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Damas nie toute responsabilité dans le massacre de Houla

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Une photo diffusée par le réseau d'opposition syrienne Shaam News Network montre les corps de 92 personnes avant leur enterrement à Houla. (AFP)
Une photo diffusée par le réseau d'opposition syrienne Shaam News Network montre les corps de 92 personnes avant leur enterrement à Houla. (AFP)

Le régime syrien a nié dimanche être à l'origine du bombardement de la ville de Houla, qui a causé la mort de 92 personnes, dont 32 enfants, dans la nuit de vendredi à samedi.

« Nous réfutons totalement toute responsabilité gouvernementale dans ce massacre terroriste qui a visé les habitants », a déclaré le porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Jihad Makdissi, lors d'une conférence de presse à Damas.

Il a annoncé la mise sur pied d'une commission d'enquête pour faire la lumière sur les événements. « Nous avons formé une commission conjointe de l'armée et de la justice qui va enquêter sur l'ensemble des faits et qui publiera ses résultats dans trois jours », a-t-il poursuivi.

M. Makdissi a livré la version des faits des autorités concernant le massacre. Vendredi à 14 h, « des centaines d'hommes armés se sont rassemblés à bord de pick-up chargés [...] d'armes lourdes, de mortiers, de mitrailleuses lourdes », a-t-il soutenu. « Les forces terroristes se sont dirigées vers cette zone qui est protégée par les troupes gouvernementales [...] et ont attaqué les postes militaires », a-t-il ajouté. Selon lui, ces « terroristes » ont utilisé « des missiles antichars » pour la première fois dans le conflit.

« Aucun char n'est entré et aucun canon n'était dirigé contre ces zones [...]. Les troupes gouvernementales n'ont pas quitté les lieux. Elles étaient en position d'auto-défense », a-t-il affirmé. Mais à la suite de l'assaut présumé des hommes armés, « les troupes ont riposté en légitime défense et les combats se sont arrêtés vendredi à 23 h », a-t-il poursuivi.

Nouvelle visite de Kofi Annan en Syrie

M. Makdissi a par ailleurs affirmé que le médiateur de l'ONU et de la Ligue arabe pour la Syrie, Kofi Annan, se rendra dans son pays lundi.

Nommé le 23 février, l'émissaire a effectué un premier voyage en Syrie le 10 mars. Il avait alors obtenu du régime et de ses opposants un engagement à respecter un plan de paix en six points, comprenant, entre autres, un cessez-le-feu, violé quotidiennement. Les violences perpétrées à Houla, dans la province de Homs, sont les pires depuis son entrée en vigueur, le 12 avril.

M. Annan et le secrétaire général des Nations unies Ban Ki-moon avaient condamné samedi « la mort, confirmée par les observateurs de l'ONU, de dizaines d'hommes, de femmes et d'enfants » à Houla, dénonçant « une violation flagrante du droit international et des engagements pris par le gouvernement syrien de cesser son recours aux armes lourdes ».

La communauté internationale mobilisée

Choquée par ce nouveau bain de sang après plus de 14 mois de soulèvement, la communauté internationale entend intensifier la pression sur le régime syrien, les États-Unis lançant un appel à mettre fin au règne « du meurtre et de la peur ». Elle a fait part de son indignation, sans toutefois annoncer des mesures concrètes.

La Grande-Bretagne a appelé à « une réponse internationale forte » et à une réunion d'urgence du Conseil de sécurité « dans les prochains jours ». De son côté, la France a entrepris d'organiser une rencontre du « Groupe des pays amis du peuple syrien ».

Le Koweït, qui préside actuellement la Ligue arabe, veut pour sa part convoquer une réunion d'urgence de l'organisation sur la Syrie « en vue de prendre les mesures destinées à mettre fin à l'oppression du peuple syrien ».

L'Armée syrienne libre (ASL), composée de déserteurs, a averti qu'elle ne se soumettrait plus au plan Annan. « À moins que le Conseil de sécurité de l'ONU ne prenne des décisions d'urgence pour protéger les civils, le plan Annan ira en enfer », a-t-elle affirmé.

D'après l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH), ONG militante basée à Londres, les civils ont été tués dans des frappes qui ont commencé vendredi midi et se sont terminées samedi à l'aube.

Des vidéos diffusées sur le web par des opposants à Houla montrent que des dizaines de corps ont été enterrés dans une fosse commune. Les habitants ont pris à témoins des observateurs de l'ONU qui se sont rendus sur place.

« Il y avait des enfants de moins de huit mois! Qu'est-ce qu'ils ont fait? Est-ce qu'ils portaient des roquettes RPG? Le monde reste les bras croisés. » — Un habitant de Houla s'adressant à un observateur de l'ONU

Le général Robert Mood, chef des observateurs des Nations unies en Syrie, a qualifié le massacre de « tragédie brutale », sans désigner de responsable. Il a toutefois confirmé « l'usage d'artillerie tirée depuis des chars ». Il a exhorté le régime « à ne plus utiliser d'arme lourde », invitant les deux parties à « cesser de recourir à la violence ».

En dépit du tollé qu'a soulevé le massacre, les troupes du régime ont continué de frapper dimanche des villes rebelles dans le centre de la Syrie, menant aussi de violents combats contre les rebelles à proximité de Damas. Les insurgés avaient menacé la veille de passer à l'offensive si les Nations unies n'agissaient pas rapidement.

Plus de 13 000 personnes sont mortes depuis le début de la révolte contre le régime, pour la plupart des civils tués par les forces du régime, selon l'OSDH.