Le journaliste québécois Frédérick Lavoie vient de publier le récit de ses reportages sous le titre «Allers-Simples; Aventures journalistiques en Post-Soviétie» aux éditions La Peuplade.

Originaire de Chicoutimi et âgé de 29 ans, Frédérick Lavoie est établi à Moscou depuis 2008. Il couvre à titre de journaliste indépendant les pays de l'ex-URSS pour La Presse et Radio-Canada, mais également des médias français, belges et suisses.

Dans son premier livre, on découvre un journaliste bourlingueur et un humaniste doté d'une réelle empathie pour ses intervenants. Nous l'avons questionné via Skype avant son arrivée au Québec afin de comprendre sur son parcours atypique.

Vous avez choisi d'apprendre le russe et de couvrir les pays de l'ex-URSS. Pourquoi avoir décidé de commencer votre carrière à Moscou?

C'était un hasard. J'ai rencontré des Russes au Québec et j'ai eu envie d'apprendre la langue. Alors, j'ai suivi des cours à l'Université Laval et ensuite je suis parti étudier le russe à Moscou en 2004 et 2005 dans le cadre d'un échange étudiant.

Déjà, l'idée était de me sortir de mes repères culturels, de vivre quelque chose qui allait me bousculer. Et j'ai été servi. La première fois que tu mets les pieds à Moscou, tu as un choc. De fil en aiguille, comme je commençais à bien parler le russe et que je voulais devenir journaliste indépendant à l'étranger, l'idée de m'installer à Moscou s'est imposée d'elle-même.

Qu'est-ce qui vous a le plus frappé lors de votre arrivée en Russie?

La même chose que tout le monde qui vient ici: la froideur des gens. La bureaucratie est également très lourde, l'organisation sociale est différente. Mais c'est ce qui est intéressant. Chaque jour, tu es confronté à des petites différences culturelles qui te remettent en question. Ça te fait évoluer parce que tu es obligé de te demander si tes valeurs sont les bonnes. Vivre à l'étranger, c'est une façon de devenir une meilleure personne.

Toutefois, on ne peut pas être immergé tout le temps dans une autre culture. Ici, en Russie, j'ai des amis francophones. Il faut se trouver des zones de confort à l'occasion. Sinon, on risque de ne pas survivre psychologiquement.

Vous vous êtes fait connaître en 2006 lors de votre arrestation en Biélorussie alors que vous couvriez une manifestation d'opposants au régime le soir de l'élection. Comme vous le mentionnez dans le livre, on vous a souvent reproché de vous être joint au groupe de manifestants ce soir-là. Avec le recul, qu'en pensez-vous?

Je ne sais pas si j'ai eu raison ou pas. C'est l'instinct qui m'a poussé à entrer dans la foule. Je ne croyais pas que je me ferais arrêter. Honnêtement, je ne sais pas si j'agirais différemment aujourd'hui. J'ai fait des choses plus dangereuses depuis. J'ai couvert la réélection de Mahmoud Ahmadinejad en Iran en 2009 avec un visa de touriste. Et, à ce moment-là, les autorités faisaient la chasse aux journalistes. Il y a des risques que je suis prêt à prendre. Mais ce sont des risques calculés.

Et finalement, j'ai vécu cet emprisonnement [NDLR: 15 jours] comme une expérience humaine et journalistique, même si ce n'est pas ce que je cherchais à faire. D'ailleurs, ici, ce genre d'emprisonnement de courte durée est très commun. Ça semble «exotique» seulement parce que je suis un Québécois.

Vous avez choisi de vous installer à l'étranger plutôt que de faire de courts séjours dans les pays sur lesquels vous écrivez. Qu'est-ce que ça apporte de plus à vos reportages?

Je ne crois pas que mes reportages soient si différents de ce que je pourrais faire lors de courts séjours. Mais ça me permet parfois de découvrir des sujets que je n'aurais pas suspectés ou d'en éviter d'autres qui ne sont pas pertinents.

En tant que correspondants à l'étranger, nous voyons souvent des journalistes débarquer avec un sujet qui a été fait des dizaines de fois. C'est ce que je veux éviter. Le journaliste est un témoin, mais il faut éviter de savoir à l'avance ce dont nous serons témoins; il faut garder l'esprit ouvert.

Être journaliste indépendant me permet de passer trois semaines dans une ville plutôt que trois jours. Ça me permet de «perdre» du temps pour rencontrer des gens et vivre des expériences qui m'aideront ensuite à comprendre l'endroit.

Pourquoi avoir choisi de publier ce livre sur vos «aventures journalistiques» à un si jeune âge?

Le livre boucle la boucle sur l'ex-URSS. Je voulais prendre le temps d'aller au fond des choses dans ces récits, ce qui n'est pas toujours possible quand on travaille pour un quotidien. C'est aussi une sorte de manifeste, pour montrer à d'autres personnes qui seraient intéressées par le journalisme indépendant à l'international que c'est possible de le faire.

Et puis, écrire ce livre maintenant me permettra de ne pas faire les mêmes erreurs si j'écris un autre livre, un jour.

Qu'elle est votre prochaine étape après la sortie de votre livre?

Je pars m'installer en Inde à compter du mois de novembre. Je couvrirai l'actualité de cette région pour des médias québécois et européens. Ce sera pour moi une autre dose d'altérité, un autre défi humain. J'y suis allé pour une période de deux mois et demi entre mars et avril cette année pour voir si je pouvais supporter ce pays de fou. La Russie, c'est une colonie de vacances, comparée à l'Inde. Bombay, c'est cent fois plus chaotique que Moscou. C'est un autre défi, mais c'est ce qui m'attire.

Le lancement du livre «Allers simples» à Montréal aura lieu à la Maison des écrivains (3492 av. Laval) à 17:00 le jeudi 6 septembre.