La viande halal à votre insu

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Depuis plusieurs semaines, la controverse sur la viande halal sévit en France, où elle est récupérée par plusieurs candidats à la présidence. On reproche notamment à certaines écoles d'assurer des repas halal aux élèves, ce qui froisse les défenseurs de la laïcité.

Or, la controverse risque d'éclater ici. L’équipe de l'émission Dumont le midi a révélé mardi que la totalité des poulets Olymel provenant de Saint-Damase sont abattus selon les rites musulmans.

Toutefois, selon l'entreprise, il est inutile de l'identifier sur l'emballage. «Ce n’est pas nécessaire», estime le porte-parole d'Olymel, Richard Vigneault, puisque « ça ne change rien à la nature du produit ». Il ajoute que le procédé respecte les exigences de l'Agence canadienne d'inspection des aliments et que «si les clients ne le réclament pas, on n’a pas à le commercialiser sous l’étiquette halal».

L’Association des viandes halal, qui octroie les certificats d’authenticité, exige que des employés de religion musulmane participent tous les jours aux opérations d’abattage. «On a demandé à ces gens-là de mettre quelqu’un devant la machine avant de la mettre en route, de prononcer le nom d’Allah et de mettre deux ou trois personnes après l’égorgement pour voir s’ils étaient égorgés correctement», raconte le fondateur de l'Association, Abdelhamid Aouchiche. Trois inspecteurs musulmans s'affairent même à visiter les installations à l'improviste pour surveiller que tout le processus soit respecté, des conditions acceptées par les abattoirs qui signent le contrat.

Sept autres entreprises se seraient ainsi conformées selon la liste fournie par l’Association, dont un autre géant, Maple Lodge. Là aussi, le procédé d'abattage de volailles serait reconnu, peu importe la religion du consommateur. Le distributeur des Viandes Métropolitain à Montréal, Samih Bahsoun, explique que pour réduire les coûts, les abattoirs qui font du halal convertissent toute leur production.

M. Bahsoun a d'ailleurs convaincu les anciens dirigeants de l'abattoir Avicomax de Drummondville de se tourner exclusivement vers le rituel d'abattage manuel, le plus strict de l'islam. «Ils mettent le logo halal quand c'est nécessaire, mais tous leurs poulets sont halal. Ça coûte moins cher de faire comme ça. C'est comme ça dans la plupart des abattoirs qui font du halal.»

Produire halal: combien ça coûte?

Chez Olymel on nie catégoriquement que la religion soit utilisée comme critère d’embauche à Saint-Damase. On admet tout de même payer «les coûts associés à la certification» et que les employés qui appliquent les critères permettant la certification halal sont «payés par nous (Olymel), probablement», explique le porte-parole qui n’a pas précisé combien d’argent était remis à l’association musulmane. Il a toutefois admis verser chaque année «plusieurs milliers de dollars», de l’argent recueilli par les dirigeants de la Mosquée Abou Bakr Essedik, rue Jean-Talon à Montréal.

L’Association de viandes halal est née en décembre 2002 pour faire contrepoids à l'imam controversé Said Jaziri, expulsé du Canada en 2007 en raison de son statut illégal. «Il voulait imposer de payer 50 cents la livre pour marquer son tampon halal, même si c’était pas halal. [...] Donc on a créé l’Association pour permettre de faire la traçabilité de la viande», explique M. Aouchiche, aussi propriétaire de la boucherie Tassili, à Montréal.

Depuis mai dernier, l'organisme relève de la mosquée Abou Bakr Essedik dirigée par l'imam Mohamed Habib Marzougui. «Nous avons le contrôle de la majorité du marché du poulet au Québec», déclare l'imam, qui collecte des contributions annuelles et mensuelles aux abattoirs certifiés.

Olymel opère deux abattoirs de poulet au Québec et produit 80 millions de volailles par année. L’usine située à St-Damase a une capacité d’abattage de 750 000 volailles par semaine. L'entreprise qui emploie plus de 325 personnes, commercialise ses produits principalement sous les marques Olymel, Lafleur et Flamingo.

Rappelons aussi qu'une majorité de produits en épicerie sont aussi certifiés casher depuis plusieurs années, afin de répondre aux exigences de la communauté juive.