Gabriel Nadeau-Dubois: «Les gens ont l'impression de s'être fait avoir»

RCQC  |  Publication: 07/05/2012 07:25 Mis à jour: 07/05/2012 11:07

La Coalition large de l'Association pour une solidarité syndicale étudiante (CLASSE) critique l'entente de principe conclue samedi entre les principales associations étudiantes et le gouvernement du Québec.

Alors que de premières associations étudiantes se prononceront aujourd'hui sur l'entente de principe, le porte-parole de la CLASSE, Gabriel Nadeau-Dubois, déplore une « certaine différence entre l'entente verbale et le texte final » présenté publiquement.

L'entente prévoit le maintien des droits de scolarité et la création d'un conseil provisoire des universités chargé « de démontrer, le cas échéant, les économies récurrentes pouvant être dégagées » à partir des ressources dont disposent les universités.

Elle stipule que « les économies ainsi dégagées seront appliquées en réduction des frais institutionnels obligatoires (FIO) » que paient les étudiants et qui totalisent environ 800 $ par année en moyenne.

Le texte négocié par les associations étudiantes

Or selon Gabriel Nadeau-Dubois, l'entente verbale prévoyait que les économies réalisées seraient systématiquement appliquées sur la facture globale des étudiants. Autrement dit, si les économies s'avèrent supérieures aux FIO, elles devraient être appliquées sur les droits de scolarité.

« On nous a dit qu'on avait accepté une modification qui était proposée par les étudiants et étudiantes qui était de changer la question des FIO pour la contribution étudiante d'une manière générale. Donc, si jamais dans une université X, on arrivait à éliminer complètement les frais afférents, les économies supplémentaires serviraient à diminuer les frais de scolarité », a-t-il expliqué lundi matin à Radio-Canada.

« Or ce que dit le texte de l'entente, et ce que disent Mme Beauchamp et le premier ministre dans les médias, c'est que, dans aucun cas [...] les économies pourraient servir à réduire la hausse des frais de scolarité. Pour nous qui avons été en grève 12 semaines contre la hausse des droits de scolarité, il faut comprendre que c'est un peu frustrant », soutient-il.

Lorsqu'on lui demande s'il croit que les étudiants ont été victimes d'un subterfuge, M. Nadeau-Dubois répond : « C'est un peu comme ça que l'on se sent ce matin. Dans les réseaux sociaux, dans les manifestations qui ont eu lieu hier, c'est un peu ce qu'on sent. Les gens ont l'impression de plus en plus de s'être fait avoir ».

Cet enjeu n'est pas banal, dans la mesure où les leaders étudiants se disent convaincus de pouvoir démontrer que d'importantes économies peuvent être réalisées grâce à une meilleure gestion des fonds dont disposent les universités.

En attendant le rapport du conseil provisoire, en décembre 2012, le paiement de 125 $ en FIO sera différé. Cette somme équivaut à la moitié de la hausse annuelle de 254 $ par année, hausse qui doit également s'appliquer pour les six années subséquentes.

Il n'existe toutefois aucune garantie que cette somme pourra être économisée, comme l'ont mentionné la ministre de l'Éducation, Line Beauchamp, et le président-directeur général de la Conférence des recteurs et des principaux des universités du Québec (CREPUQ), Daniel Zizian.

Une attitude gouvernementale qui fait réagir

La CLASSE dit aussi être indisposée par la façon dont le premier ministre Jean Charest et sa ministre de l'Éducation Line Beauchamp « pavanent dans les médias en disant avoir gagné contre les étudiants et les étudiantes, en disant n'avoir fait aucun compromis, n'avoir reculé sur aucun aspect ».

« Pour nous, ça diffère beaucoup avec le ton que les ministres avaient autour de la table, mais ça ne donne pas l'impression d'un gouvernement qui est ouvert, qui est à l'écoute, ça donne l'impression d'un gouvernement qui voulait briser les étudiants et les étudiantes », souligne-t-il.

Ces propos, dit-il, ont « mis le feu aux poudres » parmi les grévistes étudiants et vont « certainement influencer les débats qui se tiennent à partir de ce matin dans les assemblées générales ».

« Ce sont les libéraux eux-mêmes qui disent qu'on se serait fait avoir par cette entente. Notre comité de négociations est déçu de l'issue des négociations et, sans appeler les gens à battre l'entente, je vais certainement les appeler à la lire attentivement », dit Gabriel Nadeau-Dubois.

La présidente de la Fédération étudiante universitaire du Québec, Martine Desjardins, s'offusque aussi, dans les pages du Devoir, que la ministre Beauchamp ait envoyé un courriel aux troupes libérales dans laquelle elle affirme qu'il est faux de prétendre que l'augmentation des frais de scolarité sera obligatoirement compensée par la baisse des frais ».

« C'est incompréhensible : je ne comprends pas ce qu'on cherche à faire. Si on cherche à saboter l'entente, c'est probablement la meilleure façon de faire », a déclaré Mme Desjardins au quotidien montréalais.

Des votes attendus dans deux cégeps

Les 3600 membres du Syndicat étudiant du Cégep Marie-Victorin, dans l'est de Montréal, seront parmi les premiers à se prononcer sur l'entente de principe. Le syndicat étudiant du cégep, affilié à la CLASSE, a convoqué les étudiants à une assemblée générale à 9 h

Les 4800 membres de l'Association générale des étudiants et étudiantes du cégep de l'Outaouais sont aussi conviés à une assemblée générale qui se tiendra dans le stationnement du campus Gabrielle-Roy à midi.

Les 3500 étudiants du Cégep de Saint-Hyacinthe, qui débraient depuis le 15 mars, et les quelque 2000 étudiants du Collège de Valleyfield, en grève depuis le 20 février, doivent aussi se prononcer aujourd'hui.

« C'est difficile de présumer de la décision des assemblées générales, mais ce qu'on peut dire avec certitude, c'est qu'il va y avoir des débats très chauds et qu'il va y avoir beaucoup d'étudiants et d'étudiantes qui vont se présenter en assemblée avec l'intention de voter contre cette entente, surtout parce que la question des frais de scolarité y est absente », affirme Gabriel Nadeau-Dubois.

Un autre facteur qui incitera les étudiants a voté contre l'entente, dit-il, est « qu'on demande au mouvement étudiant d'abandonner la grève qu'il mène depuis 13 semaines dans les mains d'un comité sur lequel les étudiants n'ont que 4 sièges sur 19 ».

Le président de la Fédération étudiante collégiale du Québec (FECQ), Léo Bureau-Blouin, estime lui aussi qu'il est « trop tôt » pour anticiper la réaction des étudiants. Il se rendra lui-même au Cégep de Saint-Hyacinthe lundi pour expliquer l'entente de principe aux étudiants.

Rappelons que la CLASSE, la FECQ et la FEUQ n'ont pas donné de consigne de vote à leurs membres.

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Publié par Jean-Philippe Cipriani  |