L'ancien premier ministre libyen confirme les 50 millions de Kadhafi à Sarkozy

Le HuffPost  |  Par Publication: 3/05/2012 08:35 Mis à jour: 3/05/2012 14:35

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Baghdadi Ali al-Mahmoudi le 14 juillet 2011

Baghdadi Ali al-Mahmoudi, l'ancien premier ministre libyen, source de Mediapart dans l'affaire du financement de la campagne présidentielle de 2007 de Nicolas Sarkozy par Mouammar Kadhafi, a confirmé jeudi 3 mai au site Internet d'investigations que le président de la République a bien reçu 50 millions d'euros à l'époque où il était candidat.

Baghdadi Ali al-Mahmoudi était le secrétaire général du Comité populaire général, soit le chef du gouvernement libyen. Ses instructions sont mentionnées dans la note du 10 décembre 2006 révélée par Mediapart. Il a confirmé par l'intermédiaire de l'un de ses avocats, Me Béchir Essid, à la fois l'existence de la note signée par Moussa Koussa, ancien chef des services secrets libyens, et le montant de 50 millions d'euros. "Nous avons participé à la réussite de Nicolas Sarkozy et au financement de sa campagne présidentielle de 2007", a déclaré Baghdadi Ali al-Mahmoudi à Mediapart. "Le montant de 50 millions d'euros est juste"

A point nommé

Mediapart avait auparavant expliqué avoir obtenu ce document par un "ancien haut dignitaire du régime" libyen sans citer de nom, et que la signature de l'ex-chef des services de renseignements extérieurs de la Libye sur ce document avait été "authentifiée" par un "intime de Kadhafi".

Cette confirmation vient à point nommé pour le site, accusé par plusieurs personnalités et notamment à droite d'avoir produit un "faux" et d'être une "officine du PS". Nicolas Sarkozy a porté plainte lundi contre Mediapart pour la publication de cette note. Le parquet a ouvert dans la foulée une enquête préliminaire, et Mediapart a contre-attaqué en portant aussi plainte contre le président, pour dénonciation calomnieuse.

Baghdadi Ali al-Mahmoudi, quant à lui, est actuellement incarcéré à Tunis, et attend une éventuelle extradition vers la Libye. Avec un arrière goût d'amertume et d'incompréhension à l'égard de Nicolas Sarkozy, qui a attaqué "le pays qui l'a financé, soutenu et aidé", confie-t-il par le biais de son avocat.

Après la publication de la note par Mediapart, plusieurs personnalités côté libyen ont démenti son authenticité. Tout d'abord Bachir Saleh, le destinataire de la note, et Moussa Koussa, son signataire. Enfin le chef du Conseil national de transition (CNT), Mustapha Abdeljalil, qui a assuré n'avoir "retrouvé aucune référence à cette lettre dans les archives libyennes". Cependant comme le souligne le site Internet, ces démentis sont à prendre avec des pincettes : Bachir Saleh réside actuellement en France et il ne peut donc avoir aucun intérêt à se fâcher avec un pays qui semble avoir oublié qu'il était recherché par Interpol. Moussa Koussa est actuellement réfugié au Qatar, pays ami de la France et qui possède de nombreux liens commerciaux avec elle. Quant à Mustapha Abdeljalil, il est reconnaissant à Nicolas Sarkozy de s'être impliqué dans la guerre en Libye et d'avoir porté les aspirations du CNT à devenir la principale instance de représentation des Libyens.

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Le président français Nicolas Sarkozy a qualifié jeudi d'"infamie" les accusations de l'ex-premier ministre libyen al-Baghdadi al-Mahmoudi sur le financement de sa campagne de 2007.

"Hier, le CNT, le gouvernement libyen, a indiqué que c'était un faux, le traducteur de M. Kadhafi a indiqué que c'était un faux, le destinataire du fameux virement a indiqué que c'était un faux", a affirmé M. Sarkozy sur le plateau de la chaîne de télévision Canal+.

"L'ancien Premier ministre de Kadhafi, dont j'ai contribué à organiser le départ, peut dire ce qu'il veut, tout le monde sait que c'est un faux", a poursuivi le chef de l'Etat.

"Regardez-moi, je dis à M. Kadhafi : faites moi un petit virement, cinquante millions", a-t-il ironisé. "En 2012, vous imaginez la discrétion d'un virement de 50 millions d'euros ? Mais qui croit à de pareilles fadaises ? C'est une infamie, c'est grotesque", a poursuivi M. Sarkozy.

"Vous pensez que ça se fait comme ça ? Et qu'en remerciement de M. Kadhafi, je décide qu'on envahit la Libye ?", a-t-il encore interrogé.

L'ex-Premier ministre libyen al-Baghdadi al-Mahmoudi, emprisonné en Tunisie, a affirmé mercredi que le régime Kadhafi avait "financé la campagne 2007" du candidat Sarkozy.

"Mouammar Kadhafi, son régime et les responsables qui travaillaient avec lui ont financé la campagne électorale de Sarkozy en 2007", a déclaré à la presse Me Bechir Essid, faisant état d'un montant de quelque 50 millions d'euros.

Selon cet avocat, l'ex-Premier ministre libyen affirme que "le marché a été conclu par Moussa Koussa (ex-chef des services de renseignements extérieurs) sur instruction de Kadhafi et assure que des documents attestant de la transaction existent".

L'opération a été effectuée par le Fonds Libyen des investissements africains, a ajouté Me Essid, déclinant tout commentaire sur le document publié par le site d'information français Mediapart qui accusait le président de ce fonds, Bachir Saleh, d'avoir joué un rôle dans le projet allégué de financement libyen.

Mediapart a publié samedi un document attribué à un ex-dignitaire libyen affirmant que Tripoli avait accepté de financer à hauteur de "50 millions d'euros" la précédente campagne de Nicolas Sarkozy en 2007.

Le Conseil national de transition (CNT), au pouvoir en Libye, qui a demandé l'extradition de Bachir Saleh, a affirmé mercredi que la note publiée par Mediapart était un "faux".

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