Le nouveau film du cinéaste Radu Mihaileanu La Source des femmes est une déclaration d’amour à la femme musulmane. Cette œuvre touchante – en compétition officielle au Festival de Cannes 2011 – nous plonge dans le quotidien difficile de villageoises marocaines. De passage à Montréal, le réalisateur de Va, vis et deviens et du Concert nous a accordé une entrevue.

Radu Mihaileanu est un homme du monde. Né en Roumanie, le réalisateur français d’origine juive aime poser sa caméra un peu partout où l’inspiration le mène. Et dès qu’on le rencontre, c’est de Montréal qu’il nous parle: «une ville où je suis né en tant que réalisateur», tient-il à préciser.

En effet, le cinéaste a remporté en 1992 son tout premier prix au Festival des Films du Monde. «J’étais en compétition avec Claude Lelouch et Volker Schlöndorff. Moi qui n’avais jusque-là jamais rien gagné, voilà que je raflais tout. Je tombais des nues. Tout d’un coup, les projecteurs se sont allumés sur moi.»

D’ailleurs, le cinéaste a tellement aimé Montréal qu’il a failli tourner un film chez nous dans les années 90. «J’avais tout, le scénario d’après un roman de Marc Behn, et l’actrice, une jeune comédienne débutante prénommée Marie-Josée Croze…», relate-t-il avec une pointe d’humour.

Néanmoins, le projet n’a jamais pu aboutir… dommage ! Mais le réalisateur garde de la métropole un très beau souvenir. «Montréal est une ville cinématographique. À chaque coin de rue s’y cachent de magnifiques plans de cinéma», dit-il.

Un fait divers

Changement de décor. Avec son récent film, La source des femmes, qui sort en salles vendredi au Québec, Radu Mihaileanu s’est inspiré d’un fait divers. En 2001, il apprend dans les nouvelles que des villageoises d’Anatolie ont décidé de faire la grève de l’amour. «Plus de sexe, plus de bisous, plus rien, jusqu'à ce que ce soit les hommes qui apportent l’eau au village», explique-t-il.

Grand amoureux du Maroc, le réalisateur décide alors de transposer cette histoire dans les coins reculés du pays.

«Je suis allé à la rencontre de ces femmes. J’ai pu voir leur quotidien qui est très dur. Mais ce qui m’a le plus étonné, c’est que malgré les difficultés, elles restent toujours lumineuses et drôles. Elles n’arrêtent pas de se moquer de la vie autour d’elle, du temps, des maris et des enfants. Elles sont à la fois tristes et joyeuses et font preuve d’une solidarité qui m’a beaucoup ému», raconte le réalisateur.

La source des femmes dépasse rapidement la simple anecdote pour devenir un véritable plaidoyer humaniste. «Avec ce film, je voulais m’attarder sur le combat à la fois beau et tragique de toutes ces femmes incroyablement courageuses.»

Entre le drame et la comédie, le long métrage de Radu Mihaileanu est surtout une œuvre chorale qui met en vedette plusieurs comédiennes issues du monde arabe. Hiam Abbass (Free Zone, Les citronniers), Hafsia Herzi (La graine et le mulet), Leïla Bekhti et Biyouna se donnent ainsi la réplique. «Afin de construire mes personnages, je me suis inspiré de mes rencontres comme un véritable hommage à la femme arabe et ses batailles pour l’égalité», dit-il.

Avec toutes ces prestations appelant à l’insurrection, on ne peut s’empêcher de penser aux révolutions arabes qui n’ont pas encore aujourd’hui permis à la femme de trouver sa place. Le film arrive sur nos écrans alors que les soulèvements ont déjà balayé les dictateurs de la Tunisie, de l’Égypte et de la Libye. Pourtant, l’émancipation de la femme reste encore très fragile dans ces pays. Les partis islamiques sortent vainqueurs de la plupart des scrutins. D’après le cinéaste qui a lui-même vécu sous la dictature du temps de Ceausescu, la marche vers la démocratie pourrait prendre plus de temps que prévu.

«On n’a pas suffisamment imaginé que les résultats de ses révolutions allaient être négatifs pour la femme, déclare-t-il, c’est une période intermédiaire un peu chaotique. Mais la révolution de la rue doit surtout s’accompagner de la révolution à la maison. Que certains hommes ne voient pas la peine des femmes qu’ils disent aimer est quelque chose qui m’indigne au plus haut point.»

La source des femmes – Métropole Films Distribution – 124 minutes – Sortie en salles le 10 août 2012 – France, Belgique, Italie, Maroc.

Texte paru sur Zabmag.com

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