TORONTO - Un an après le décès de Jack Layton, le public ne connait toujours pas la cause exacte de la mort du chef du Nouveau Parti démocratique (NPD) survenue quelques semaines après qu'il eut exhorté les électeurs à lui confier le pouvoir.

Les proches de M. Layton ont réussi jusqu'à présent à garder cette information secrète et la population ne semble pas s'intéresser à la question. Les journalistes qui se sont penchés sur le sujet dans la foulée de la disparition du leader néo-démocrate ont même été fustigés.

L'admiration et l'affection qu'éprouve une bonne partie du public pour Jack Layton explique peut-être pourquoi il a de la difficulté à séparer le décès du politicien bien-aimé du fait que, selon les experts, les électeurs devraient être au courant de l'état de santé des gens qui aspirent à les gouverner.

D'après le Dr Lawrence Altman, journaliste médical pour The New York Times, il est surprenant qu'à notre époque un chef politique puisse succomber à une maladie sans que le population ne soit informée de la nature exacte du mal qui l'a emporté. Il croit d'ailleurs que les médias américains n'auraient pas aussi facilement lâché le morceau.

«Je pense que, pour le Times, il s'agit d'une information que le public a le droit de connaître, a-t-il déclaré à propos de l'état de santé des politiciens. Aucune maladie ne devrait empêcher quelqu'un de se présenter aux élections. Mais c'est au public de décider si cette maladie peut influencer la capacité d'une personne à s'acquitter de ses responsabilités ou si la personne devrait être élue.»

Certaines questions demeurent quant aux renseignements dont disposaient les électeurs sur l'état de santé de Jack Layton lorsqu'ils se sont présentés aux urnes en mai 2011.

Le leader néo-démocrate avait révélé en février 2010 qu'il souffrait d'un cancer de la prostate, mais n'a jamais dévoilé le type de traitement qu'il a reçu.

Il était resté tout aussi vague à propos de l'opération qu'il a subie après s'être fracturé une hanche pendant une séance d'entraînement en mars 2011, un incident surprenant chez un homme de son âge et de sa condition physique.

Lorsqu'il avait annoncé en juillet 2011 qu'il cédait temporairement les rênes de son parti afin de lutter contre un deuxième cancer, M. Layton avait refusé d'en préciser le type.

Sa veuve, Olivia Chow, et ses enfants n'ont jamais voulu donner de détails à ce sujet. Mme Chow a affirmé que cette décision visait à ne pas miner le moral des gens se battant contre la même forme de cancer par rapport à leurs chances de vaincre la maladie.

La députée torontoise a d'ailleurs indiqué que les seules personnes qui la questionnaient à ce sujet étaient les reporters.

Patrick Lagacé, chroniqueur au quotidien La Presse, fait partie des journalistes à avoir écrit sur cette question.

«Les lecteurs étaient vraiment furieux que j'aborde ce sujet. Pour la plupart de ceux qui ont réagi, cette question relevait complètement de la vie privée, a-t-il confié dans un courriel. Selon certains, et c'est ce qui m'étonne le plus, si M. Layton s'est présenté en sachant que ses chances étaient minces, c'était sa décision et nous n'avons rien à dire là-dessus.»

D'après l'ancien conseiller politique Norman Spector, la cause de la mort de Jack Layton n'est plus une question d'intérêt public mais bien un sujet de débat pour les historiens. Ce n'était toutefois pas le cas avant les élections fédérales de mai 2011.

M. Spector soutient que les gens ont le droit de savoir s'ils seront dirigés par les personnes qui essaient d'obtenir leur appui.

Dans le système de gouvernement qui prévaut au Canada, un leader qui doit se retirer en raison d'une maladie ou qui meurt est remplacé par son parti, pas par le grand public, a noté M. Spector. Alors, si le NPD avait remporté les élections de 2011, les Canadiens se seraient retrouvés avec un nouveau premier ministre choisi par les membres du NPD deux mois à peine après l'arrivée de Jack Layton au pouvoir.

«Si je vote pour les conservateurs, je veux savoir si c'est Stephen Harper ou Vic Toews qui sera le chef, a illustré Norman Spector. Surtout si Stephen Harper s'est engagé à ne pas relancer le débat sur un certain sujet que quelqu'un d'autre pourrait bien relancer.»