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Afghanistan: le massacre de civils menace la réputation des Canadiens

12/03/2012 06:43 EDT | Actualisé 12/05/2012 05:12 EDT
(MAMOON DURRANI / AFP)

OTTAWA - Ils sont arrivés avec l'intention de faire les choses différemment, de montrer un visage fort mais bienveillant aux gens du district mouvementé de Panjwaii, dans le sud de l'Afghanistan.

Mais le massacre de 16 civils, principalement des femmes et des enfants, la fin de semaine dernière, par un soldat américain risque de détruite l'estime gagnée par les États-Unis — et de détruire également l'héritage fragile laissé par les Canadiens au cours de leur mission de combat de cinq ans à Kandahar.

Le 3e Bataillon du 21e régiment d'infanterie de l'armée américaine, basé en Alaska, a remplacé les Canadiens dans la région l'été dernier, permettant à Ottawa de mettre un terme à la mission, politiquement éprouvante.

Toutefois, l'armée canadienne peine à définir l'héritage laissé en Afghanistan, ayant quitté une guerre inachevée qui a coûté des milliards de dollars et, pendant cette période, 157 vies. Un soldat a depuis été tué à Kaboul dans le cadre de la mission d'entraînement qui a remplacé les opérations de combat.

La réputation de l'armée à Kandahar a été grandement bâtie grâce aux liens de confiance établis avec la population du Panjwaii, longtemps reconnue comme hostile aux étrangers.

Des experts de la défense affirment que même si le Canada a quitté la région depuis près d'un an, le souvenir du pays sera lié au massacre américain, qu'il le veuille ou non.

«Pendant des années, le Canada s'est efforcé de tisser de bons liens au nom de la (Force internationale d'assistance à la sécurité) et avec les actions d'un seul soldat américain, tout cela est en danger», a estimé Walter Dorn, un professeur agréé et directeur du département de sécurité et affaires internationale au Collège des Forces canadiennes.

Des témoins ont raconté comment un soldat, chargé de la garde d'un poste avancé de l'armée américaine, s'est rendu dans les villages voisins de Balandi et de Alokozi dans le milieu de la nuit dimanche, pénétrant dans des maisons et tirant sur des habitants.

«Cela n'améliorera certainement pas notre réputation, a déclaré le major-général à la retraite Lewis MacKenzie. «Il y a beaucoup de projets, dans un secteur restreint, qui portent le drapeau canadien, autant littéralement qui physiquement.»

De son côté, le ministre de la Défense, Peter MacKay, garde espoir que les Afghans se souviendront que les occidentaux essayaient de les aider.

«Je crois que ce qu'il faut surtout, c'est de la perspective», a illustré M. MacKay lundi, en entrevue avec La Presse Canadienne.