La douleur des parents de Lin Jun (ENTREVUE / PHOTOS)

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La mère de Lin Jun. (Radio-Canada.ca)
La mère de Lin Jun. (Radio-Canada.ca)

Plusieurs questions assaillent toujours les parents de Lin Jun, cet étudiant chinois assassiné en mai dernier à Montréal. Accablés par sa mort violente, ils veulent rester dans la métropole jusqu'à ce que justice soit rendue.

Sollicités de toute part par les médias d'ici et d'ailleurs, les parents de Lin Jun ont accordé une entrevue exclusive au journaliste Mark Kelley de la CBC. L'entretien de près de deux heures est marqué par la grande peine d'une mère, par le partage de souvenirs d'un « bon garçon », et par la vive douleur entourant les circonstances de sa disparition.

De l'enfance modeste de Lin Jun en Chine à son rêve du Canada, ses parents se sont livrés, non sans peine, à un retour sur la vie de leur garçon, qu'ils tenaient à faire connaître aux Canadiens. Ils ont aussi relaté les circonstances dans lesquelles ils ont appris la mort de leur unique fils, et ont tenu à remercier les Canadiens pour leur soutien. Homosexualité et racisme sont d'autres thèmes qui marquent cette rencontre.

En outre, plusieurs questions demeurent en suspens pour les parents de Lin Jun, notamment quant aux raisons qui auraient poussé leur fils à se trouver dans l'appartement de Luka Rocco Magnotta, accusé du meurtre et du démembrement de l'étudiant chinois. Ils espèrent obtenir des réponses lors du procès de Magnotta, qui a plaidé non coupable des quatre chefs d'accusation qui lui sont reprochés. S'ils déplorent les délais avant le début du processus judiciaire, ils espèrent fermement que justice sera faite.

Un « bon garçon » qui rêvait du Canada

Quand elle repense à l'enfance de son fils, la mère de Lin Jun se souvient d'un joli petit garçon curieux, très vif et intelligent, doté d'un « grand coeur ». Son père se souvient également d'un enfant qui ne causait aucun souci à ses parents, et qui n'avait jamais besoin d'être grondé ou ramené à l'ordre.

Lorsque Lin Jun a annoncé à ses parents qu'il allait étudier au Canada, ces derniers étaient très heureux pour lui, eux qui viennent d'un milieu modeste. « J'ai sauté dans les airs et je lui ai dit : "Oh, mon cher garçon! Tu es si formidable, je suis si fière de toi!" », raconte sa mère.

« Je savais que c'était un rêve qu'il avait depuis longtemps. Il voulait améliorer son anglais. Il était très curieux d'en savoir plus sur les gens qui vivent [au Canada] », a-t-elle ajouté. Selon sa mère, Lin Jun était convaincu que le Canada était un endroit paisible, où il trouverait un grand respect du multiculturalisme. « Il m'a demandé de ne pas m'inquiéter pour sa sécurité, disant que c'était un pays très sécuritaire pour les immigrants », précise-t-elle.

La mère de Lin Jun relate qu'à son arrivée à Montréal, il lui a téléphoné pour lui dire combien il trouvait que Montréal était une belle ville, qui ressemblait à Pékin, ajoutant qu'il allait bien et qu'elle ne devait pas s'inquiéter. Grâce à la webcam de son téléphone cellulaire, il a fait visiter virtuellement sa chambre, son quartier et divers endroits comme le métro à sa mère. Elle répète qu'il ne cessait de lui dire que la métropole québécoise était une ville sûre.

« Je souhaiterais qu'il se tiennent devant moi présentement. Il me manque tellement. Tous les jours, je me sens comme une morte vivante. Une morte vivante. », disait sa mère.

Absence inquiétante, nouvelle accablante

La mère de Lin Jun était en contact constant avec son fils. Ainsi, quand il n'a pas donné de nouvelles pendant quelques jours consécutifs, l'inquiétude s'est installée, surtout après un coup de fil inquiétant en provenance de Montréal. « Un jour, j'ai reçu un appel d'un de ses collègues de classe à Montréal, me demandant quand j'étais entrée en contact avec Jun pour la dernière fois. Je lui ai dit que j'avais reçu un message en ligne à 21 h 39 le 25 mai », a indiqué la mère.

On lui a alors dit que c'était approximativement au même moment que ses amis avaient perdu tout contact avec lui. « Quand j'ai entendu cela, mon coeur a presque arrêté de battre. Que s'était-il passé? » raconte la mère de Lin Jun.

Les parents de l'étudiant chinois ont appris la nouvelle de la mort de leur fils par un membre de leur famille, qui l'avait appris dans les médias. « Un jour, une de mes nièces m'a téléphoné : "Ouvre ton ordinateur maintenant, Jun a été tué". Aussitôt arrivé sur la page dont elle m'avait parlé, j'ai vu une grande photo de mon fils et la nouvelle », expose le père de Lin Jun. « À 3 h du matin, nous avons reçu un appel du Consulat général de Chine à Montréal », a-t-il précisé.

La mère a été complètement anéantie par la nouvelle, ne voulant pas y croire. Pendant des heures et des heures, elle avait l'impression d'être paralysée, se sentant incapable de bouger, et avait de la difficulté à respirer.

Tué de nouveau à chaque visionnement

Quant aux circonstances horribles dans lesquelles leur fils a perdu la vie, le fait qu'elles aient été relayées sur le web est particulièrement insoutenable pour les parents. « La douleur la plus insupportable pour moi, c'est que la vidéo a été mise en ligne sur Internet, permettant à des gens de regarder [le crime] encore et encore. Chaque fois, c'est comme si mon fils était tué à nouveau », dit la mère.

« Les policiers d'ici, qui ont composé avec toutes sortes de crimes, ont dit qu'ils n'avaient jamais vu ou entendu quelque chose comme ça avant. Je suis extrêmement en colère. [...] Il n'y a pas de mots pour décrire précisément comment je me sens, la blessure profonde dans mon coeur », a déclaré le père de Lin Jun. Sa mère ajoute : « Qui peut regarder son enfant être massacré de la sorte? C'est tellement inhumain ».

« Il était si passionné par la vie, par toutes les belles choses. Pourquoi sa vie est-elle finie? Pourquoi devait-il souffrir autant? Pourquoi cette vidéo brutale sur Internet? Quel désastre et quelle grande douleur pour notre famille! », a affirmé la mère.

Des questions en suspens

Les parents de Lin Jun ignorent toujours pourquoi leur fils se serait retrouvé dans l'appartement de Luka Rocco Magnotta, ni si les deux se connaissaient. Sa mère croit que Magnotta pourrait avoir profité de la bonté et de la candeur de son fils.

En outre, les parents de Lin Jun ne croient pas que leur fils était homosexuel, ayant notamment déjà fréquenté une fille par le passé. Ils sont au courant que de tels bruits courent sur leur fils, mais en contrepartie, ils ne comprennent pas pourquoi cela retient à ce point l'attention des gens.

« Peu m'importe s'il était gai ou pas, il était une bonne personne, amoureux et passionné de la vie, devrait-il être tué pour cela? » déplore sa mère.

M. Lin, lui, est convaincu que le racisme a joué un grand rôle dans l'assassinat de son fils, notamment parce que des parties de son corps ont été envoyées à des partis politiques et à des écoles. Il croit que son garçon été tué parce qu'il était Chinois. « Mon fils est une victime aléatoire du racisme », estime-t-il.

Malgré la douleur, ils ont tenu à remercier les Canadiens qui les ont appuyés dans cette épreuve. Ils souhaitent maintenant que justice soit rendue au procès de Magnotta. Le début de l'enquête préliminaire est prévu en mars 2013.

« Nous sommes profondément touchés par tout le soutien et l'aide [des Canadiens]. Mais honnêtement, nous pensons que le procès est trop lent à démarrer, pourquoi nous font-ils attendre jusqu'à l'an prochain? » se demande la mère de Lin Jun.

Le couple veut d'ailleurs rester à Montréal tout au long du procès. En attendant sa tenue, si la mère éplorée croit que la majorité des gens sont gentils ici, elle vit tout de même dans la peur, car le crime s'est bel et bien passé au Canada. « Pour vous dire la vérité, j'ai peur de prendre l'ascenseur seule, et je ne peux pas dormir si mon mari n'est pas près de moi », a-t-elle affirmé.

Par ailleurs, selon le journaliste Mark Kelley, la famille Lin est à la recherche d'un endroit pour se loger à Montréal en attente du procès et espère obtenir de l'aide pour ce faire.

L'entrevue réalisée par Mark Kelley sera présentée lundi soir au bulletin The National à CBC.

Lin Jun est la présumée victime de Luka Rocco Magnotta.
Voici quelques images...

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