provinciale en devenant chef du Parti libéral du Québec en 1998. Il s'est encore fait élire comme député de Sherbrooke et est devenu chef de l'opposition officielle à l'Assemblée nationale.

Il est devenu premier ministre en 2003 et son gouvernement a été réélu en 2007 (minoritaire) et 2008.

Il a tenté une réingénierie de l'État, qui n'a guère donné de résultats. Parmi ses réalisations, on note la création en 2003 du Conseil de la fédération, qui a institutionnalisé les rencontres des provinces canadiennes pour discuter d'intérêts communs.

En 2008, il s'est aussi targué d'avoir en partie réglé la question du déséquilibre fiscal entre le Québec et le gouvernement fédéral, en obtenant de ce dernier des centaines de millions de dollars, qui avaient finalement plutôt servi à réduire les impôts.

Après trois mandats et neuf années au pouvoir à Québec, il a voulu laisser comme legs le Plan Nord, un symbole fort de développement minier, forestier, mais comprenant aussi un volet de protection du territoire. Le sort de ce Plan Nord est maintenant incertain, avec l'élection du gouvernement péquiste.

C'est aussi sous son règne qu'une entente créant un gouvernement régional a été négociée avec les Cris sur le territoire d'Eeyou-Istchee—Baie-James, en juillet dernier.

Jean Charest a aussi dû reculer sur la centrale thermique du Suroît, en 2004-2005, et la privatisation du mont Orford en 2006.

Des analystes lui ont souvent reproché de beaucoup voyager à l'étranger, particulièrement lors de son dernier mandat.

Durant ses dernières années, il a connu deux écueils majeurs. Il y a d'abord eu les allégations répétées de collusion et de corruption de son gouvernement, de contournement de l'esprit de la Loi sur le financement des partis politiques, des places en garderie octroyées sans tenir toujours compte des besoins les plus criants, et des subventions aux installations sportives. Il a résisté des années à la pression populaire avant d'accepter de créer la Commission Charbonneau sur l'industrie de la construction.

Son autre iceberg aura été la crise étudiante, devenue une véritable crise sociale, après qu'il eut choisi de tenir la ligne dure face aux grévistes sur la hausse des droits de scolarité.

Plan personnel

Né à Sherbrooke, diplômé en droit, il a épousé Michèle Dionne et est père de trois enfants, Amélie, Antoine et Alexandra.

Ceux qui ont eu l'occasion de côtoyer Jean Charest diront que John James Charest est doté d'un sens de l'humour certain. Il s'était même amusé du fait que le site web du quotidien Le Devoir, victime de piratage, avait annoncé son décès, l'espace de quelques heures.

M. Charest est aussi doté d'un sens de la répartie exceptionnel. Les journalistes d'expérience l'ont tous vu récupérer un de ses lapsus ou récupérer un bruit soudain dans une salle pour en faire une blague reliée à son discours.

Au plan personnel, Jean Charest est un homme facile d'approche, avenant, spontané, qui sait mettre ses interlocuteurs à l'aise, voire mettre de l'ambiance dans une salle amorphe.

Mais il est aussi un homme qui peut devenir cinglant, voire arrogant. On le dit aussi rancunier. Plusieurs observateurs ont noté son sourire lors des récents débats, au moment où il était pourtant attaqué sur l'éthique et l'intégrité de son gouvernement.

D'autres avaient jugé arrogante et maladroite sa blague sur les étudiants manifestants dont il aimerait se débarrasser en les envoyant loin, sur le territoire du Plan Nord, alors que la police intervenait en force contre des étudiants, à l'intérieur et à l'extérieur du Palais des congrès de Montréal, où il prenait la parole devant des gens d'affaires.

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