MOSCOU - Le président russe Vladimir Poutine a promulgué vendredi une loi anti-manifestations qui multiplie par plus de 150 le montant de l'amende pour rassemblement non autorisé, la portant quasiment au niveau du salaire annuel moyen dans ce pays. Mais cela suffira-t-il à décourager l'opposition de marcher à Moscou mardi?

Vladimir Poutine s'emploie à étouffer la contestation depuis son retour le 7 mai à la présidence, qu'il avait tenue de 2000 à 2008 avant un passage au poste de premier ministre pour cause de limitation constitutionnelle à deux mandats consécutifs à la tête du pays.

Il semble parier sur le fait que la menace d'une amende exorbitante et d'une peine de prison mettra fin aux manifestations qui se multiplient depuis la victoire de son parti aux élections législatives de décembre, entachées d'irrégularités. Jusqu'à 100 000 personnes ont défilé à Moscou pour des élections libres, aux cris de «La Russie sans Poutine» ou «Poutine voleur». Le pays n'avait pas connu de telles mobilisations depuis la fin de l'Union soviétique il y a vingt ans.

M. Poutine, qui refuse toute discussion avec ses détracteurs, pourra juger de l'effet dissuasif de cette nouvelle loi mardi, date prévue de la première grande manifestation contre lui depuis son retour aux commandes. Certains dirigeants de l'opposition estiment que le durcissement des sanctions va décourager les Russes de la classe moyenne qui se sont joints aux cortèges par dizaines de milliers cet hiver, d'autres que cela va au contraire alimenter la colère et motiver les foules.

Vladimir Poutine «ne comprend qu'un langage, le langage de la force, et considère donc toute discussion normale ou compromis rationnel comme une faiblesse personnelle», estime Evguénia Tchirikova, militante écologiste qui s'est fait connaître en luttant contre la destruction de la forêt de Khimki, près de Moscou, par la construction d'une autoroute reliant la capitale à Saint-Pétersbourg.

Evguénia Tchirikova et Ilia Yachine, qui a récemment passé 15 jours en prison pour avoir conduit une manifestation non autorisée, s'étaient réunis avec d'autres meneurs de l'opposition jeudi à Moscou pour discuter des conséquences de la nouvelle loi, qui prévoit des amendes pouvant aller jusqu'à 300 000 roubles (environ 9000 $ US). Ilia Yachine se voulait rassurant, estimant que les sympathisants se cotiseraient pour payer si nécessaire, comme cela s'est déjà fait.

Le mouvement avait semblé faiblir avec l'élection de Vladimir Poutine mais plusieurs dizaines de milliers de personnes ont manifesté à Moscou à la veille de l'investiture du président, déjouant les pronostics de la police comme des organisateurs. Des incidents ont éclaté, provoqués par des voyous à la solde du Kremlin selon l'opposition, et plus de 400 contestataires ont été arrêtés sans ménagements. La police a encore interpellé des centaines d'activistes les jours suivants.