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Les doutes de Michael Ignatieff sur l'unité canadienne font réagir

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Les propos de l'ancien chef du Parti libéral du Canada, Michael Ignatieff, voulant qu'une rupture soit inévitable entre le Québec et le reste du Canada ont fait réagir plusieurs politiciens canadiens et québécois.

Ces propos tenus dans le cadre d'une entrevue à la télévision publique britannique laissent entendre qu'une rupture est inévitable tant entre l'Écosse et le Royaume-Uni qu'entre le Québec et le reste du Canada.

D'après les explications présentées par M. Ignatieff à la BBC, les Canadiens et les Québécois vivent ensemble en vertu d'un contrat d'indifférence mutuelle, qui les conduira un jour à se séparer, selon lui.

Réaction de Michael Ignatieff sur Facebook

Constatant les réactions suscitées par cette entrevue dans les journaux et les médias canadiens, Michael Ignatieff a réagi mardi sur sa page Facebook en invitant les gens à écouter l'ensemble de l'entrevue qu'il a accordée à la BBC sur l'indépendance de l'Écosse et non quelques extraits sortis de leur contexte.

« Les manchettes aujourd'hui, oh la la! C'est à propos d'une entrevue que j'ai accordée à la BBC sur le référendum éventuel sur l'indépendance de l'Écosse. L'entrevue est longue, et en anglais, mais si vous voulez savoir ce que j'ai vraiment dit, cliquez ici », écrit l'ex-chef libéral en proposant un lien qui permet d'écouter l'entrevue en entier.

Stephen Harper n'est pas d'accord

Dans un communiqué publié lundi en soirée, le bureau du premier ministre du Canada, Stephen Harper, affirme qu'il croit « en une nation québécoise forte, fière et autonome au sein d'un Canada uni », faisant écho à un discours au congrès conservateur en 2011 et à une motion adoptée en 2006 à la Chambre des communes.

« Nous pratiquons un fédéralisme d'ouverture respectueux des champs de compétence des provinces depuis notre entrée en fonction en 2006 », affirme l'attaché de presse du bureau du premier ministre, Carl Vallée.

C'est le dépit qui fait parler Michael Ignatieff, croit James Moore

Pour le ministre du Patrimoine, James Moore, les déclarations de Michael Ignatieff sont davantage motivées par les insuccès des libéraux ces dernières années que par la réalité politique canadienne.

« Bob Rae est silencieux devant les voix de Justin Trudeau et de Michael Ignatieff qui disent que le Canada est perdu. Pourquoi? Parce qu'ils ne sont pas au pouvoir, c'est irresponsable », a déclaré mardi James Moore.

Bob Rae croît en un Québec fort dans un Canada uni

Réagissant à ces propos, Bob Rae a tenu à préciser mardi qu'il ne partageait « pas du tout » le point de vue de Michael Ignatieff dans l'entrevue accordée à la BBC. « Je pense que monsieur Moore le sait très bien », a-t-il ajouté.

Disant avoir travaillé sans relâche depuis trente ans en politique pour l'unité canadienne, le chef intérimaire du Parti libéral du Canada a déclaré qu'il ne croyait absolument pas que la séparation du Québec soit inévitable. « Au contraire, je vois un avenir glorieux » pour le Canada, a-t-il souligné.

Bob Rae a réitéré sa foi en un Québec fort dans un Canada uni, déclarant au passage que le fédéralisme actuel était vivant et décentralisé.

Selon lui, on ne peut absolument pas comparer le Royaume-Uni au Canada dans ce dossier.

Pour le chef du Bloc québécois, Michael Ignatieff a fait un constat évident.

« Michael Ignatieff a fait beaucoup de tournées au Canada, il a été à l'écoute des Canadiens. Donc, il a à mon avis, une bonne perception de ce que les Canadiens pensent. » - Daniel Paillé, chef du Bloc québécois

Les Québécois croient au Canada, assure Jean Charest

À Québec, le premier ministre Jean Charest s'est montré prudent mardi face aux journalistes qui l'ont interrogé sur cette sortie de Michael Ignatieff.

Expliquant qu'il n'avait pas encore écouté l'entrevue accordée par l'ex-chef libéral à la BBC, Jean Charest a cependant rappelé que ces déclarations avaient été faites dans un contexte politique extérieur, soit celui de la Grande-Bretagne.

« Je peux vous dire, moi, que les Québécois, en bonne majorité, croient au Canada. On vit dans une fédération qui est très décentralisée et nous avons fait des progrès très importants depuis les neuf dernières années, sans être obligés de rouvrir la Constitution », a expliqué le premier ministre Charest.

L'histoire s'accélère croit Pauline Marois

Directement concernée par les déclarations de Michael Ignatieff, la chef du Parti québécois, Pauline Marois, a souligné qu'il en était arrivé à la même conclusion qu'elle sur la question.

« Je suis heureuse qu'il arrive à la même conclusion que moi. Nous en sommes convaincus depuis déjà un long moment et je vous dirais que l'histoire s'accélère peut-être actuellement avec une attitude comme celle de M. Harper. » - Pauline Marois, chef du Parti québécois

« M. Ignatieff a retrouvé sa liberté universitaire. Il n'est plus obligé de sortir régulièrement la ligne du Parti libéral du Canada », a pour sa part commenté le député péquiste Sylvain Simard.

Un instant de doute, selon Stéphane Dion

Questionné sur les ondes de RDI sur les déclarations de Michael Ignatieff, le député libéral Stéphane Dion a expliqué ne pas partager le point de vue de son ancien chef, mais a dit ne pas douter pour autant de ses convictions politiques.

« Michael Ignatieff est un grand Canadien, il va continuer à se battre pour l'unité de son pays. Il peut avoir eu un moment de doute. Ça arrive à tout le monde, mais je suis sûr qu'il va se ressaisir très vite », a assuré Stéphane Dion.

« Nous, les Québécois, nous avons une autonomie dont on est fiers au Québec, mais on participe à l'ensemble du pays, à l'économie du Canada, à sa culture, à sa vie politique. Je suis sûr qu'on va continuer à le faire; les autres Canadiens ont trop besoin de nous. » - Stéphane Dion, député libéral de Saint-Laurent-Cartierville

Ignatieff n'est « pas branché sur le terrain », dit Legault

De passage à RDI, le chef de la Coalition avenir Québec, François Legault, a reconnu lundi que la question nationale n'était pas réglée au Québec. Il a toutefois ajouté qu'il ne sentait pas d'appétit pour en discuter « sur le terrain » et que Michael Ignatieff parlait comme un professeur d'université qui n'est « pas branché sur le terrain ».

Dans son programme, la CAQ propose de mettre de côté la question nationale pendant 10 ans, le temps de régler des problèmes plus pressants au Québec.

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