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Festival international de jazz de Montréal: Cascadeur, que le mystère plane (ENTREVUE / VIDÉO)

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CASCADEUR
Cascadeur. (Crédit photo: Cascadeur / Festival international de Jazz de Montréal) | Cascadeur

Comment décrire Cascadeur ? Voilà tout un défi. Imaginez un artiste déguisé pour aller faire la fête dans une soirée masquée avec combinaison, casque de pilote et cagoule de catcheur mexicain. Puis, pensez à un doux chanteur comme Patrick Watson, tranquillement installé à son piano. Difficile de faire l’association, n’est-ce-pas ? Il est donc là, le paradoxe Cascadeur.

Alexandre Longo (Cascadeur) est un auteur-compositeur-interprète français, chantant en anglais des textes très fins et délicats. Ses écrits traitent d’identité, de perte et touchent également à l’idée de passer inaperçu, de vivre dans l’obscurité. Proposant une musique angélique, il nous transporte dans une ambiance complètement aérienne grâce au mélange de sa voix flottante et de ses mélodies au piano. Sa musique aussi émouvante et mélancolique soit-elle, c’est le processus artistique derrière l’artiste qui pique davantage la curiosité. Son insécurité, sa fragilité constante et son perpétuel doute identitaire viennent chercher la fascination du public.

Cascadeur est de passage au Festival international de Jazz de Montréal pour faire découvrir au public québécois son album The Human Octopus, sorti en France il y a un peu plus d’un an, mais paru ici au Québec, il y a à peine deux jours. Découvrez Cascadeur en quelques questions.

Q. C’est bien votre première fois à Montréal en tant qu’artiste, comment vous sentez-vous à l’idée de jouer au Festival international de jazz?

R. « J’étais déjà venu au Canada ; Toronto, Ottawa, Hamilton et aux Etats-Unis quelques fois, mais Cascadeur, c’est la première fois à Montréal. C’est donc à la fois prestigieux et en même temps je suis bien heureux d’y être. Et en plus, c’est trois soirées d’affilées, ce que je n’ai jamais fait… »

Q. Alors, démystifions ! Pourquoi avoir choisi Cascadeur comme nom d’artiste ?

R. « C’est simple et compliqué comme question, c’est-à-dire qu’il y a plusieurs raisons. J’ai d’abord fait beaucoup de musique avec mes amis. De mon côté, je composais pas mal de morceaux, mais je ne les faisais pas exister sur scène. Au bout d’un moment, ça m’a questionné un peu et mes amis aussi. ‘’Pourquoi tu ne fais pas tes morceaux ? Tu les fais mourir !’’ Alors, je me suis dit : ‘’Effectivement, je dois affronter ce truc-là’’ ! Autrement, je restais un l’homme de l’ombre ! […] Alors, je me suis donné comme but de construire un projet qui me permettrait d’exister sur scène et d’exister comme je le fais d’habitude.

À partir de cette donnée, de l’homme de l’ombre… Et après, dans ma musique, je voulais aussi revenir à des choses assez simples comme l’enfance; jouer du piano, mon instrument d’enfance. Alors, lorsque j’ai fait écouter les premières démos, il y a des thématiques qui sont apparues comme ça. Mes copains à qui j’ai fait écouter m’ont dit : ‘’Ouais, c’est un projet risqué, parce que tu chantes haut, texture féminine, la voix haute, des parties de piano un peu difficiles’’. Donc, j’ai retenu «risque», «danger», «hauteur», «homme de l’ombre», ce qui a mené vers «cascadeur».

Et j’avais un jouet d’enfant qui s’appelait «Cascadeur». C’était un motard ! Mais le personnage est né après que j’aie écrit quelques morceaux. Quand j’ai commencé, le projet était sans nom. »

Q. Pourquoi avoir ensuite décidé de porter un casque ?

R. « Je voulais rester assez anonyme. Cela me faisait peur ! Je ne voulais pas être sur des affiches dans ma ville, dans ma rue ! C’est un truc qui m’effraie, que je trouve ridicule et qui me fait plutôt rire. Je trouve que c’est un peu prétentieux de se présenter sur des affiches comme ça. […] Même quand je fais des interviews radio, je porte souvent une cagoule, j’en ai besoin. J’essaie de me préserver. C’est un peu psychologique ! »

Q. Sur scène, ce que le public peut voir est plutôt paradoxal. Homme costumé avec casque et douces mélodies au piano. Comment expliquez-vous cette opposition ?

R. « À première vue, c’est d’autant plus frappant, c’est vrai, vu cette image qui est un peu dure. Sur scène, à me voir, on pourrait penser que je vais faire une musique robotique, avec plein de machines etc. Et tout d’un coup, on dit : ‘’C’est vrai, c’est un être humain’’ ! Et j’irais presque troubler l’identité sexuelle, parfois, on ne sait pas si c’est un homme ou une femme qui chante. Je crois que bon, sur certains morceaux, on s’interroge. Je trouve que ça donne plus d’ampleur que je sois comme ça. En tout cas, je trouve ça troublant pour moi ! Selon moi, quand je suis troublé, c’est qu’il y a du mystère. Et c’était aussi ça le but, de garder une part de non-révélé. »

Q. Pourquoi avoir choisi de composer en anglais plutôt qu’en français, votre langue maternelle ?

R. « Sur le projet Cascadeur, comme je suis masqué, que j’ai une musique un peu plus émouvante et une culture artistique plus anglo-saxonne, c’était presque plus naturel d’écrire en anglais, même si j’ai un peu plus de difficulté, étant Français. C’est vrai que je m’exprime beaucoup mieux en français qu’en anglais. Je ne parle jamais anglais en France ! Personne ne parle anglais chez nous. […] Alors, je me sens hyper fragile, et ça me plait assez, un peu comme un enfant qui découvre une langue. Je suis toujours vachement impressionné quand je dois donner une entrevue en anglais, je suis tout apeuré. […] Après, je n’ai aucune prétention, j’essaie tant bien que mal de m’exprimer en anglais. Il y a cette maladresse dans mon écriture et ça me plait. Je sais très bien que je n’écrirai jamais comme Joyce ou que je n’aurai jamais l’accent de Sinatra, mais peu importe ! Il y a tellement gens qui parlent anglais et il y a tellement de couleurs possibles avec cette langue. D’ailleurs, souvent, les gens qui sont le plus critique avec mon anglais, ce sont les Français qui pensent très bien parler anglais. C’est marrant ! »

Q. On dit que sur scène, Cascadeur est une grande révélation ! Comment vous décririez-vous ?

R. « Une sorte de Céline Dion ! (Rires) Non, je pense que ça fluctue ! Cela dépend vraiment des concerts. Parfois, je suis un peu bavard, donc ca va modifier le concert, mais parfois, je ne veux pas assez parler ! J’espère au moins qu’il y a des moments d’émotions sur scène; que je puisse un peu retranscrire les émotions du disque. Il y a au moins ça que j’essaie de préserver. Après, le rapport, ça dépend! Je me compare un peu à un acteur. Parfois, l’acteur dit son texte, et tout d’un coup la salle réagit, et donc, il modifie un peu son texte. Il joue avec ça et donc les gens réagissent encore plus etc. Donc, je me sens un peu comme ça, un peu comme un acteur qui en donne plus et plus! »

Découvrez les mélodies de Cascadeur au Thâtre de Quat’sous les 28, 29 et 30 juin à 20h30 dans le cadre du Festival international de Jazz de Montréal. L’album The Human Octopus est également disponible sur iTunes.