Aveos : Québec étudie les recours possibles contre Air Canada et Ottawa

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Les travailleurs d'Aveos ont manifesté mercredi matin devant l'Assemblée nationale. (Photo SRC)
Les travailleurs d'Aveos ont manifesté mercredi matin devant l'Assemblée nationale. (Photo SRC)

(Radio-Canada.ca) - Le premier ministre du Québec, Jean Charest, a précisé mercredi matin que le gouvernement est en train d'examiner les recours juridiques qui s'offrent à lui dans l'espoir de maintenir ouvert le centre d'Aveos à Montréal. L'opposition lui a demandé « d'agir vite » lors de la période des questions à l'Assemblée nationale.

Alors que plusieurs salariés d'Aveos avaient pris place dans les tribunes du Salon bleu, trois jours après l'annonce impromptue de leur mise à pied, Jean Charest a tenté de les rassurer. Il les a prévenus que son gouvernement est mobilisé « pour soutenir l'entreprise, et, surtout, ses travailleurs » .

Le premier ministre a souligné la particularité de ce dossier. « En général, il y a des indices quand une entreprise est en difficulté. Dans ce cas-ci, on nous a subitement annoncé la fermeture », a-t-il rappelé. « Devant cet état de fait, nous examinons tous les recours possibles, et même les recours contre le gouvernement fédéral », a souligné M. Charest.

Une motion conjointe, initiée par le Parti québécois, a été déposée mercredi matin. Son texte stipule que « l'Assemblée nationale du Québec invite le gouvernement du Québec à prendre, dans les plus brefs délais, tous les recours juridiques possibles pour le maintien des centres de révision et d'entretien d'Air Canada à Montréal dans le respect de la Loi sur la participation publique au capital d'Air Canada de 1988 afin que les emplois des travailleurs soient maintenus à Montréal. »
Le ministre du Développement économique, de l'Innovation et de l'Exportation, Sam Hamad, a précisé que Québec voulait « mettre la pression sur Air Canada ». Une loi fédérale de 1988 obligerait le transporteur aérien à maintenir les activités d'entretien à Montréal. Le gouvernement fédéral pourrait lui être poursuivi pour n'avoir pas fait respecter cette disposition.

Pour Pauline Marois, ce n'est pas suffisant. La chef de l'opposition officielle a demandé si Jean Charest avait parlé à Stephen Harper pour empêcher la fermeture d'Aveos. Elle n'a pas eu de réponse. Elle a poursuivi en critiquant l'attitude d'Ottawa, qui intervient en moins de 24 heures pour empêcher une grève à Air Canada, mais ne fait rien pour sauver son sous-traitant. « Il y a deux poids et deux mesures », observe la députée de Charlevoix qui presse le gouvernement « d'agir plus vite. Aveos a commencé mardi à liquider ses actifs. Le temps presse », a-t-elle insisté.

Le Manitoba se mobilise aussi

Également concerné par la fermeture d'un site d'Aveos à Winnipeg, le gouvernement du Manitoba se porte lui aussi à la défense des 400 travailleurs dont l'emploi est menacé. Le ministre de l'Entrepreneuriat, de la Formation et du Commerce, Peter Bjornson, a indiqué mardi qu'il devait rencontrer à ce sujet un ancien député conservateur, David Emerson, qui dirige présentement l'Examen aérospatial, un organisme fédéral qui tend à « faciliter le succès des secteurs canadiens de l'aérospatiale et de l'espace ».

Naissance et déclin d'Aveos

1988 : La privatisation d'Air Canada, société d'État créée en 1937 sous le nom de Trans-Canada Airlines, s'amorce. En vertu de la Loi sur la participation publique au capital d'Air Canada, le transporteur aérien devra « maintenir les centres d'entretien et de révision dans les villes de Winnipeg et Mississauga et dans la Communauté urbaine de Montréal ».

2003 : Air Canada se place sous la protection de la Loi sur les arrangements avec les créanciers des compagnies. Son plan de restructuration comprend la création de Gestion ACE Aviation Inc., qui chapeautera Air Canada et plusieurs de ses divisions transformées en sociétés en commandite. Les activités de maintenance relèveront désormais de deux divisions. L'entretien des cellules (fuselage, voilure, etc.), des moteurs et des composants sera confié à ACTS (Air Canada Technical Services), une entité qui relève directement d'ACE. Air Canada conservera la maintenance quotidienne. Les employés des deux entités ont la même convention collective, même si les directions sont distinctes.

2007 : ACTS est vendue à un groupe d'investisseurs qui la renomme en 2008 Aveos Performance aéronautique Inc.

Janvier 2011 : Le Conseil canadien des relations industrielles statue qu'Air Canada et Aveos doivent être régies par des conventions collectives distinctes. Des rumeurs de mises à pied circulent chez Air Canada. En juillet, 1800 employés de maintenance décident de quitter Air Canada pour Aveos. Dans les mois qui suivent, environ 250 employés de maintenance sont mis à pied chez Air Canada, selon le syndicat.

19 mars 2012 : Aveos se place sous la protection de la Loi sur les arrangements avec les créanciers des compagnies, affirmant que « son principal client a réduit, différé et annulé du travail de maintenance, ce qui a résulté en des pertes de revenus d'environ 16 millions $ en moins de deux mois ». L'entreprise annonce le lendemain qu'elle va commencer à liquider ses actifs.

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