MONTRÉAL - Le groupe britannique mythique Van der Graaf Generator à son monde bien a lui. Si on a aise à pénétrer l’univers chargé de ce rock progressif (cette étiquette stylistique n’est pas appréciée par le leader du groupe) qu’il propose, force est de constater que la formation du sexagénaire chanteur et guitariste Peter Hammill a de quoi passionner plusieurs mélomanes d’ambiances sombres, qui étaient d’ailleurs rassemblés au Théâtre Maisonneuve de la Place des Arts de Montréal, mardi soir.

Formé dans les années soixante et glorieux durant la décennie suivante, le groupe qui s’est scindé il y a plus de 30 ans a fait un retour apprécié en Angleterre en 2005. Deux des musiciens, l'organiste Hugh Banton et le batteur Guy Evans, ayant collaboré longuement avec Peter Hammill avaient alors décidé qu’ils revenaient à l’avant-scène musicale pour Van der Graaf.

En pleine tournée américaine, ceux-ci trimballent en ce moment leur douzième album studio intitulé A Grounding in Numbers. En concert dans le cadre du Festival de jazz de Montréal (Van der Graaf était aussi venu en 2009), ils ont offert une mouture de nouveau et de vieux matériel dans une salle pas tout à fait pleine mais ô combien truffée d’amateurs de la première heure. Un rendez-vous incontournable pour plusieurs.

Le décollage

Disposé en ouverture dans une scénographie triangulaire – le batteur étant situé un peu en retrait à l’arrière - les trois musiciens sont assis devant leur instrument respectif (Hammill, lui, est au clavier pour débuter) : frappement rapide des caisses de batterie, lourdes notes des claviers, la rythmique plonge rapidement l’audience dans une sorte d’ensemble débalancé que colle parfaitement au style de la formation.

Dans une ambiance de cérémonial, la dégaine au clavier de Hammill est rageuse, inspirée, et sa voix tragique. La mélodie, elle, est inquiétante, mais poétique. L’intense performance durera ainsi une dizaine de minutes et se terminera dans une finale de fin du monde, avec peut-être une lumière quelque part à l’horizon. Le ton est donné. Déjà, c’est l’ovation.

La cadence change drastiquement à la balade « Your Time Starts Now » issue du dernier album paru en 2011. « Without a question, without a clue, your response will attest to suggestion's power, so strong and growing stronger », chante Hammill, avec sa voix dramatique et enveloppante qui ressemble étrangement ici à celle de David Bowie. Sur le disque, cette pièce demeure posée. Mais sur les planches, l’interprétation lui donne davantage d’émotion. Pensons à la fin du morceau au cours de laquelle le chanteur tiendra la note avant que la musique s’achève d’un trait.

Viendra ensuite la chanson fleuve « Flight » (paru en 1980 sur l’album A Black Box de Peter Hammill), dans une version toute spéciale pour Montréal. Sur le son synthétique d’un vrombissement lourd de moteur d’avion, la musique commence en douceur puis la cadence accélère lorsque Hammill et Evans frappent les touches de leurs claviers. Les arrangements sont chargés, la batterie de Banton est nerveuse. Tout transpire l’urgence. Dans cette longue prestation pesante, on s’étonne de l’énergie du chanteur qui interprète les paroles de façon grave et convaincue. Le bruit du moteur reviendra 12 minutes plus tard pour finalement s’estomper. Moment fort.

Far West industriel

À « Bunsho », Peter Hammill empoigne une de ses guitares électriques et s’avance au centre de la scène. Les éclairages projetés sur l’énorme mur arrière sont rouges et orangés. L’orchestration est passablement différente avec l’arrivée des cordes, mais la hargne instrumentale, elle, demeure. Juste après, autre style avec la récente « Lifetime », sur laquelle Hammill suggère un jeu de guitare folk-country-rock futuriste. On se croirait perdu quelque part au milieu d’un désert industriel. Encore une fois, le rendu est théâtral et la mise en scène (sans artifices techniques sinon l’éclairage) dramatique.

Cette musique signée Van der Graaf Generator renferme des performances de haut calibre que peu de groupes rock de ce genre sont capables de livrer avec cette rapidité d’exécution et cette complexité dans les arrangements et les rythmes. Alliage d’habiletés que les trois musiciens ont su pourtant démontrer avec justesse et maintes prouesses. Au final, une riche proposition pour amateur de musique averti.

Van der Graaf Generator, un son unique pour une allure tout aussi singulière.

EN IMAGES:

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    Bessie Smith (Crédit photo: Marc Young)

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