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Un vent de renouveau

30/08/2012 01:47 EDT | Actualisé 29/10/2012 05:12 EDT

Dans le monde du football universitaire, sortir victorieux d'un affrontement à l'automne est pratiquement impossible sans remporter la bataille du recrutement dans l'entre-saison.

Le recrutement dans le football universitaire québécois est féroce, car plusieurs recrues jouent un rôle important avec leur nouvelle formation.

La chronique de Charles-Antoine Sinotte

Les trois recrues qui auront le plus d'impact cette saison ne seront toutefois pas des étudiants-athlètes. Le Vert & Or de l'Université de Sherbrooke, les Redmen de l'Université McGill, ainsi que les Gaiters de l'Université Bishop's, ont embauché de nouveaux entraîneurs-chefs. Et tous dirigeront une équipe universitaire pour la première fois de leur carrière.

Étant donné la visibilité grandissante du football universitaire, de nombreuses responsabilités sont rattachées à ces postes, sans parler des attentes élevées. L'entraîneur-chef joue un rôle colossal en ce qui a trait aux succès de son programme. Qui de David Lessard, Clint Uttley ou Kevin Mackey sera en mesure de mener son équipe avec l'étoffe d'un vétéran?

Imprégner son équipe

La vision qu'a un entraîneur-chef est la pierre angulaire du développement de toute organisation sportive. Pour l'établir, il doit d'abord fixer les objectifs à court, moyen et long termes. Puis, il doit montrer la direction à suivre pour atteindre les objectifs. Enfin, il mettra en place les moyens de communiquer cette vision à ses athlètes, à ses assistants et à son personnel de soutien.

Pour définir cette vision, l'entraîneur doit prendre en considération la situation dans laquelle il est placé avec sa nouvelle équipe. Les trois nouveaux entraîneurs universitaires québécois semblent d'ailleurs avoir adopté cette mentalité avec leurs nouveaux programmes.

Continuité à Sherbrooke

À Sherbrooke, David Lessard est en terrain connu, ayant occupé le poste de coordonnateur offensif du Vert & Or ces cinq dernières saisons. Il a vécu la progression de cette équipe, qui semble finalement arriver à maturité.

C'est d'ailleurs dans cette optique qu'il a établi son plan d'action. Il a choisi la continuité pour ce qui est de son personnel d'entraîneurs. Il a gardé en poste une majorité des adjoints de l'an dernier.

Il conserve la même direction a l'attaque et promeut Jean-Vincent Posy-Audette à titre de coordonnateur défensif. Ce dernier, qui menait les unités spéciales ces dernières saisons, remplace Marc Loranger. Il a quitté le programme après avoir soumis, en vain, sa candidature pour le poste d'entraîneur-chef.

Les unités spéciales seront dorénavant dirigées par Martin Montmigny. Il est de retour avec le Vert & Or après un séjour en France, où il a occupé le poste d'entraîneur-chef des Dauphins de Nice.

La progression de l'équipe a été constante depuis le retour du programme de football en 2003, alors on mise sur la continuité.

Scénario différent chez les voisins estriens

À quelques pas du campus de l'Université de Sherbrooke, Kevin Mackey est devenu, en janvier dernier, le neuvième entraîneur-chef de l'ère moderne de l'équipe de football de l'Université Bishop's.

Il a vite fait sentir sa présence en coupant les liens avec le coordonnateur offensif des deux dernières saisons, Benoît Groulx. Celui qui avait remporté deux Coupes Vanier et un titre de meilleur joueur au pays, comme quart du Rouge et Or de l'Université Laval, avait réussi à s'établir comme un coordonnateur offensif de premier plan avec les Gaiters.

L'an dernier, son attaque aérienne s'est classée au 3e rang au pays, tout comme son quart Jordan Heather, qui a accumulé 2509 verges par la passe.

Avec pour objectif de rétablir un équilibre entre le jeu aérien et le jeu au sol cette année, Mackey a décidé de bouger. Comme Mackey et Groulx avaient des divergences philosophiques importantes, ils ont décidé de couper les liens. Brent Bailey, qui occupait jusqu'à cette saison le poste d'entraîneur des receveurs de passes, succède à Groulx.

De l'autre côté du ballon, Mackey a conservé les services du stratège défensif Ray Gagnon. On sait que Mackey occupait le poste d'entraîneur des demis défensifs depuis 2007.

On verra donc comment ses décisions serviront les Gaiters, car ils ont connu un recrutement en deçà des attentes ces trois dernières années.

Une nouvelle attitude à McGill?

Finalement, à McGill, Clint Uttley remplace le légendaire Sonny Wolfe à titre de meneur des Redmen.

Les dernières saisons ont été pénibles sur le versant sud du mont Royal. Les hommes en rouge devaient donc remédier à plusieurs carences, notamment en ce qui concerne le recrutement et le nombre d'entraîneurs à temps complet. Seul le temps le confirmera, mais Uttley semble avoir pris de bonnes décisions pour faire sortir son programme des bas fonds de la ligue universitaire.

Six entraîneurs à temps complet sont maintenant présents à McGill. Et la plus récente cuvée de recrutement est probablement la meilleure de l'équipe de la dernière décennie.

Uttley a précisé que son groupe d'athlètes devait également adopter une attitude plus dynamique sur le terrain et un meilleur tempo de jeu. Il a ainsi fait deux embauches de taille.

Patrick Boies, ancien entraîneur-chef des Élans du Collège François-Xavier-Garneau, est devenu le nouveau coordonnateur offensif. Il a comme mandat d'implanter son système « sans caucus ». Ce système a fait des ravages dans les rangs collégiaux AAA et augmente le rythme de l'attaque.

De leur côté, les frères Patrick et Mickey Donovan seront responsable de l'unité défensive. Ces deux réputés entraîneurs sont connus pour leur intensité et leur talent de motivateur. Le vent semble, de ce fait, tourner à McGill. Mais seuls les résultats sur le terrain valideront les décisions prises par Clint Uttley.

Administrateur en chef

Le poste d'entraîneur-chef dans les rangs universitaires canadiens comprend plusieurs volets. Outre le recrutement et la mise en place d'un personnel d'adjoints, il faut également jouer un rôle de premier plan dans l'aspect administratif du programme.

La gestion budgétaire comprend de nombreux dossiers : le salaire des entraîneurs, le recrutement, les bourses aux athlètes et l'achat d'équipement. À cette tâche s'ajoute le maintien des relations avec les anciens joueurs et les nombreuses rencontres de ligue.

Dans le cas de David Lessard et de Clint Uttley, ils ont décidé de conserver un rôle de coordonnateur (attaque pour Lessard et unités spéciales pour Uttley). Il sera donc intéressant de voir comment ils seront en mesure de concilier leurs responsabilités administratives et sportives.

De plus, autant le Vert & Or, les Gaiters que les Redmen compteront sur des entraîneurs-chefs qui n'ont aucune expérience dans la gestion d'un match au football universitaire.

Pour la première fois, ils seront appelés à gérer les joueurs, à prendre les décisions critiques (troisième essai et une courte distance à franchir, temps d'arrêt, bottés courts, feintes de botté, etc.) et à interagir avec les arbitres.

Les trois programmes ont des objectifs à court terme différents. Le Vert & Or aspire immédiatement à un championnat d'association. Du côté des Redmen et des Gaiters, on souhaite plutôt une participation aux éliminatoires.

Nul doute que David Lessard, Kevin Mackey et Clint Uttley sont conscients des objectifs à atteindre.

Il faudrait leur accorder trois saisons pour pouvoir évaluer honnêtement leurs résultats.

Le monde du football est toutefois cruel avec ses entraîneurs, et la critique n'offrira pas ce luxe à ces trois nouveaux visages. Lessard, Mackey et Uttley le savent et souhaitent justifier le choix de leurs patrons, qui leur ont confié les clés de leur plus gros programme sportif.

En plus d'être analyste lors de la diffusion des matchs de football universitaire à Radio-Canada, Charles-Antoine Sinotte fait aussi partie du personnel d'entraîneurs des Redmen de McGill.

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