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Le dernier repas des condamnés à mort est rarement diététique

29/08/2012 10:02 EDT | Actualisé 29/10/2012 05:12 EDT
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ALBANY, États-Unis - Le dernier repas des condamnés à mort, aux États-Unis, est généralement très calorique, révèle une étude de l'université Cornell publiée sur le site de la revue scientifique «Appetite».

Si les demandes varient beaucoup, les frites, les boissons gazeuses, la crème glacée, les hamburgers, le poulet, les steaks et les tartes font partie des mets les plus demandés par les condamnés avant de mourir, selon cette étude menée sur 193 repas servis à des personnes exécutées de 2002 à 2006.

Sans surprise, les demandes sont alléchantes, mais pas du tout diététiques. Parmi les 193 condamnés ayant réclamé un menu particulier, plus des deux tiers ont commandé des fritures et autant du dessert. Les prisonniers sont également cinq fois plus nombreux à avoir préféré les boissons gazeuses au lait, l'alcool étant interdit, soulignent les chercheurs.

Le dernier repas du condamné à mort compte en moyenne 2756 calories, soit plus que les besoins journaliers d'un adulte. Quatre repas sur les 193 étudiés dépassaient la barre des 7200 calories. Un condamné a ainsi commandé 12 morceaux de poulet frit, deux brioches, de la purée de pomme de terre avec de la sauce à la viande, deux canettes de boisson gazeuse, un pot de crème glacée aux fraises et un autre à la vanille.

Les condamnés à mort choisissent souvent des plats qui les réconfortent. Plus du tiers a commandé du poulet, devant la viande hachée et les steaks, tandis que quatre pour cent ont demandé des plats des chaînes de restauration rapide comme McDonald's, Wendy's ou PFK.

En revanche, les fruits et les légumes sont boudés par les prisonniers avant leur exécution, même si un quart d'entre eux ont demandé une salade.

Brian Wansink, qui dirige le laboratoire Nourriture et Marques à l'université Cornell à Ithaca, dans l'État de New York, pense que le succès des plats réconfortants et des produits portant des noms de marques comme Coca-Cola pourrait révéler la tentative des condamnés à mort de contenir leur angoisse en se procurant une nourriture familière.

«À certains égards, cela pourrait être une façon d'abaisser le niveau de stress et d'angoisse à un degré un peu plus gérable», explique Brian Wansink.

Selon les chercheurs, il est également possible que le manque de succès des repas végétariens soit lié aux origines socio-économiques des condamnés à mort, tous des hommes, à deux exceptions près, âgés en moyenne de 43 ans au moment de leur exécution.

L'étude porte sur ce que ces condamnés ont réclamé, pas ce qu'ils ont mangé, souligne par ailleurs Brian Wansink.

Le Texas, l'un des États inclus dans l'étude, a supprimé la pratique du dernier repas en septembre 2011, après la commande gargantuesque d'un condamné qui a ensuite refusé de toucher à son repas.

Lawrence Russell Brewer, exécuté en septembre 2011 pour avoir tué un handicapé noir en le traînant derrière un véhicule, avait pris deux morceaux de poulet frit, un triple cheeseburger au bacon, des gombos frits, 450 grammes de sauce barbecue, trois fajitas, une pizza à la viande, un pot de crème glacée et une tranche de gâteau aux arachides. Il n'avait finalement rien mangé, selon des responsables de la prison.

«Il est totalement indécent d'accorder un tel privilège à une personne condamnée à mort», s'était indigné le sénateur John Whitmire, président de la commission judiciaire du Sénat du Texas, dans une lettre au directeur général du département de justice criminelle du Texas, Brad Livingston. Celui-ci avait immédiatement mis fin à la tradition du choix du dernier repas.