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La diffusion des enregistrements de Mohamed Merah suscite la polémique

09/07/2012 06:50 EDT | Actualisé 07/09/2012 05:12 EDT
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TUERIE DE TOULOUSE - De sa détermination meurtrière et de son absence de remords, Mohamed Merah n'a rien caché durant le siège de son appartement toulousain, selon les extraits des négociations avec la police dont la diffusion dimanche par TF1 a suscité la fureur des proches des victimes.

À la suite de la suppression par TF1 de l'émission Sept à Huit sur son site Internet, Le HuffPost a choisi de ne pas reproduire les extraits de la vidéo de Mohamed Merah.

Derrière la pointe d'accent méridional du "tueur au scooter" qui a abattu sept personnes les dix jours précédents, le ton est calme, posé. Amusé même quand il explique qu'il ne peut faire cuire son repas, son micro-ondes étant criblé de balles. Il s'exprime clairement, malgré quelques tics de langage ("T'as vu", "voilà").

La diffusion de cet enregistrement dans l'émission Sept à Huit a suscité la colère des familles, "scandalisées", qui vont saisir la justice en urgence pour faire interdire sa diffusion sur internet.

Le parquet de Paris a lancé une enquête préliminaire pour violation du secret de l'instruction et une enquête administrative a été confiée à la "police des polices" pour trouver la fuite d'un document dont les familles et leurs avocats n'ont pas eu connaissance.

"A ce rythme, ce sont les vidéos des tueries (ndlr: prises par Merah et envoyées à al-Jazeera) qui se retrouveront sur la toile et l'atteinte sera alors irrémédiable", s'est indignée une avocate des familles, Me Samia Maktouf.

Le ministre de l'Intérieur Manuel Valls a regretté qu'"aucune précaution (n'ait) été prise pour respecter les familles des victimes" avant la diffusion de ce que la représentante du Crif Midi-Pyrénées, Nicole Yardeni, a décrit comme un document "terrifiant", montrant "quelqu'un qui a le goût du sang".

"Nous avons beaucoup réfléchi, décidé de diffuser ce document qui a une forte valeur d'information", s'est défendu sur RTL Emmanuel Chain, producteur de l'émission Sept à Huit, assurant avoir pensé "en permanence aussi à l'émotion" des familles. Sollicitée par l'AFP, TF1 n'avait pas réagi dimanche soir.

"Au hasard"

Le document commence quand la voix de Merah s'élève le 21 mars au matin, quelques heures après l'échec du premier assaut du Raid. "Je suis quelqu'un de déterminé, je n'ai pas fait ça pour me laisser faire attraper, t'as vu", "Donc voilà, sachez qu'en face de vous, vous avez un homme qui n'a pas peur de la mort, moi la mort, je l'aime comme vous vous aimez la vie."

Dans les 32 heures du siège, Merah raconte ses contacts avec Al Qaïda, décrit les actions qu'il envisageait ou son style de vie "fashion": "ça fait partie de la ruse, tu vois." Car "la guerre est une ruse."

Ce négociateur, "Hassan", est l'agent de la DCRI qui l'a rencontré de retour de son voyage au Pakistan. Il lui explique les assassinats de trois parachutistes à Toulouse et Montauban puis de trois enfants et d'un père de famille juifs.

"Mon but dans ces attentats, c'était de tuer en priorité des militaires parce que ces militaires-là sont engagés en Afghanistan, et tous leurs alliés t'as vu, que ce soit de la police, de la gendarmerie, de la police nationale, de tout", dit-il.

Il raconte comment ayant raté une cible, un autre militaire, il s'est rabattu sur l'école juive Ozar Hatorah. Il dit: "J'ai repris le scooter et je suis passé comme ça, ce n'était pas prémédité, enfin si, je comptais le faire, t'as vu, mais le matin en me réveillant c'était pas mon objectif."

Merah narre ses périples. "Tu crois que je vais faire du tourisme au Pakistan et en Afghanistan?", ironise-t-il.

Merah expliquera qu'il était prêt à de nouveaux carnages. Il savait qu'un jour "ça allait être vraiment chaud pour moi, qu'il y allait avoir des barrages, tout ça." Alors, "j'aurais tout fait au culot, je serais entré dans les commissariats, j'aurais abattu le policier qui est à l'accueil, j'aurais abattu des gens dans la rue, des gendarmes qui circulent en voiture, aux feux rouges, j'aurais mis des guet-apens."

"J'allais faire tout au hasard et sans aucune préparation", ajoute-t-il. Dans la nuit du 21 au 22 mars, Merah dit qu'il ne se rendra finalement pas. Les négociateurs ne lui permettent pas de parler à sa mère. Il mourra dans l'assaut du Raid.

TF1 se justifie, mais supprime les vidéos de son site

Les enregistrements entre Mohamed Merah et les policiers lors du siège de son appartement diffusés par TF1 contenaient des "informations très importantes", a déclaré lundi 9 juillet la directrice de l'information du groupe, Catherine Nayl, pour justifier leur diffusion.

Ces extraits contenaient "des informations très importantes sur la façon dont les hommes du raid ont négocié jusqu'au bout pour que Mohamed Merah se rende", a-t-elle assuré. "Nous l'avons fait en conscience parfaite de ce que cela pouvait avoir comme valeur informative".

A la suite de la suppression par TF1 de l'émission Sept à Huit sur son site Internet, Le HuffPost a choisi de ne pas reproduire les extraits de la vidéo de Mohamed Merah.

"Je pense que ce document prouve que, jusqu'au bout du raid, les négociateurs ont essayé d'arrêter Mohamed Merah, et de l'arrêter vivant", a-t-elle ajouté. "On comprend dans ce document aussi que Mohamed Merah, avec un sang-froid et une détermination absolus (...), s'est construit un personnage", a poursuivi Catherine Nayl.

"Toutes ces informations, qui sont des informations nouvelles par rapport à l'affaire Merah, nous ont semblé importantes à diffuser. C'est pour cela que nous avons décidé de le faire. Nous sommes des journalistes, notre travail, c'est d'informer", a-t-elle insisté.

Des justifications similaires à celles prononcées dimanche par Emmanuel Chain, producteur de l'émission sept à huit qui a diffusé hier soir les images. "Nous avons beaucoup réfléchi, décidé de diffuser ce document qui a une forte valeur d'information", a-t-il affirmé dimanche, précisant avoir pensé "en permanence aussi à l'émotion" des familles.

"Nous avons supprimé tous les moments où Merah a essayé de justifier l'injustifiable dans une sorte de prosélytisme que nous n'avons pas répercuté", a-t-il précisé sur France Info lundi matin. "Quand on fait ce métier de journalisme, on protège ses sources, et en même temps on ne diffuse pas n'importe quoi n'importe comment. Il y aura peut-être une enquête pour savoir comment nous nous sommes procuré ce document, mais ce n'est pas le sujet du moment", a ajouté Emmanuel Chain.

Malgré ses justifications, TF1 a décidé de supprimer la rediffusion de l'émission Sept à Huit sur son site Internet.