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Une retraite à 67 ans, mais peu d'économies gouvernementales?

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(Radio-Canada.ca)

La réforme du programme de Sécurité de la vieillesse annoncée dans le dernier budget fédéral, qui fera passer graduellement l'âge de la retraite de 65 à 67 ans dès 2023, n'en vaudrait pas vraiment la peine, selon certaines estimations.

Pour l'économiste Jean-Yves Duclos, de l'Université Laval, les économies que permettrait le report de la retraite à 67 ans seraient minimes. Le coût du régime passerait ainsi, en 2030, de 108 milliards à 97 milliards par année, une économie de 11 milliards de dollars, ce qui est l'équivalent d'un point de TPS à ce moment-là.

De plus, si on calcule ce que coûteront les gens qui bénéficieront de l'aide sociale deux ans de plus, de 65 à 67 ans, avant de recevoir leur retraite, on arrive à 2 milliards de dollars. Comme le gouvernement fédéral a promis de rembourser cette somme aux provinces, l'économie réelle ne sera pas de 11 milliards, mais bien de 9 milliards de dollars.

Par ailleurs, la réforme ne semble pas plus attrayante quand on l'examine par rapport au PIB. Le programme de Sécurité de la vieillesse coûte actuellement 2,4 % du PIB. Si on n'apportait pas de changement au régime, cette proportion monterait à 3,1 % en 2030, tandis qu'elle serait de 2,8 % avec les changements proposés, un écart de seulement 0,3 %.

Jean-Yves Duclos, qui affirme que la formule actuelle est très viable, ne considère donc pas qu'il y aurait des avantages à repousser l'âge de la retraite. Il voit plutôt se profiler une augmentation de la pauvreté des gens de 65 à 67 ans.

« Le taux de pauvreté des gens de 65 à 66 ans passera de 5 % à 25 % », déclare-t-il.

Cette idée est également reprise par la Fédération de l'âge d'or du Québec (FADOQ).

« C'est préoccupant parce que c'est la tranche ou le créneau qui est le plus démuni, qui a les emplois les moins payants et qui a aussi souvent les emplois les plus difficiles physiquement. Ce qui fait qu'on aura de la difficulté à s'adapter jusqu'à 67 ans », indique le directeur général de la FADOQ, Dany Prud'homme.

La FADOQ rappelle que 40 % des aînés dépendent du supplément de revenu garanti, qui s'ajoute à la pension de la Sécurité de la vieillesse des personnes à faible revenu.

Le gouvernement attend de voir

Quant au gouvernement, il refuse, malgré les demandes répétées de Radio-Canada, d'indiquer combien d'argent il compte économiser avec la réforme. Le ministre des Finances, Jim Flaherty, affirme que comme les changements n'entreront pas en vigueur avant 2023, les économies sont difficiles à prévoir.

Cet argument est réfuté par le chef de l'opposition officielle, Thomas Mulcair, qui souligne que le programme de sécurité de la vieillesse est le plus important programme social au pays. « Si c'était vrai qu'il n'y a pas de projections, ça voudrait dire que le gouvernement ne mérite pas la confiance des gens », dit le chef du NPD.

M. Mulcair affirme que la réforme mise de l'avant par le gouvernement n'est que le fruit d'une idéologie.

« M. Flaherty possède les chiffres. Le ministre des Finances existe pour produire des chiffres comme ça. Le fait qu'il refuse de les sortir c'est qu'il ne veut pas être gêné, parce que ce serait prouver que tout ça, c'est le fruit d'une idéologie. Stephen Harper a tout simplement décidé que les Canadiens allaient travailler deux ans de plus », ajoute-t-il.