Norah Jones est là, devant nous, à la salle Wilfrid-Pelletier, miraculeusement bénie par l’amour inconditionnel d’un public qui a déjà presque tout aimé d’elle, pour le meilleur et pour le pire. Monument de la musique pop américaine, si jeune, si célèbre, si talentueuse, si mignonne avec ses cheveux noirs et sa belle robe fleurie. Artiste au travail quasi irréprochable, sinon cette affirmation angélique perfectible qui ne saurait que mûrir avec le temps. Concert de clôture à cœur ouvert pour une jeune femme qui sait génialement partager un amour tourmenté soigneusement inventé.

Une douzaine de fils ornés de lumières et d’oiseaux de papier tombent du plafond. On croirait assister au tableau d’un célèbre peintre contemporain. Sans formalités, la chanteuse, guitare électrique au cou, envoie « Little Broken Hearts » (titre de son dernier album) dans un folk inquiété.

Sur une version country feutrée, viendra ensuite « Long Way Home » et ses faisceaux de lumière rouge orangé. L’ambiance est belle, le velours Jones fait son effet.

Entre-temps, la belle réservée ne s’est toujours pas adressée à l’audience, de toute façon captivée.

Avec « Take It Back », les rythmes s’accélèrent lentement sur des riffs de guitares électriques étouffés. Première véritable essence rock de la soirée. Les vrombissements synthétiques de clavier passent et emportent la pièce jusqu’à la très populaire « Say Goodbye », qui sera livrée avec une jolie ligne mélodique au clavier. La pièce berce le cœur d’une passion laissée derrière. On y croit beaucoup.

Ensuite, changement drastique de ton pour le morceau « It’s Gonna Be », agrémenté par le groove du Hammond B3. La performance est énergique et assez fidèle au CD.

La classe

Après une trentaine de minutes, le silence est toujours complet dans l’assistance, sinon les cris d’affection. La proposition générale est immaculée, sans gestes qui débordent ou envolée improvisée. C’est musicalement impeccable, sensuel et sophistiqué. La grande classe, quoi. Vraiment. Mais…

Norah Jones aura livré des succès de ses cinq albums vendus à plus ou moins 40 millions d’exemplaires avec une assurance mesurée : les styles country, blues, rock (un tantinet) passeront au gré des saisons, selon que l’âme soit tragique, optimiste ou déboussolée.

Piano droit, guitare électrique, basse, batterie, claviers, tous les instruments sont brillamment arrangés. Pour le reste, il aura fallu se convaincre qu’on ne cherchait pas en elle le chien, l’esbroufe ou la démesure. Peut-être pour un spectacle prochain.

Quelque vingt chansons plus tard, on appréciera cette soirée magnifiée par le talent de la prodige et de ses quatre jeunes musiciens new-yorkais. On attend seulement que Norah Jones se mette « vraiment » en danger.

Et le jazz dans tout ça ? On l’aura subtilement trouvé quelque part entre les reprises de Hank Williams (« Cold Cold Heart ») et Danger Mouse (« Black »).

Oui, bien entendu, elle aura finalement échangé quelques sourires, anecdotes et mots de bienséance, puisqu’on y pense.