MONTRÉAL - Si une image noire remplace la page d'accueil de certains sites Web lundi, elle ne sera pas le résultat d'une attaque de pirates informatiques, mais bien un message de groupes écologistes qui souhaitent dénoncer certaines politiques gouvernementales en matière d'environnement, entre autres.

Équiterre, Greenpeace, le World Wildlife Fund (WWF) et la Fondation David Suzuki figurent parmi les organisations de défense de l'environnement qui participeront cette journée-là à la campagne «Silence, on parle», car selon eux les gouvernements provincial et fédéral utilisent leurs pouvoirs législatifs pour «affaiblir les voix de groupes qui s'opposent à leurs idéologies».

Selon le directeur général pour la section québécoise de la fondation David Suzuki, Karel Mayrand, le gouvernement Harper a pris les écologistes en grippe, et il les «muselle» avec, notamment, le dépôt du projet de loi budgétaire C-38.

Ce document de quelque 400 pages amende plus d'une soixantaine de lois, notamment de nombreuses législations environnementales, mais également l'admissibilité à l'assurance-emploi et aux prestations de vieillesse, les politiques d'immigration et les méthodes d'inspection des aliments.

M. Mayrand ajoute que la «même chose» se produit au Québec avec la loi 78, que le gouvernement Charest a adopté afin d'encadrer les manifestations et d'assurer l'accès aux institutions d'enseignement.

L'écologiste voit dans ces mesures «un glissement dangereux» que les citoyens «doivent dénoncer», sans quoi les débats de société et la légitimité des choix des gouvernements s'en trouveront affectés.

Selon M. Mayrand, la qualité des décisions prises en démocratie est «tributaire de l'expression d'une diversité de points de vue», et c'est pourquoi il demande aux citoyens, organisations et entreprises de participer à la campagne qu'il promeut.

«Les gens sont en état de choc devant ce qui se passe a Ottawa», observe-t-il.

«Nous, on veut leur donner la parole pour défendre les deux valeurs canadiennes fondamentales que sont la protection de la nature et la démocratie. On a des réponses de groupes écologistes, mais aussi de gens ordinaires, qui appuient le principe qui veut qu'on puisse prendre la parole sans risquer des représailles.»

M. Mayrand s'inquiète également qu'une tendance soit en train d'émerger.

«Les associations étudiantes sont visées par Québec, les groupes environnementaux le sont par Ottawa. Qui seront les suivants?», demande-t-il.

Certaines personnalités publiques participent à la campagne «Silence, on parle», à savoir l'écrivaine Margaret Atwood, le musicien Bruce Cockburn et le groupe Les Cowboys Fringants.

Ils noirciront ainsi leurs sites Web lundi en reprenant les mots de la campagne ou, encore, ils s'exprimeront sur les réseaux sociaux comme Facebook et Twitter.