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Kony 2012: la campagne contre le chef rebelle critiquée en Ouganda

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KONY OUGANDA CRITIQUE
La campagne de l'organisme Invisible Children, Kony 2012, a suscité des critiques vendredi en Ouganda. (Kony 2012 - Officiel) | Kony 2012 - Officiel

KAMPALA, Ouganda - La campagne virtuelle qui vise à attirer l'attention du monde sur un rebelle sanguinaire d'Afrique centrale a suscité des critiques vendredi en Ouganda, où certains estiment que la vidéo de 30 minutes qui fait un tabac sur Internet représente mal l'histoire complexe du plus vieux conflit en cours en Afrique.

La campagne, lancée par l'organisation Invisible Children pour faire connaître le nom du chef rebelle Joseph Kony, a reçu beaucoup d'attention cette semaine sur YouTube et les sites de réseautage social.

Mais les critiques soulignent que la vidéo passe trop rapidement sur l'histoire complexe qui a permis à Kony de devenir un chef de guerre aussi redouté. Ils déplorent aussi que la vidéo ne mentionne pas le fait que Kony combattait initialement l'armée ougandaise, dont le bilan en matière de droits de la personne a été condamné par de nombreux observateurs indépendants.

«Il n'y a pas de contexte historique. C'est plus un phénomène de mode», a estimé Timothy Kalyegira, un critique social bien connu en Ouganda, qui publiait autrefois une lettre d'information intitulée «The Uganda Record».

L'armée de résistance du seigneur (Lord's Resistance Army, LRA) de Joseph Kony a commencé ses attaques en Ouganda dans les années 1980, quand Kony voulait renverser le gouvernement. Depuis que le groupe a été chassé de l'Ouganda il y a plusieurs années, ses combattants terrorisent les villages de la République démocratique du Congo (RDC), de la République centrafricaine et du Soudan du Sud. La LRA enlève des jeunes filles pour en faire des esclaves sexuelles et de jeunes garçons pour qu'ils deviennent des enfants soldats.

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À l'époque où les hommes de Kony étaient présents dans le nord de l'Ouganda, le gouvernement ougandais était souvent accusé de ne pas en faire assez pour arrêter ou tuer le chef rebelle. Des enquêtes gouvernementales ont montré que des officiers militaires ont profité du prolongement du conflit.

Olara Otunnu, un ancien diplomate de l'ONU qui a travaillé sur le dossier des enfants dans les conflits armés, a longtemps accusé le gouvernement ougandais d'avoir commis un génocide dans le nord de l'Ouganda dans sa lutte contre le groupe de Joseph Kony.

Dans un communiqué mis en ligne sur son site Internet, Invisible Children affirme qu'il ne défend aucun abus commis par le gouvernement ougandais.

Mais l'organisation ajoute: «La seul façon possible et appropriée d'arrêter Kony et de protéger les civils qu'il vise est de coordonner les efforts avec les gouvernements de la région».

Ogenga Latigo, un politicien du nord de l'Ouganda qui a déjà été chef de l'opposition, estime que le point de vue présenté par Invisible Children est trop restreint pour permettre au public de comprendre un conflit armé qui a fait des milliers de morts et des millions de déplacés.

«C'est une perspective restreinte», a-t-il dit au sujet du travail de l'organisation. «Ils veulent seulement que la guerre finisse pour que les enfants puissent rentrer chez eux. C'est tout.»

Selon M. Latigo, en négligeant de déployer suffisamment de soldats pour empêcher la LRA d'enlever des enfants, le gouvernement ougandais est en partie responsable du succès du groupe rebelle dans les enlèvements d'enfants.

DES IMAGES: (Suite du texte dessous)

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«Notre position était claire. Nous avons dit au gouvernement qu'il n'y avait pas assez de soldats», a martelé M. Latigo.

Invisible Children affirme avoir voulu expliquer un conflit complexe de façon simple pour permettre au plus grand nombre de gens possible de soutenir la campagne. Les nuances d'un conflit vieux de 26 ans sont forcément perdues dans un film de 30 minutes, admet l'organisation.

Mais la campagne n'attire pas que des critiques. Maria Burnett, chercheuse sur l'Ouganda chez Human Rights Watch, estime que la vidéo a permis d'attirer l'attention sur un conflit sur lequel son organisation travaille depuis longtemps.

«Nous espérons que ce sera utile», a dit Mme Burnett. «On doit attendre de voir ce que ça donnera, mais l'objectif de mettre la pression sur les dirigeants concernés, de protéger les civils et d'arrêter les leaders de la LRA est important, absolument», a-t-elle ajouté.

Mais même si la question de la LRA est importante, l'armée ougandaise doit aussi être responsable et professionnelle, «et il y a encore beaucoup de chemin à faire en ce sens», a dit Mme Burnett.

Luis Moreno-Ocampo, procureur de la Cour pénale internationale qui recherche Joseph Kony pour crimes de guerre, a estimé cette semaine que l'attention soulevée par Invisible Children était «incroyable» et servait les objectifs de la justice internationale.

Joseph Kony serait retranché en République centrafricaine, où il s'est enfui avant un assaut contre sa base en RDC en 2008. Les autorités ougandaises affirment que la LRA, qui ne compterait plus que 200 combattants, est affaiblie et peine à survivre.

La campagne lancée par Invisible Children survient cinq mois après que le président américain Barack Obama eut envoyé une centaine de soldats en Afrique centrale pour aider les armées locales à éliminer Kony et ses lieutenants. Des soldats américains sont présentement postés en Ouganda, en République centrafricaine, en RDC et au Soudan du Sud, des pays où des combattants de la LRA sont présents.

Pour certains Ougandais, le moment choisi pour lancer la campagne de sensibilisation paraît suspect. L'analyste politique Nicolas Sengoba voit quelque chose de «sinistre» dans la campagne.

«C'est un problème qui existe depuis des années, a-t-il dit. Nous devons nous demander pourquoi cette indignation apparaît soudainement. Je pense que ces gens ont d'autres motivations qu'ils ne révèlent pas au grand jour.»