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Fukushima, un an plus tard: l'industrie nucléaire canadienne affronte des vents contraires

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Le Canada Canada veut maintenir le cap, malgré la mauvaise publicité engendrée par la catastrophe nucléaire de Fukushima. | CP

Les représentants de l'industrie nucléaire canadienne répètent à qui veut l'entendre que leur secteur d'activité est en pleine santé financière et ne comporte pas de risque pour le public.

C'est le cas de Tom Mitchell, président de l'entreprise publique Ontario Power Generation. Devant un parterre de spécialistes, celui-ci a affirmé au mois de février que le Canada ne diminuerait pas ses investissements en matière nucléaire, contrairement à d'autres pays.

«Cependant, nous ne pouvons ignorer les leçons que Fukushima nous a apprises », a-t-il dit en guise de bémol.

Les propos de M. Mitchell, partagés par bon nombre de collègues ces dernières semaines, reflètent la volonté du Canada de maintenir le cap, malgré la mauvaise publicité engendrée par la plus grave catastrophe nucléaire survenue depuis Tchernobyl.

En mars 2011, un tremblement de terre suivi d'un tsunami a lourdement endommagé la centrale de Fukushima Daiichi, au Japon, ce qui a entraîné une fusion partielle de ses réacteurs et des fuites importantes de particules radioactives.

L'Italie, la Suisse et l'Allemagne ont immédiatement réévalué leur stratégie en matière nucléaire, mais le Canada n'a pas jugé bon de corriger sa trajectoire. Le programme d'entretien et d'amélioration des installations existantes a plutôt été enrobé d'une campagne de relations publiques mettant l'accent sur le potentiel économique de cette forme d'énergie.

L'engouement canadien pour l'énergie nucléaire est lié à des nécessités pressantes. En 2010, les 17 réacteurs en activité au pays ont fourni 15 pour cent de son électricité. Cette proportion est vouée à augmenter, puisque l'Ontario tente de remplacer ses centrales thermiques par des sources d'énergies plus propres.

La présidente de l'Association nucléaire canadienne Denise Carpenter précise qu'une grande partie de cette énergie sera d'origine atomique. « L'Ontario a un potentiel hydroélectrique limité et s'est engagé fermement à diminuer sa consommation de charbon. »

Dans la foulée de la catastrophe de Fukushima, la Commission canadienne de sûreté nucléaire (CCSN) a mis sur pied un groupe de travail qui a inspecté en profondeur les centrales canadiennes. « Celles-ci sont en très bon état et leurs mesures d'urgence sont adéquates », a affirmé l'inspecteur Phil Webster.

La semaine dernière, le groupe de travail a dévoilé un plan d'action contenant de nouvelles directives de sécurité. Selon M. Webster, la catastrophe de Fukushima a tout simplement accéléré l'adoption de mesures qui étaient déjà envisagées auparavant. « Peu importe ce qui survient dans une centrale canadienne, il y a un système d'urgence, puis un second système, et maintenant un troisième. Il n'y aura pas de défaillances en série comme au Japon. »

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En outre, la CCSN a révisé de fond en comble ses règlements internes ainsi que les procédures à suivre en cas d'accident. Elle a suggéré d'améliorer les communications entre les centrales nucléaires, les bureaux de sécurité civile provinciaux et divers organismes fédéraux.

Josée Picard, porte-parole de Sécurité publique Canada, confirme que l'harmonisation des directives avec celles de Santé Canada est à l'ordre du jour.

Par ailleurs, des experts de l'Association nucléaire canadienne ont participé à des réunions internationales visant à améliorer les procédures d'urgence. Pour Denise Carpenter, cela démontre que le Canada souhaite demeurer un chef de file de l'industrie.

L'Ontarien Tom Mitchell a pour sa part été nommé président de la Commission d'intervention de l'Association mondiale des exploitants nucléaires.

Quant à la campagne de relations publiques, elle a été entreprise à l'échelle provinciale et nationale. « Nous avons réagi dès le début de la crise et mobilisé toutes les ressources de l'industrie afin de rassurer les Canadiens », a affirmé Mme Carpenter.

Il est toutefois difficile de déterminer si cette campagne a eu un effet positif.

En juin 2011, à peine 36 pour cent des Canadiens ayant répondu à un sondage international Ipsos Reid disaient être « très favorables » ou « moyennement favorables » à l'énergie nucléaire. Cette proportion était inférieure à la moyenne des 24 pays où le sondage a été mené. Parmi les Canadiens opposés à l'énergie nucléaire, 19 pour cent disaient avoir été influencés par les événements survenus au Japon.

Un an plus tard, le public demeure donc méfiant. Cela est particulièrement évident au Québec, où des activistes de Greenpeace ont occupé le bureau du premier ministre Jean Charest et exigé la fermeture de la centrale de Gentilly.

Les énergies alternatives ont la faveur du public

Dans un communiqué émis au mois de février, Mme Carpenter affirmait que l'industrie nucléaire canadienne était « toujours aussi dynamique ». Or bon nombre d'observateurs – tant à l'échelle nationale que mondiale – ne partagent pas cet avis et croient que la perception de ce secteur est durablement entachée.

« La crise au Japon a freiné les espoirs de l'industrie nucléaire, mais pas complètement, puisqu'elle demeure une alternative valable aux énergies fossiles », a affirmé Peter Nemetz, économiste à l'Université de Colombie-Britannique.

Cela dit, « les beaux discours sur la sûreté des installations sont dérisoires, compte tenu des changements survenus dans l'opinion publique. Ces changements auront un impact indéniable sur les politiques énergétiques futures », a-t-il précisé.

Tom Adams, un analyste indépendant établi à Toronto, tempère lui aussi l'enthousiasme de l'industrie et souligne que de nombreuses alternatives, telles que le gaz naturel, apparaissent sur le marché. «La situation est changeante et le public porte son attention sur d'autres sources d'énergie. Le nombre d'États qui souhaitent recourir à l'énergie nucléaire diminue d'année en année.»

Le porte-parole de Greenpeace Shawn-Patrick Stensil abonde dans le même sens : «Les énergies vertes ont fait de tels progrès qu'elles pourront combler le vide créé par la disparition des centrales nucléaires. Cela est vrai dans la plupart des réseaux de distribution mondiaux.»

Le Canada – qui extrait 22 pour cent de l'uranium mondial et en constitue le plus grand producteur – est d'ores et déjà touché par la diminution du prix de ce métal.

Selon Raymond Goldie, analyste chez Salman Partners, « les fermetures de réacteurs au Japon et en Allemagne ont réduit la demande mondiale d'uranium d'environ 3 pour cent, ce qui équivaut à une année de croissance de l'industrie ».

M. Goldie demeure néanmoins optimiste, et croit que la demande se rétablira à long terme. « Contrairement à d'autres ressources naturelles, l'uranium a maintenu sa valeur tout au long de la crise financière. À part le Japon et quelques pays européens, personne d'autre n'a annulé ses commandes. On peut s'attendre à une reprise de la croissance d'environ 2,5 à 3 pour cent au cours des 10 prochaines années. »

Plus pessimiste, Tom Adams cite en exemple la compagnie minière Cameco, établie à Saskatoon, dont l'action a chuté du tiers depuis un an. «Depuis le 12 mars 2011, cette firme soutient que la demande d'uranium va se rétablir. Mais je n'en crois rien. Fukushima est un accident majeur qui a changé beaucoup de choses.»

Dans une conférence web de février 2012, le président de Cameco a dit aux investisseurs : « Les perspectives à long terme demeurent bonnes, c'est ce qui compte dans notre industrie. » Malgré de bons résultats trimestriels dus à la demande indienne et chinoise, Cameco a tout de même réduit ses prévisions de croissance et s'attend à une chute de revenus de 5 pour cent pour le reste de l'année.

Article écrit en collaboration avec Althia Raj

Au cours de 12 derniers mois, les survivants de la catastrophe ont commencé à rebâtir leurs vies. Beaucoup de progrès a été accompli mais la tâche demeure ardue. Le photographe d'Associated Press David Guttenfelder, qui avait parcouru les villes dévastées par le tsunami l'an dernier, s'est rendu de nouveau sur les lieux pour témoigner de ce qui a changé et de ce qui reste à faire.

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