Grève étudiante: Québec exige des «condamnations» des violences dès aujourd'hui

Publication: 18/04/2012 11:10 Mis à jour: 19/04/2012 09:50

Line Beauchamp

(Radio-Canada) La ministre de l'Éducation du Québec, Line Beauchamp, demande aux porte-parole des principales associations étudiantes du Québec de condamner dès aujourd'hui tout geste de violence ou d'intimidation qui serait posé dans le cadre du conflit sur les droits de scolarité.

« Bien sûr, je veux m'asseoir avec des leaders qui vont dire haut et fort, clairement, sans condition, qu'ils demandent qu'on renonce à poser des gestes de violence ou d'intimidation, qu'on condamne l'usage de la violence et de l'intimidation », a-t-elle déclaré ce matin à son arrivée à l'Assemblée nationale.

« J'ai été claire dimanche, et là, j'estime qu'en date d'aujourd'hui, pour qu'on puisse avancer, pour qu'on puisse passer à l'action, il faut que le jeu soit clair. Je demande qu'en date d'aujourd'hui, les leaders étudiants me disent clairement qu'ils condamnent la violence », a-t-elle ajouté.

La demande ne cible pas plus particulièrement la Coalition large de l'Association pour une solidarité syndicale étudiante (CLASSE) que la Fédération étudiante collégiale du Québec (FECQ) et la Fédération étudiante universitaire du Québec (FEUQ).

En fin de semaine, la ministre a invité la FECQ et la FEUQ à participer à une commission sur la gestion des universités. La CLASSE a cependant été ignorée, sous prétexte que le groupe refuse de « condamner » les gestes de violence qui marquent le conflit depuis quelques jours.

La CLASSE s'est publiquement « dissociée » de ces gestes et ses porte-parole ont expliqué qu'ils n'avaient pas le mandat de condamner les actions que pourraient mener certains de ses membres.

Des chroniqueurs ont noté que les autres associations étudiantes n'ont pas davantage condamné les gestes de violence. Ils utilisent plutôt d'autres termes pour signifier qu'ils désapprouvent ces gestes, mais sans pour autant utiliser le terme « condamner ».

Entre-temps, l'offre de dialogue formulée dimanche sur la gestion des universités ne s'est toujours pas concrétisée. Le ministère confirme qu'il a eu des contacts avec la FECQ et la FEUQ, mais sans plus.

La FECQ a déjà indiqué qu'elle comptait participer aux discussions et qu'elle insisterait pour que la CLASSE soit présente. La FEUQ affirme pour sa part qu'il exigera que la CLASSE soit présente aux discussions.

La CLASSE a demandé aux deux autres fédérations étudiantes de respecter un pacte conclu il y a deux semaines, en vertu duquel elles négocieront ensemble avec le gouvernement ou ne négocieront pas du tout.

Après 65 jours de grève étudiante, le gouvernement Charest n'a pas encore eu le moindre contact avec les leaders étudiants, malgré le fait que les établissements postsecondaires disent haut et fort que les sessions de milliers d'étudiants sont compromises.

Une vingtaine d'arrestations à Sherbrooke

De leur côté, les étudiants québécois qui débraient pour contester la hausse de 75 % des droits de scolarité sur cinq ans ont entrepris de nouvelles actions de perturbation sociale, mercredi.

À Sherbrooke, les policiers antiémeutes ont arrêté 19 grévistes étudiants qui bloquaient l'accès aux locaux du ministère de l'Éducation, situés rue Belvédère. Ils réclamaient rien de moins que la démission du gouvernement Charest.

Deux étudiantes étaient notamment enchaînées aux portes de l'édifice.

Les manifestants faisaient valoir que le gouvernement privilégiait les intérêts des banques et des entreprises au détriment de l'intérêt de la population, et que le lien de confiance avec la population était conséquemment brisé.

Climat tendu à l'Université du Québec en Outaouais

À l'Université du Québec en Outaouais (UQO), la direction tente toujours mercredi de faire respecter l'injonction émise par la Cour supérieure la semaine dernière au profit d'un groupe d'étudiants qui insiste pour suivre ses cours.

Les policiers sont omniprésents sur le campus, et des agents de sécurité demandent des cartes d'identité à tous ceux qui veulent franchir le seul accès ouvert au pavillon principal.

Quelque 300 manifestants ont tout de même réussi à encercler le pavillon principal mercredi avant-midi, en frappant dans les fenêtres. Certains sont entrés dans le pavillon, mais ont rapidement été expulsés. Les protestataires se sont ensuite retirés.

Depuis que les cours ont officiellement repris à l'UQO, les grévistes n'hésitent pas à défier l'injonction, qui leur interdit de se trouver à moins de 25 mètres des portes de l'établissement.

Le professeur Thibault Martin a notamment été arrêté mardi pour entrave au travail des policiers. Une autre professeure a été expulsée parce qu'elle filmait le travail des policiers à l'intérieur de l'établissement.

L'avocat des étudiants qui ont obtenu une injonction a par ailleurs envoyé une mise en demeure au syndicat des enseignants de l'université pour les exhorter à respecter l'injonction.

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Publié par Jean-Philippe Cipriani  |