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Après une manif monstre pacifique, le rassemblement nocturne aura été fort agité (TWITTER/PHOTOS)

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MANIFESTATION MONTREAL
Radio-Canada.ca

MONTRÉAL - La grande manifestation marquant les 100 jours de la grève étudiante qui a réuni plusieurs dizaines de milliers de personnes mardi après-midi à Montréal s'est déroulée dans le calme malgré quelques incidents mineurs. Mais elle aura été suivie d'un rassemblement nocturne une fois de plus agité et marqué par au moins une centaine d'arrestations.

Selon le Service de police de la ville de Montréal (SPVM), les manifestants rassemblés sous la pluie au parc Lafontaine, point de chute de l'événement, en après-midi, ont quitté graduellement les lieux aux alentours de 18 h alors qu'une poignée d'irréductibles ont continué de marcher.

Après avoir sillonné le centre-ville, ils ont pris la direction du pont Jacques-Cartier, poussant les forces de l'ordre à déclarer le rassemblement illégal et à émettre deux avis de dispersion. Le groupe a alors décidé de rebrousser chemin pour se diriger vers la place Émilie-Gamelin, lieu de départ de la 29e manifestation nocture qui s'est mise en branle vers 21 h.

Environ une demi-heure plus tard, cette autre marche nocturne a été décrétée illégale par le SPVM parce que les organisateurs n'avaient pas fourni le trajet d'avance et que certains manifestants portaient des masques. La police a toutefois précisé que le rassemblement serait toléré s'il demeurait pacifique.

Mais peu avant 21 h 45, la police a ordonné à deux reprises à la foule, alors sur Sainte-Catherine près de la rue Peel, de se disperser après que des bouteilles de bière et d'autres objets eurent été lancés sur les policiers. Daniel Fortier du SPVM a confirmé que 11 arrestations avaient eu lieu, pour des actes criminels, dont méfaits sur des bâtiments et des voies de fait.

Au cours des heures suivantes, les policiers du SPVM ont procédé à au moins deux importantes arrestations de groupe, mais n'en ont pas précisé les motifs. Selon le relationniste Simon Delorme, au moins deux policiers ont été blessés lors des affrontements. Tous les détails devaient être livrés mercredi matin mais le bilan provisoire faisait état d'au moins cent arrestations.

Groupes séparés

L'éparpillement des participants a caractérisé toute la manifestation de mardi après-midi, qui s'est divisée en au moins trois groupes en cours de route.

Peu de temps après le coup d'envoi à 15 h, un groupe mené par la CLASSE avait choisi d'emprunter un trajet qui n'avait pas été dévoilé, se dirigeant vers l'ouest sur la rue Sherbrooke plutôt que vers l'est, où s'est acheminée une autre portion des manifestants qui avait remis un itinéraire.

Dans un communiqué, la CLASSE avait affirmé qu'elle comptait terminer la marche au parc Lafontaine comme l'ensemble des manifestants, sans toutefois préciser par où elle passerait pour s'y rendre.

Ian Lafrenière, porte-parole du SPVM, a indiqué qu'un troisième groupe plus radical avait pour sa part décidé de commettre des actes criminels.

«Il y a des vitrines qui ont volé en éclats, des véhicules de police qui ont été endommagés et des policiers qui ont reçu des projectiles. Ce groupe-là est ensuite revenu au sein de la première manifestation», a-t-il révélé.

M. Lafrenière a déclaré qu'aucune arrestation n'avait eu lieu, les personnes ayant posé des gestes de vandalisme s'étant ensuite mêlées à celles qui manifestaient pacifiquement.

À l'opposé de la CLASSE, les Fédérations étudiantes universitaire (FEUQ) et collégiale (FECQ) avaient annoncé leurs parcours afin de respecter les limites imposées par la loi 78, tout en précisant qu'elles la contesteront devant les tribunaux.

«L'objectif de la manifestation d'aujourd'hui, c'est justement de démontrer qu'il est possible de manifester pacifiquement, mais aussi d'envoyer un signal clair au gouvernement Charest que la mesure de la loi spéciale, la ligne dure, ça ne fonctionne pas», a expliqué Léo Bureau-Blouin, président de la FECQ.

«À un moment donné, il faut discuter, il faut tendre la main aux étudiants. Il faut peut-être accepter aussi qu'on s'est trompé», a-t-il ajouté.

Sa vis-à-vis de la FEUQ, Martine Desjardins, a cependant précisé qu'il serait difficile d'entamer de nouveaux pourparlers avec le gouvernement sous l'égide de la loi 78.

«On ne peut pas négocier lorsqu'on a une épée de Damoclès au-dessus de la tête, alors que la ministre de l'Éducation (Michelle Courchesne) peut à tout moment restreindre nos droits d'association», a-t-elle dit.

Dans la rue, les étudiants étaient accompagnés de représentants des grandes centrales syndicales, de même que de plusieurs syndicats d'enseignants et de plusieurs autres corps de métier, mais aussi de citoyens. La Fédération des travailleurs du Québec (FTQ) a fourni son service d'ordre pour éviter les débordements.

Avant le départ, la CLASSE avait tenu à s'exprimer en marge des deux autres fédérations étudiantes en refusant d'annoncer son itinéraire. Avec une pointe de défi, le porte-parole Gabriel Nadeau-Dubois a dit qu'il était à même de démontrer le ridicule de la loi 78 en affirmant qu'il serait impossible d'arrêter tous ceux qui font de la désobéissance civile.

«S'il (le gouvernement) veut s'en prendre aux porte-parole et aux élus de la CLASSE avec des amendes salées, s'il est conséquent, il devra également donner des amendes aux milliers de personnes présentes», a lancé M. Nadeau-Dubois.

Parmi les manifestants se trouvaient des artistes dont Paul Piché et Michel Rivard, et l'ancien chef du Bloc québécois Gilles Duceppe, qui arborait quant à lui le carré blanc.

«Je ne suis pas en faveur de la désobéissance civile, nous ne sommes pas dans l'Inde de Gandhi ni dans la lutte de Martin Luther King. D'autre part, je dénonce aussi la désobéissance démocratique du gouvernement. Les deux s'alimentent et ça donne une crise», a déploré M. Duceppe.

Les étudiants espèrent que cette autre mobilisation, dont les échos se font aussi entendre à l'étranger, permettra de remettre à l'ordre du jour une séance de négociation avec le gouvernement.

Mais cette manifestation étudiante ne visait pas tant la hausse des droits de scolarité que la loi 78 du gouvernement Charest adoptée vendredi dernier.

De Québec, le ministre de la Sécurité publique, Robert Dutil, a tenté une fois de plus de préciser que la loi ne vient non pas interdire le droit de manifester, mais l'encadrer, en exigeant notamment de produire l'itinéraire de tout rassemblement au moins huit heures avant la tenue d'un événement.

Cela dit, depuis l'adoption de la loi 78, les manifestations se sont poursuivies dans une ambiance extrêmement tendue, et donnant lieu à plus de débordements violents en fin de semaine.

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