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Le lobbying constitutionnel du Canada préoccupait Margaret Thatcher

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MARGARET THATCHER
Margaret Thatcher. (Archives) | Alamy

OTTAWA - Margaret Thatcher a dit à Pierre Elliott Trudeau qu'elle n'avait aucun désir de composer avec des «files d'Indiens» qui frapperaient à la porte du 10 Downing Street pour s'opposer au projet de rapatriement de la Constitution, indiquent des documents récemment déclassifiés.

Le compte rendu d'une rencontre cruciale entre la première ministre britannique et son homologue canadien témoigne des réticences qu'éprouvait Margaret Thatcher face à l'idée de se retrouver mêlée à la saga politique qui secouait alors l'ancienne colonie britannique.

L'année 2012 marque le 30e anniversaire du rapatriement de la Constitution, grâce à la promulgation d'une loi constitutionnelle qui comprenait une formule d'amendement et une charte des droits et libertés.

Même si le Canada était, à toutes fins utiles, maître de sa destinée depuis belle lurette, son projet de rapatriement devait être avalisé par Westminster, et plusieurs intérêts divergents devaient être entendus.

Selon le compte rendu de la réunion du 25 juin 1980 à Londres, Margaret Thatcher a dit que le gouvernement britannique «ne voulait pas être accusé de s'être interposé», et que «si, par exemple, des files d'Indiens frappaient à la porte du numéro 10, la réponse serait qu'il revient au Canada de décider de son avenir».

L'année précédente, une délégation de leaders autochtones et d'aînés avait passé une semaine à Londres, et sollicité l'aide des Britanniques afin d'obtenir un siège à la table des négociations constitutionnelles.

Pendant la rencontre avec M. Trudeau, il a été suggéré que les choses seraient plus simples si le Canada «avait une approche unifiée». Pierre Elliott Trudeau avait rétorqué que le gouvernement de la Grande-Bretagne «serait accusé d'être intervenu, et ce, peu importe ce qu'il advienne».

Il a également ajouté que Londres devait «oublier» l'approche unifiée qu'elle aurait souhaitée. «Les provinces voudraient être entendues. L'une ou plusieurs d'entre elles dirait qu'elle n'obtient pas ce qu'elle aurait voulu», a-t-il affirmé.

La Presse Canadienne a obtenu des copies de ces documents auparavant confidentiels, qui étaient conservés aux Archives nationales britanniques.

Selon Steve Hewitt, chargé de cours à la faculté des études américaines et canadiennes de l'université de Birmingham, il semble que la Grande-Bretagne s'inquiétait d'être considérée comme une «paratonnerre» pour les Canadiens mécontents de ce rapatriement.

«Je pense qu'il était très clair qu'il n'y aurait pas d'unanimité, et (Pierre Elliott Trudeau) était décidé à aller de l'avant malgré tout», a soutenu M. Hewitt.

Pendant la réunion, Margaret Thatcher a affirmé que la position qu'elle défendrait en public serait que peu importe les positions des provinces, elle accéderait à la demande d'Ottawa.

«La première ministre a réitéré qu'elle espérait ne pas voir des foules de gens faire du lobbying au numéro 10», peut-on lire dans le compte rendu de la rencontre du 25 juin 1980.