TORONTO - Si une femme enceinte espère limiter les possibilités de donner naissance à un gros bébé, une nouvelle étude suggère que la meilleure solution serait de contrôler son propre poids avant et pendant la grossesse.

L'étude, publiée mardi dans le Journal de l'Association médicale canadienne, remet en question un consensus croissant au sein de la communauté scientifique selon lequel des niveaux élevés de glucose chez la mère sont principalement responsables des bébés très gros, un phénomène connu sous le nom de macrosomie.

Des chercheurs de quatre établissements de santé de Toronto ont mené l'étude en réponse à une tendance croissante chez les professionnels de la médecine traitant des femmes pour des cas de diabète gestationnel, une forme temporaire de la maladie qui apparaît seulement pendant la grossesse.

Le principal chercheur, Ravi Retnakaran, de l'Hôpital du mont Sinaï, a indiqué que certains scientifiques n'étaient pas à l'aise avec les nouvelles normes proposées, qui viendraient abaisser le taux de glycémie pour identifier la maladie, provoquant de ce fait une forte augmentation des cas diagnostiqués.

L'équipe de M. Retnakaran a travaillé avec des chercheurs de l'Hôpital pour enfants malades, l'Hôpital St.Michael's et l'Université de Toronto pour évaluer quels facteurs laissaient le plus présager de cas de macrosomie foetale.

Les chercheurs ont suivi 472 femmes pour évaluer l'effet du poids maternel, du taux de sucre dans le sang et des niveaux de lipides sur la taille d'un nouveau-né. Selon M. Retnakaran, le glucose a eu beaucoup moins d'influence sur la détermination du poids de l'enfant qu'estimé précédemment.

En fait, a-t-il dit, les femmes qui avaient un surplus de poids avant la grossesse étaient plus susceptibles de donner naissance à un enfant qualifié de gros, ou pesant plus de quatre kilos. Le risque était pratiquement aussi important pour les femmes ayant pris beaucoup de poids durant leur grossesse.

«Nous croyons qu'améliorer la santé maternelle, notamment le poids de la mère avant la grossesse, est probablement la chose la plus importante qui peut être accomplie pour réduire les risques non seulement de diabète gestationnel, mais aussi les risques que le bébé grossisse trop», a mentionné M. Retnakaran lors d'une entrevue téléphonique.

Selon lui, réduire les risques de macrosomie infantile comporte plusieurs avantages importants pour la mère et l'enfant. Les bébés très gros peuvent causer des complications lors de la grossesse et lors de l'accouchement, augmentant grandement la nécessité d'une césarienne.

La trop forte croissance des foetus pourrait également avoir des conséquences à long terme une fois l'enfant devenu adulte. Il y aurait ainsi un lien entre le poids d'un enfant à la naissance et le risque de développer le diabète ou une maladie cardiaque 50 ans plus tard, précise le professeur Retnakaran.

«Le poids à la naissance est un marqueur de l'environnement intra-utérin, et ce qui détermine le risque de maladie cinq décennies plus tard est la programmation foetale qui se produit dans cet environnement.»