Un témoin important parle du financement occulte des partis au Québec

Publication: 11/04/2012 18:40 Mis à jour: 11/04/2012 18:41

Gilles Cloutier
Gilles Cloutier (Radio-Canada.ca)

(Radio-Canada.ca)

Un spécialiste du financement occulte des partis politiques brise le silence. Gilles Cloutier, qui a été démarcheur pendant 10 ans pour la firme de génie-conseil Roche, soutient qu'il a multiplié les cadeaux aux élus, qu'il a produit de fausses factures pour l'entreprise afin de donner aux partis politiques municipaux et qu'il a trouvé des centaines de prête-noms pour les partis politiques provinciaux.

Il a 72 ans et aujourd'hui, Gilles Cloutier a décidé de sortir de l'ombre. Il organise des élections depuis les années 50.

« On en donnait tout le temps, régulièrement tout partout. Mais ça, c'est normal, tout le monde a donné de l'argent pour avoir de l'ouvrage, pour avoir des mandats, toutes les firmes de génie », explique Gilles Cloutier.

Entre 1995 et 2005, Gilles Cloutier s'occupait du « développement des affaires » pour le groupe Roche, une importante firme de génie-conseil.

« On portait le titre développement des affaires, mais c'était plutôt de suivre le système qu'il y avait en place. [...] Tu payes pour avoir un mandat, tu fais de l'organisation politique [...] tu fais du financement », dit-il.

Il dit avoir distribué des cadeaux à des élus, avoir organisé des élections clé en main et avoir donné de gros montants en argent comptant aux partis politiques municipaux. Il aurait obtenu cet argent en se faisant rembourser de fausses factures par ses patrons chez Roche.

« J'ai fait une facture, Roche m'a payé, puis j'ai changé le chèque, puis j'ai retiré le cash », dit M. Clourier.

« Qui était au courant? » À cette question de la journaliste Marie-Maude Denis, il répond : « Marc-Yvan Côté ».

L'un de ses anciens patrons chez Roche, l'ex-ministre libéral Marc-Yvan Côté, a refusé de répondre à nos questions.

EN IMAGES: (La suite du texte dessous)
Québec: Enquête sur la construction

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  • Avril 2009

    Les premiers appels en faveur d'une commission d'enquête publique sur la construction sont lancés à l'Assemblée nationale.

  • Septembre 2009

    L'hôtel de ville de Montréal annule le plus gros contrat de son histoire, une entente de 355 millions $ pour l'acquisition de compteurs d'eau, après la découverte d'irrégularités. Des rumeurs circulent selon lesquelles d'influents politiciens auraient séjourné sur le yacht de l'un des entrepreneurs ayant remporté une partie du contrat.

  • Octobre 2009

    La controverse prend du poids après que l'émission <em>Enquête</em> révèle l'ampleur de la corruption dans l'industrie de la construction, notamment dans les processus d'appel d'offres. Un groupe d'entrepreneurs de la région de Montréal, surnommé le «Fabulous Fourteen», agirait comme un cartel en se divisant les contrats, bloquant ainsi la voie aux compétiteurs, selon les journalistes de Radio-Canada. Un ancien sous-ministre des Transports soutient pour sa part que la mafia contrôle 80 pour cent des contrats de construction accordés dans la région et entretient des liens avec les entreprises du secteur. Les montants versés pour les projets de construction au Québec sont plus élevés qu'ailleurs au Canada, conclut <em>Enquête</em>.

  • Octobre 2009

    Quelques jours avant les élections municipales à Montréal, le magazine Maclean's publie son édition de novembre avec le titre «Corrompue, en ruine et criminalisée, Montréal est une honte» sur sa couverture.

  • Octobre 2009

    Québec annonce le déclenchement de l'Opération Marteau, une unité policière provinciale établie pour faire la lumière sur la corruption et la collusion dans le domaine de la construction.

  • Mars 2010

    L'ancien ministre de la Justice Marc Bellemare accuse le gouvernement libéral d'avoir accepté de généreuses contributions politiques visant à influencer les nominations de juges. Jean Charest déclenche la commission Bastarache pour faire la lumière sur ces allégations.

  • Mai 2010

    Le député libéral et ministre de la Famille Tony Tomassi est forcé de démissionner après la diffusion d'informations selon lesquelles il utilisait une carte de crédit fournie par la firme de sécurité BCIA, firme qui a conclu des contrats avec le gouvernement. M. Tomassi fait maintenant face à trois accusations au criminel.

  • Août 2010

    La firme d'ingénierie Axor se voit imposer des amendes pour avoir illégalement donné 150 000 $ aux trois plus importantes formations politiques du Québec, dont 113 000 $ aux libéraux.

  • Octobre 2010

    «Mafia Inc.», un livre des journalistes d'enquête André Noël et André Cédilot, révèle que jusqu'à 600 entreprises versent un montant d'argent à la mafia sur une base régulière pour être «protégées».

  • Octobre 2010

    Le Maclean's fait encore des vagues, cette fois en qualifiant le Québec de «province la plus corrompue au Canada». La couverture du magazine montre l'emblématique Bonhomme Carnaval tenant un porte-document débordant d'argent.

  • Novembre 2010

    La Fédération des travailleurs du Québec (FTQ) s'affiche en faveur d'une commission d'enquête publique sur la construction, laissant les libéraux de Jean Charest virtuellement seuls à s'y opposer.

  • Novembre 2010

    Les libéraux survivent à une motion de non-confiance à l'Assemblée nationale grâce à leur majorité. Le premier ministre reporte un voyage en France avec deux ministres pour s'assurer que son gouvernement ne tombe pas.

  • Janvier 2011

    La commission Bastarache conclut à l'absence de népotisme dans la nomination des juges au Québec.

  • Février 2011

    Sept personnes, dont une ex-mairesse de Boisbriand, des cadres d'entreprises de construction, un ingénieur et deux consultants, sont arrêtées dans le cadre de l'Opération Marteau. Ils sont accusés de fraude, d'extorsion, d'avoir proféré des menaces et d'abus de confiance.

  • Février 2011

    Québec annonce la création de l'Unité permanente anti-corruption, bâtie sur le modèle des services d'enquête de la ville de New York.

  • Septembre 2011

    La fuite du rapport explosif de Jacques Duchesneau, patron de l'Unité anticollusion, met le feu aux poudres. L'ancien chef de police conclut que le ministère des Transports est impuissant face à la collusion et que le crime organisé et les entreprises de construction sont responsables des coûts très élevés payés par l'État pour ses projets de construction. Une partie du magot serait ensuite transférée vers les caisses électorales des partis politiques, affirme le rapport Duchesneau.

  • Septembre 2011

    Après la comparution de Jacques Duchesneau devant une commission parlementaire, le gouvernement montre des signes d'ouverture à l'idée de déclencher une commission d'enquête en partie publique, en partie à huis clos.

  • Octobre 2011

    Jean Charest annonce la création d'une commission d'enquête sur l'industrie de la construction présidée par la juge France Charbonneau. Mais le fait que la commission ne relève pas de la loi sur les commission d'enquête et n'accorde pas l'immunité aux témoins suscite un tollé.

  • Octobre 2011

    Le gouvernement Charest complète son recul en annonçant que la commission Charbonneau aura tous les pouvoirs requis et relèvera de la loi sur les commissions d'enquête.

  • Février 2012

    Dans un message vidéo pré-enregistré, la juge France Charbonneau lance un appel aux Québécois afin qu'ils fournissent de l'information à sa commission.

  • 1er octobre 2012

    L'entrepreneur Lino Zambito affirme qu'une cote de 2,5% des contrats publics devait être remise à la mafia, et une autre de 3% au parti Union Montréal, de Gérald Tremblay.

L'autre dirigeante de Roche qui était au courant, selon Gilles Cloutier, est France Michaud. Elle a été accusée en 2011, notamment d'acte de corruption dans les affaires municipales, à la suite de l'enquête de la Sûreté du Québec sur le contrat de l'usine d'épuration des eaux de Boisbriand.

Gilles Cloutier dit qu'il a donné 25 000 $ en argent comptant à l'organisateur politique de l'ex-mairesse de cette ville, Sylvie Saint-Jean, pour que Roche soit favorisée. La firme a effectivement obtenu le contrat des plans et devis de l'usine. France Michaud nie avoir été au courant, tout comme l'ex-mairesse.

Une perquisition chez Roche à Montréal et Québec a même permis de trouver plusieurs documents qui démontreraient que des employés servaient de prête-noms pour faire des chèques au Parti libéral et au Parti québécois.

- Marie-Maude Denis : « Vous en avez trouvé combien de centaines de prête-noms dans votre vie vous? »

- Gilles Cloutier : « Ah! Ben ben des centaines. Tout le monde faisait ça. »

En réponse à nos demandes d'entrevues, le porte-parole de Roche a dit espérer que la commission Charbonneau puisse faire la lumière sur ces allégations. Jusqu'ici, Gilles Cloutier n'a pas encore été contacté par la commission.

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Publié par Myriam Lefebvre  |