Une fois n'est pas coutume, pour certains enfants, la rentrée ne sera pas synonyme de joie mais de souffrance. Ces enfants, ce sont les timides, ceux qui n'osent pas lever la main, pétrifiés par la peur de dire une bêtise qui les dévaloriserait aux yeux des autres. La boule au ventre, ils ont tendance à se renfermer et à faire davantage acte de présence plutôt que de participation.

Récemment, l'analyse des résultats d'un échantillon de plus de 4400 élèves américains a permis d'établir un lien entre timidité et mauvais résultats à l'école. Les élèves les plus sages prendraient même le risque de se voir dépassés par les autres, pour finalement s'effacer de la classe jusqu'à devenir invisible aux yeux du groupe. Et la timidité est un phénomène qui peut inhiber l'enfant très tôt, dès la maternelle. "Si ces enfants ne causent pas de problèmes, ils n'interagissent pas non plus, ne participent pas, se désengagent du processus éducatif à un moment où l'essentiel de l'apprentissage prend place", explique Elizabeth Bell, co-auteure de cette étude.

Timide, ou introverti?

En tant que parent, doit-on s'en inquiéter? Quelles sont les causes de cette timidité? Comment insuffler davantage de confiance en soi à un enfant timide? "Encore faut-il ne pas confondre timidité et introversion", explique au HuffPost Bruno Hourst, formateur et enseignant, admettant lui-même avoir été un enfant "très renfermé".

"Souvent la timidité est signe d'une vie intérieure intense", explique le chercheur pour qui les enseignants doivent savoir créer des passerelles entre l'objet étudié par le groupe et les modes d'expression de l'enfant introverti. "Par exemple, si une classe a étudié la Première guerre mondiale, l'enseignant peut demander aux élèves de rédiger un texte d'invention sur le sujet, exercice avec lequel l'élève introverti sera plus à l'aise."

L'école: lieu de souffrance

Il ne faut pas sous-estimer la perception que peuvent avoir les enfants de l'école. Bien sûr, il y a le stress du premier jour, celui du petit garçon ou de la petite fille qui ne veut pas quitter sa mère ou son père, mais derrière ce cliché se dessine une crainte plus diffuse.

Pour de nombreux enfants, l'école est un lieu dangereux associé à une prise de risque permanente, inhérente à l'apprentissage. Il y a ceux qui savent et ceux qui ne savent pas. Et si on glorifie les premiers, les seconds récolteront au mieux l'indifférence, au pire la honte.

Du coup, certains enfants passent complètement à côté. "C'est souvent le cas chez les enfants sous-protégés, qui ont peur de tout, ou les enfants surprotégés, qui refusent de sortir d'un certain confort", explique Bruno Hourst.

Stimuler la confiance en soi

Comme bien souvent, l'idéal est d'adopter un comportement adapté à l'enfant, sans pour autant basculer d'un côté ou de l'autre. Internet regorge de conseils pratiques à l'attention des parents pour aider les enfants: lui permettre d'intégrer certains réflexes comme saluer les autres, lui faire comprendre qu'on est conscient de sa peur, le valoriser, ne pas faire preuve de pessimisme, ne pas le rappeler à sa timidité.

Pour la psychanaliste Claude Halmos, qui s'est exprimée dans les colonnes de Psychologie magazine, "ce ne sont pas les seules paroles qui donnent confiance en soi. Mais les victoires remportées chaque jour."

Difficile pour un enfant de vaincre sa timidité en quelques jours ou en quelques semaines, reprendre confiance en soi est un processus long et complexe, largement déterminé par l'environnement dans lequel l'enfant évolue.

Quand l'État doit revoir sa copie

A cet égard, on peut légitimement s'interroger. En France, on s'interroge: Existerait-il une certaine spécificité française qui nuirait à l'enfant en tendant à le rendre davantage timide en classe? "Le système français est extrêmement mortifère", accuse Bruno Hourst. "Imbu de lui-même il ne sait pas se remettre en question. Les enseignants ne sont pas formés à faire autre chose que ce qu'ils ont eux-même vécu", explique-t-il.

D'où la volonté affichée du ministre de l'éducation nationale, Vincent Peillon de réformer le système d'évaluation des élèves. "Nous sommes le pays où la note sert toujours de sanction et jamais d'encouragement (...). Nos élèves ne sont pas heureux comme ils devraient l'être", estimait-il en juin dernier.

Plus un premier pas qu'une révolution, au pays du 20/20 la symbolique resterait importante, à condition d'esquisser d'autres pistes touchant au coeur des pratiques éducatives. "Il faut valoriser la prise de risque, faire travailler les enfants en petits groupes, et permettre aux enfants d'exprimer toute les formes de leur intelligence, qu'elle soit interpersonnelle, c'est-à-dire entre les enfants, ou intra-personnelle, c'est-à-dire intérieure à l'enfant", conclut Bruno Hourst.