Le Malade imaginaire multimédia : Molière à l'ère 2.0

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Courtoisie
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À quoi ressemblerait l'œuvre de Molière si elle avait été créée à l'ère des téléphones intelligents, des tablettes numériques et des médias sociaux plutôt que dans les années 1600? Elle aurait probablement beaucoup de points en commun avec Le malade imaginaire multimédia, dont la première avait lieu au Cabaret Lion d'or, mardi à Montréal.

L'idée, séduisante, de revisiter ce classique du théâtre français dans une perspective moderne est celle de la Compagnie de la Lettre 5, un collectif né en mai 2012 à la suite de la rencontre du metteur en scène new-yorkais René Migliaccio et de quatre acteurs d'ici, Pascale Brochu, Catherine Brunet, Jean-Charles Fonti et Stéphanie Ribeyreix. La troupe, qui mise sur un jeu corporel pour dérider son public, s'est d'abord commise sur les planches dans Grand' peur et Misère du IIIe Reich avant de s'attaquer aux écrits de Molière.

La version du Malade imaginaire proposée ici reprend les grands traits de l'histoire imaginée par l'auteur né Jean-Baptiste Poquelin. Argan, un hypocondriaque convaincu d'être atteint de toutes les maladies, tient à ce point à être entouré de médecins dans son quotidien qu'il s'apprête à forcer sa fille, Angélique, à épouser malgré elle le fils de son docteur préféré. Il est secondé dans ses manigances par Béline, sa jeune et jolie soupirante qui, visiblement, est plus attirée par la fortune de l'homme que par sa joie de vivre. Or, Angélique peut compter sur le soutien de Toinette, la servante du foyer; grâce à son flair, la rusée jeune femme parviendra à éloigner les médecins qui ne cherchent qu'à s'enrichir au profit d'Argan, à mettre en lumière l'hypocrisie de Béline et à sauver les amours d'Angélique qui, elle, souhaite s'unir à son amant, Cléante.

L'aspect multimédia de la pièce réside dans ses projections vidéo en noir et blanc, derrière les comédiens. Offrant des gros plans sur les visages des personnages qui gravitent autour d'Argan - le grisonnant gaillard demeurant confiné à son fauteuil tout au long du récit, ou presque, état de santé précaire oblige -, les images donnent à l'assistance un point de vue qui, on le devine, constitue celui du protagoniste principal. Les mouvements lents, les expressions faciales exagérées, les gestes parfois étourdissants des hommes et des femmes qui s'agitent près du grand malade en disent ainsi long sur leurs intentions, ce qui confère une nouvelle dimension à la trame du Malade imaginaire. On comprend de fait mieux les différents visages de l'intrigue et on découvre de nouvelles facettes de ce texte mythique.

Qui plus est, l'ajout technologique n'enlève absolument rien aux performances des interprètes, qui font tous montre d'une joyeuse énergie dans leur rôle. Jean-Charles Fonti réussit à nous rendre son très grincheux malade imaginaire attachant, et même attendrissant. Catherine Brunet est absolument parfaite et détestable à souhait sous les traits de la manipulatrice Béline. Pascale Brochu, qui incarne Toinette, tire fort bien son épingle du jeu. Enfin, les Stéphanie Ribeyreix, Denis Harvey, Rémy Ouellet et Jean-Philippe Richard qui complètent la distribution et qui endossent tous plusieurs costumes méritent eux aussi une mention honorable.

Le malade imaginaire multimédia sera joué à nouveau les 14 et 21 août prochain, toujours au Cabaret Lion d'or. Les billets sont en vente au coût de 20$ à la billetterie de l'endroit et à la boutique L'Échange (713, avenue du Mont-Royal Est, Montréal).

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