QUÉBEC - L'ouverture du premier Forum mondial de la langue française a été marquée par un coup d'éclat, lundi, lorsqu'un protestataire a réussi à déjouer la sécurité pour interrompre un discours du premier ministre Stephen Harper.

L'incident n'a duré que quelques secondes et l'homme a rapidement été maîtrisé par les services de sécurité et emmené à l'extérieur de la vaste salle où se déroulait la cérémonie.

La Sûreté du Québec a indiqué que l'homme, âgé d'une trentaine d'années, avait été relâché et qu'aucune accusation ne serait portée contre lui.

Son identité n'a pas été révélée.

Le Forum mondial de la langue française réunit près de 1400 délégués de 100 pays, principalement des jeunes, afin de discuter de l'avenir du français dans le monde.

Le protestataire s'est avancé vers l'avant de la salle alors que M. Harper venait de compléter un bref passage en anglais dans son allocution, où il insistait sur l'importance de la diversité culturelle et sur sa fierté des deux langues officielles du Canada, l'anglais et le français.

«Stop Harper, stop Jean Charest», a lancé l'homme. (...) Citoyens levez-vous, on a besoin de vous tout le monde.»

M. Harper s'est brièvement arrêté de parler pendant que l'homme était expulsé puis il a repris son discours comme prévu.

Il a été suivi à la tribune par le premier ministre Jean Charest, qui a lui aussi parlé de la situation de la langue française.

Durant son allocution, M. Harper a évoqué l'importance de la culture française au Canada, soulignant que sept millions de personnes ont le français comme langue maternelle.

«En tant que Canadiens, nous sommes très fiers de la cohabitation de nos deux langues nationales, a-t-il dit. Notre diversité culturelle est notre plus grand atout.»

Alors que des manifestants à l'extérieur du centre des congrès où se déroulait l'événement dénonçaient le laxisme des gouvernements du Québec et du Canada dans la sauvegarde de la langue française, M. Charest a choisi dans son discours d'illustrer les difficultés du français avec des exemples internationaux.

«Le français semble en perte de vitesse au sein des instances européennes, a-t-il dit. Aux Nations unies, son influence n'est plus la même. En Europe, le monde des médias et de la publicité a plutôt fait de l'anglais sa langue d'usage.»

«Le français est en décroissance dans l'univers des publications scientifiques. Enfin, une certaine intelligentsia internationale jette sur le français un regard sceptique.»

Parlant de la situation québécoise brièvement, M. Charest s'en est plutôt servi pour témoigner de son espoir de progrès pour le français dans le monde.

«Je ne crois pas à la fatalité du recul qui entraînerait le français vers son déclin, a-t-il dit. L'histoire du Québec fournit une assise à cette conviction.»

Le Forum mondial de la langue française, une rencontre qui est organisée pour la première fois, se tient à Québec jusqu'au 6 juillet. Les propositions qui émergeront de la rencontre seront ensuite discutées au Sommet de la francophonie, l'automne prochain à Kinshasa, où une politique de promotion du français doit être adoptée.

L'organisation du Forum avait été décidée lors du dernier Sommet de la francophonie à Montreux, en Suisse, il y a près de deux ans.

L'ouverture de l'événement a aussi été marquée par une manifestation organisée par le Mouvement Québec français dont le président, Mario Beaulieu, a adressé une lettre au secrétaire général de la Francophonie Abdou Diouf, qui était présent pendant la cérémonie au centre des congrès de Québec.

Selon M. Beaulieu, l'ensemble des organismes de promotion et de défense du français dresse un état de la situation du français au Québec très différent du portrait brossé par les dirigeants des gouvernements du Québec et du Canada depuis une vingtaine d'années.

«Vous nous permettrez de profiter de l'occasion pour attirer votre attention sur la stagnation et le déclin de la force d'intégration du français et les reculs majeurs qu'a subis notre Charte de la langue française», a écrit M. Beaulieu dans sa missive, rendue publique lundi.

Dans son discours, M. Diouf a déclaré que le français doit prendre sa place dans toutes les sphères d'activités, comme l'économie et les univers numériques.

«Nous ne sommes pas prêts à nous satisfaire d'un français amoindri parce qu'exclu de certains champs de l'activité humaine», a-t-il dit aux délégués lors de l'ouverture.