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Centraide: le réseau humain

11/03/2012 12:01 EDT | Actualisé 11/05/2012 05:12 EDT
Centraide

Si l'engagement social au Québec devait avoir un visage, il aurait sûrement celui de Michèle Thibodeau-DeGuire. À la tête de Centraide du Grand Montréal depuis plus de 21 ans, cette femme au dynamisme indéboulonnable quittera ses fonctions à la fin de l'année. Deux décennies au sein de cette organisation philanthropique fondée en 1975 et un seul leitmotiv : aider les plus démunis à s'en sortir.

Centraide soutient en effet un réseau de 360 organismes communautaires visant à soutenir les personnes et les familles en situation de pauvreté à Laval, sur l’Île de Montréal et sur la Rive-Sud. Pour récolter des fonds, une vaste campagne est lancée chaque année ; celle de 2011 avait de quoi retenir l'attention, elle mettait à nu différentes personnalités pour la bonne cause et permis de recueillir 58,7 M$ auprès du public, mais aussi des milieux de travail.

Michèle Thibodeau-DeGuire

Mais si récolter de l'argent est une étape évidemment primordiale pour l'organisation, la façon dont celui-ci est ensuite réparti au sein des 29 quartiers identifiés par Centraide l'est encore plus. « La redistribution ne doit pas se faire de n'importe quelle façon, elle requiert une grande compréhension de la réalité des quartiers, chacun a ses propres spécificités, explique Michèle Thibodeau-DeGuire. À Côte-des-Neiges par exemple, il y a une grande diversité : 50% des habitants viennent d'ailleurs et plus de 120 nationalités se côtoient au quotidien. Cette réalité-là est différente de celle du quartier d'Hochelaga-Maisonneuve qui est constitué en grande partie de gens qui ont perdu leur travail, de familles qui sont parfois au chômage depuis trois générations».

Ces 29 quartiers ont été identifiés en fonction de la pauvreté qui y régnait (familles sous le seuil de faible revenu) mais pour Michèle Thibodeau-DeGuire, l'argent n'est qu'un paramètre qui permettra aux familles dans le besoin de s'en sortir. Il existe selon elle, des enjeux plus humains à prendre en considération. « Nous essayons surtout de casser le cycle de la pauvreté et de l'isolement en créant des réseaux humains, dit la présidente de l'organisme. Il est primordial de redonner à ces gens le goût d'être des citoyens, le goût d'apprendre, les aider à briser le silence et à sortir de chez eux en allant à la rencontre des autres, de leurs voisins, bref de ne pas rester à l'écart, ce qui est la pire chose qui puisse leur arriver». Parmi les dizaines d'initiatives qui vont dans ce sens, on trouve notamment des cours de cuisine et des jardins collectifs.

Impliquer toutes les couches de la société reste pour Michèle Thibodeau-DeGuire le but à atteindre pour faire vraiment changer les choses. « Mon rêve est de faire en sorte que le monde du travail et celui de la pauvreté se parlent enfin, qu'il y ait des liens entre les deux. J'aimerais que les gens influents, les chefs d'entreprise des grosses sociétés, les cadres s'impliquent de façon plus prononcée. Je crois au réseau humain plus qu'à toute autre chose. Centraide est là pour essayer de construire ce réseau, rassembler et créer des liens entre les gens et lutter contre les préjugés».

En attendant, les 23 000 bénévoles continuent leur travail...

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