DIVERTISSEMENT

Insolite: La réponse à Pierre Foglia... par Pierre Foglia!

12/06/2012 10:43 EDT | Actualisé 12/08/2012 05:12 EDT

Patrick (un prénom d’emprunt, choisi pour la circonstance pour des raisons professionnelles) aime bien Pierre Foglia. Mais il n’a pas du tout apprécié l’un des récents textes du chroniqueur de La Presse, intitulée « Pro domo, pour ma maison ». « Il m'a tant déçu », explique-t-il.

Patrick a donc pris la plume, d’une manière originale. Il s’est glissé dans la peau de Pierre Fioglia, en pastichant son style, pour imaginer la réponse du faux Foglia au vrai Foglia.

Patrick signe son billet « Pierre Foglia, le faux » et précise que toute ressemblance avec le vrai n'est pas fortuite. Il espère avoir respecté le style du chroniqueur et que ce dernier ne lui en tiendra pas rigueur.

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Machiavel et le boulanger du rang Saint-Joachim

C'était dans l'un de ces petits hameaux que l'on croise parfois entre quelques coups de pédale. Hinchinbrooke, peut-être. Ou Très-Saint-Sacrement. Un petit oasis de population au milieu du nulle-part. L'impression d'être dans une île où le temps a été suspendu, où chaque jour est pareil au précédent.

Pourtant, ce samedi-là, Roland, boulanger établi sur le rang St-Joachim depuis des lunes, m'a ramené sur Terre. « Y'a un drôle de sondage à la Une de vot' journal, M'sieur Foglia. Ça dit que les gens appuient la loi spéciale 78, mais ça dit aussi que la question a été posée avant que la loi spéciale soit connue. Trouvez pas ça bizarre, vous? »

Bizarre? Mettons que vous saviez d'avance que demain, y'a des autobus de clients qui vont débarquer à votre boulangerie. Feriez-vous cuire votre pain exactement de la même façon, ce jour-là? Seriez pas tenté d'en profiter pour ajouter un peu de sel ou de levure? D'en mettre plus que le client en demande?

Ben La Presse, c'est ça. Un formidable journal en temps normal. Mais aussi une machine de guerre en temps opportun. En une seule visite, les gens vont pas décortiquer les ingrédients que vous avez mis dans votre pain. Vont juste trouver que votre pain, il est pas mal bon. Et le mot va vite se propager dans les autres villages. Tant pis pour les faits. Tant pis pour la recette originale conçue par votre vieille tante. Tant pis si ça la met en très-saint-sacrament.

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Mon épouse m'a convaincu de regarder un film récent, en fin de semaine. « Regarde ça chéri, m'a-t-elle dit, paraît que c'est le meilleur film de l'année! » Un film qui s'appelle l'arbre de la vie, d'un gars qui s'appelle Malick et avec pas d'acteur connu. Bof... Ça te tente pas de regarder Le Cuirassée Potemkine à la place, lui ai-je répondu? Ça, c'est du cinéma.

C'est vrai que j'avais pas tellement la tête au cinoche. J'étais encore un peu bouleversé, après avoir lu le matin-même le texte de Pierre Foglia dans la grosse presse. Foglia, le libre-penseur, qui défend tout à coup les intérêts corporatistes de son employeur. Y'a des gens que ça met en calvaire. Moi pas. Vous savez ce qui me met en calvaire, moi? Et qui m'empêche d'apprécier le jeu d'acteur d'un dénommé Brad Pitt, que mon épouse aime beaucoup? Y'a des lecteurs qui attaquent la bonne foi et l'intégrité d'André Pratte. Rien de surprenant là. Mais la réponse de Foglia? « Il est gentil, André. »

Gentil?

À la place de Pratte, je serais insulté! On met en doute la bonne foi d'un intellectuel et Foglia nous répond qu'il est gentil... La vérité, c'est que la gentillesse de Pratte, on s'en câlisse.

Quand je lis du Foglia, je m'attends à lire du Foglia. Pas du Lagacé. Pas du Katia Gagnon. Que Foglia reprenne exactement la même ligne de défense qu'eux, moi ça me turlupine. OK, on a compris. On le sait que Boisvert, c'est un bon chroniqueur. On le sait que vous avez des journalistes exceptionnels qui ont déterré tout plein de scandales. On le sait que Desmarais passe plus de temps à Sagard que dans votre salle de nouvelles. On sait ça. Z'avez pas besoin de le répéter dans toutes vos tribunes. Y'a personne qui a remis ça en question. Ç'tu clair?

Mais c'est-tu trop vous demander de reconnaître que des fois, vous faites des erreurs? Que des fois, un sondage publié en Une est un chef d’œuvre de mauvais journalisme? Que des fois, en campagne électorale, vous triturez un peu les faits pour démoniser les adversaires de la ligne éditoriale? Que des fois, vous censurez des nouvelles qui nuisent aux intérêts de Gesca?

C'est-tu trop compliqué de vous demander d'admettre que des fois, z'êtes z'humains?

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Mon chroniqueur préféré a poussé encore plus le bouchon, dans son papier du 9 juin. Il a dit que les Desmarais eux-mêmes font comme si c'était MON journal. Ah ouin? T'es sûr de ça, Foglia?

Je suis indépendantiste. Je suis de gauche. J'aime Amir Khadir. T'es peut-être vieux, Foglia, mais sûrement pas assez pour oublier l’œuvre de ton ami Falardeau. Dans Le Temps des Bouffons, Falardeau s'offusquait de l'opulence des puissants et de leurs accointances avec nos amis politiciens. S'il avait pu voir la vidéo de Sagard, je vous dis pas ce qu'il en aurait pensé. Ça s'écrit pas dans un journal.

Mais toi Foglia, tu penses pas que si c'était vraiment MON journal, comme tu dis, alors j'aurais pu y trouver au moins un chroniqueur pour dénoncer la proximité des élus et des richissimes gens d'affaires? Ben non. Rien. Niet.

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Ces temps-ci, mon plus jeune est insupportable. Y'a ce drôle de moment dans la vie des chats où tout objet fixe semble pouvoir s'incarner en femelle dans de vaines tentatives d'accouplement. Des fois, c'est ma cheville qui devient son objet de désir. Hier, c'est mon recueil de poèmes de Milosz que mon matou aurait voulu effeuilleuse. Insupportable, je vous dis. Il me fait penser à vous des fois, chers lecteurs.

Justement, y'a Marcel qui m'a écrit la semaine dernière : « Je vous gage que votre journal ne fera même pas mention de la vidéo de Sagard publiée par Anonymous. » Marcel, depuis le temps que tu lis La Presse, t'as encore rien compris. Y'a pas de gros complot, par ici. C'est vrai que les premiers jours, tu pourras rien lire là-dessus. Nos chroniqueurs vont s'autocensurer et c'est normal. Y'en a pas un qui a envie de passer pour le chien galeux dans la salle qui a osé critiquer le patron le premier. Quand la poussière sera retombée, quand Quebecor aura fini de gratter le bobo, alors c'est là que tu vas pouvoir lire sur Sagard dans La Presse.

C'est ça que j'ai répondu à Marcel. « Marcel, sois patient. Dans quelques jours, André Pratte va écrire un édito sur Sagard. Il va dénoncer l'acharnement de Quebecor contre les Desmarais et dire qu'il n'y a rien de mal à ce que nos élus boivent l'apéro et roupillent chez des gens dont les intérêts financiers sont fortement liés aux politiques gouvernementales. »

Eh ben Marcel, je te dois des excuses. C'est pas Pratte qui a fait la job de bras. C'est Foglia.

Ça, c'est brillant.

Quand Pratte prend la défense de son patron, y'a que ceux qui ont une feuille d'érable tatouée sur la fesse qui s'en excitent. Même mon boulanger de Très-Saint-Sacrement lis ça avec le sourire.

Mais quand le même message vient de la plume du libre-penseur. Du gauchiste. Du séparatiste. De l'ami d'Amir Khadir. Du scribe dont la liberté d'écriture contredit l'idée même que l'info à la sauce La Presse pourrait être orientée politiquement. Alors croyez-moi, les carrés rouges vont être les premiers à partager son texte et à crier au génie.

Machiavel aurait été fier.

Fuck.