RIVIÈRE-DU-LOUP, Qc - Après l'effort et l'éducation, c'est la valeur de l'épargne qui ferait défaut aux Québécois, selon le chef de la Coalition avenir Québec (CAQ).

Car les Québécois n'épargnent pas assez, a déclaré François Legault en proposant mercredi la création d'un nouveau régime volontaire d'épargne-retraite, qui remplacerait celui récemment créé par le gouvernement Charest.

Le régime serait administré par la Régie des rentes du Québec (RRQ).

Tant pis pour le régime minceur que le gouvernement caquiste dit vouloir imposer à l'État: c'est à une institution gouvernementale que serait confié l'argent des citoyens. Histoire de redonner confiance aux Québécois qui craignent de voir leurs épargnes dilapidées par des fraudeurs, a affirmé le chef de la CAQ, en campagne à Rivière-du-Loup.

Ainsi rassurés, ils seraient plus enclins à épargner, a-t-il fait valoir.

Car pour l'instant, les Québécois mettent de côté seulement deux pour cent de leur revenu, contrairement à 12 pour cent en 1993.

Une baisse inquiétante, selon le chef, qui avertit qu'un Québécois sur deux devra diminuer son niveau de vie à la retraite par manque de fonds.

Le système du gouvernement libéral oblige chaque employeur ayant au moins cinq employés à mettre sur pied un régime d'épargne d'ici 2015, sans toutefois le contraindre à y cotiser, pas plus que les travailleurs. Les fonds seront confiés à des gestionnaires privés.

Or, selon François Legault, les citoyens sont devenus méfiants.

«Quand on sait au Québec ce qui est arrivé avec les Vincent Lacroix, les Earl Jones et compagnie, je pense qu'on n'est pas prêts à retrouver la confiance de la population à l'égard des entreprises qui investissent les fonds des citoyens», a expliqué M. Legault.

«Ça a été une erreur», a-t-il ajouté au sujet du régime instauré par Jean Charest.

Selon le plan de M. Legault, c'est la Caisse de dépôt et placement du Québec qui serait responsable de faire fructifier l'épargne des Québécois. L'institution avait pourtant pris un sérieux coup à sa réputation lorsqu'elle avait déclaré des pertes de 40 milliards $ en 2008 avec le fiasco du papier commercial.

L'actif sous gestion de la Caisse de dépôt était passé de 155,4 milliards $ à 120,1 milliards $ en 2008, en pleine crise financière mondiale. À la fin de l'exercice 2011, il était revenu à 159 milliards $.

Les valeurs du chef

Une valeur n'attend pas l'autre pour le chef caquiste, qui ne semble pas craindre la controverse. Depuis le début de la semaine, il a déclaré que les parents ne transmettaient pas suffisamment les valeurs d'effort et d'éducation et que leurs enfants pensaient plus à leur qualité de vie qu'à la production de richesses pour le Québec.

Il a offert cette introduction mercredi en présentant son régime d'épargne.

«Cette valeur, qui est l'épargne, qui a longtemps fait partie de nos valeurs, on doit la retrouver.»

S'agit-il d'une autre valeur qui n'a pas été transmise aux générations actuelles? «Les faits parlent d'eux-mêmes», a laissé tomber le chef, répétant ses chiffres sur le niveau d'épargne.

Voilà un autre «débat de valeurs» qui doit avoir lieu au Québec, croit-il par ailleurs.

«Je comprends qu'on est dans une société de consommation, mais il faut être capable de prévoir sa retraite, pour ne pas être obligé d'avoir de mauvaises surprises.»

La confiance

Le chef caquiste s'est aussi défendu d'alourdir l'appareil gouvernemental en confiant les épargnes des Québécois à la RRQ et à la Caisse, puisqu'il n'est pas question de créer un nouvel organisme.

«On a déjà la Régie des rentes et la Caisse de dépôt. (...) Je ne vois pas pourquoi on n'utiliserait pas les structures qui existent déjà», a-t-il plaidé.

De plus, le régime serait avantageux pour les travailleurs qui paieraient beaucoup moins de frais de gestion.

Ceux de la régie sont de 0,5 pour cent, soit le quart de ceux du privé, soutient M. Legault.

Un travailleur moyen — qui économise quatre pour cent de son salaire de 30 000 $ pendant 35 ans — aurait ainsi 34 000 $ de plus dans ses poches à la retraite, a calculé le chef caquiste.

Et cela, sans coûter un sou à l'État, fait-il aussi valoir.

Mais le régime ne serait finalement pas si gratuit que ça.

Il coûterait environ 25 millions $ à implanter, a-t-il reconnu plus tard en journée. La somme avait été estimée par la commission des finances publiques qui se penchait récemment sur les options de régimes. Mais il s'agirait toutefois d'un coût pour le système informatique, qui serait amorti sur 25 ans, et non pas un coût annuel, a insisté M. Legault.

Les propos du chef de la CAQ ont fait réagir mercredi des gestionnaires de fonds privés et des planificateurs financiers qui l'accusent de donner une mauvaise image de l'industrie. Les cas de Vincent Lacroix et d'Earl Jones ne sont pas représentatifs de la vaste majorité de gens qui oeuvrent dans ce domaine, déplorent-ils.

«Je m'attendais à cela», a calmement répliqué le chef, en soirée, à Lévis. «Je m'assume».

Il sait qu'il risque de leur faire perdre des clients.

Mais il y a urgence, dit-il: «Il faut absolument mettre toutes les chances de notre côté pour que les Québécois épargnent davantage».

La réaction des gestionnaires est d'ailleurs la preuve qu'il ne doit «rien à personne», a-t-il avancé, et que son programme électoral n'est pas le résultat des pressions de puissants lobbys.

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