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La loi spéciale pour le Canadien Pacifique est adoptée

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CP: le projet de loi spéciale a été adopté. | CP

OTTAWA - Un compte à rebours de 12 heures a été enclenché en fin de journée jeudi en prévision de la reprise du service de transport de fret du Canadien Pacifique.

Le Sénat canadien, dominé par les conservateurs, a adopté la loi spéciale forçant le retour au travail, mettant fin à une grève de neuf jours des 4800 mécaniciens de locomotives, conducteurs de train et autres employés.

Un porte-parole du transporteur ferroviaire a indiqué que l'entreprise planifiait de recommencer à faire rouler les wagons 12 heures après l'adoption du projet de loi et sa sanction royale — qui a aussi été donnée jeudi.

Avant même le vote du Sénat, VIA Rail, qui utilise une partie des voies de CP, informait ses clients que le service reviendrait à la normale vendredi, avec l'exception d'un trajet du nord de l'Ontario qui serait de nouveau en service samedi.

Le Canadien Pacifique s'attend à ce que le service soit de nouveau pleinement assuré 48 heures après la remise en marche des trains, a déclaré le porte-parole Ed Greenberg, avant d'ajouter qu'il ne pouvait avancer de délai pour l'acquittement de toutes les commandes accumulées durant le conflit.

«Nous avons perdu neuf jours de transport de marchandises», a déclaré la ministre fédérale du Travail, Lisa Raitt, lors d'un débat d'urgence tenu jeudi au Sénat, où elle livrait un dernier discours pour faire adopter le projet de loi.

«Même lorsque les trains recommenceront à rouler, il faudra des semaines pour revenir complètement à la normale, et les clients n'oublient pas ce genre de choses», a dit la ministre.

Le projet de loi renvoie le conflit de travail devant un arbitre nommé par le fédéral, qui dispose de 90 jours pour imposer une entente aux deux parties, à moins que celles-ci ne puissent négocier entre elles dans l'intervalle.

Le gouvernement Harper a été, tour à tour, félicité et critiqué pour avoir rapidement mis fin à la grève au CP. La ministre Lisa Raitt estimait que l'interruption de service privait l'économie d'un demi-milliard de dollars par semaine.

Le gouvernement fédéral a imposé ou menacé d'imposer une loi spéciale à trois reprises depuis un an. Or, selon certains observateurs, la menace de lois spéciales court-circuite les négociations normales, et il n'est pas favorable aux travailleurs ni à la santé à long terme des entreprises.

Lors de l'audience du Sénat de jeudi sur la question, Phil Benson, un lobbyiste représentant le syndicat de CP, a déclaré de façon surprenante qu'il s'agissait «d'un bon projet de loi». «Ce projet de loi est juste», a-t-il dit, ajoutant que le syndicat obtenait ainsi une «possibilité ou une chance d'obtenir une bonne entente».

M. Benson a toutefois ajouté que les projets de loi précédents forçant le retour au travail chez Air Canada et Postes Canada avaient poussé CP à négocier de mauvaise foi.

«Je crois fermement que si cet éléphant ne s'était pas trouvé dans la pièce [les autres projets de loi de retour au travail], nous ne serions pas ici. Je crois vraiment que nous aurions eu une entente», a-t-il dit.

De leur côté, les dirigeants de la Conférence ferroviaire de Teamsters Canada (CFTC) ont fait savoir par voie de communiqué qu'ils déploraient l'adoption de la loi spéciale forçant les travailleurs à retourner au travail vendredi. Mais le mot d'ordre transmis aux membres du syndicat sera de respecter la loi.

«La réduction draconienne du régime de retraite a mis nos membres en colère, a fait remarquer Doug Finnson, négociateur en chef et vice-président de la CFTC. Un régime de retraite c'est un salaire différé, pas un magot que la compagnie peut distribuer à ses actionnaires et gestionnaires sans rendre de compte à personne.»

Le syndicat des Teamsters entend rapporter systématiquement au public tous les incidents sur les chemins de fer qui seront liés à la gestion de la fatigue. «Nous ne laisserons pas le Canadien Pacifique mettre la vie de nos membres en danger, de même que celles des citoyens qui vivent à proximité des voies ferrées, a mis en garde le président de Teamsters Canada, Robert Bouvier. Nous allons nous battre jusqu'à ce que le CP respecte ses travailleurs et lui accorde le repos qu'ils méritent. »

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