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Tableau blanc interactif: l'impact sur la réussite n'est pas démontré, selon des chercheurs

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Alors que le gouvernement du Québec investit pour équiper toutes les classes de tableaux blancs interactifs, l’impact de ces appareils sur la réussite des élèves n’a pas été démontré. C’est ce qui ressort d’une recension d’études sur le sujet effectuée par deux chercheurs de l’Université de Montréal.

« Très peu d’impacts sur la réussite scolaire ont été documentés. Les deux principaux avantages des tableaux blancs interactifs sont la facilité pour l’enseignant de présenter du contenu et une augmentation de la motivation des élèves. Sauf que plusieurs recherches montrent que la motivation diminue avec l’usage. Nous sommes en train de réaliser une étude auprès des enseignants de la Commission scolaire Eastern Townships et nos données préliminaires montrent aussi que la motivation disparaît rapidement », a indiqué Thierry Karsenti, directeur de la chaire de recherche du Canada sur les technologies de l'information et de la communication en éducation.

Actuellement, les études approfondies sur le sujet sont rares et ont souvent été produites par des fabricants de tableaux numériques, ont expliqué les chercheurs dans le cadre du Colloque scientifique sur les technologies de l’information et des communications en éducation à Montréal, le 3 mai. Une étude indépendante réalisée en 2008 a toutefois démontré un impact positif minime sur l’enseignement des mathématiques. En Angleterre, où toutes les classes sont équipées de ces tableaux interactifs depuis 2007, les élèves n’obtiennent pas de meilleurs résultats que les jeunes Québécois aux tests internationaux, remarque M. Karsenti.

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Néanmoins, les chercheurs jugent que les tableaux blancs interactifs ont un potentiel énorme. Les imposer à l’ensemble des enseignants comme le fait le gouvernement québécois serait toutefois une erreur. « Ce n’est pas pour tout le monde », estime M. Karsenti. L’impact sur les élèves dépendrait principalement de l’utilisation qu’en font les enseignants.

Ce nouvel outil est terriblement chronophage pour les enseignants. « Ça demande vraiment beaucoup de temps, d’autant qu’il existe peu de ressources en français à l’heure actuelle. De plus, les fonctionnalités sont plus limitées et plus complexes que sur un ordinateur et les problèmes techniques sont nombreux », fait valoir M. Karsenti. Résultat : à peine 10 % des enseignants utiliseraient le tableau à son plein potentiel. « Souvent, il sert uniquement comme projecteur et c’est un projecteur qui coûte drôlement cher », note-t-il. Les tableaux blancs interactifs coûtent environ 3000 $ chacun auxquels il faut ajouter le prix des ordinateurs pour les enseignants.

En février 2011, le gouvernement québécois a décidé d’équiper toutes les classes primaires et secondaires de la province de tableaux blancs interactifs en cinq ans. Facture : 240 millions de dollars. Ce dossier a d’ailleurs soulevé la controverse en mars quand La Presse a révélé que la grande majorité des tableaux étaient commandés à Smart Technologies, dont le lobbyiste est un ancien membre du cabinet du premier ministre Jean Charest.

La province n’est toutefois pas la seule à avoir succombé à ce nouvel outil technologique. Selon M. Karsenti, environ une classe sur sept en est équipée dans les pays membres de l’OCDE.