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Appels frauduleux: 47 circonscriptions et le NPD demande des comptes

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47 circonscriptions seraient touchées par le scandale des appels frauduleux. (Shutterstock)
47 circonscriptions seraient touchées par le scandale des appels frauduleux. (Shutterstock)

(Radio-Canada.ca)

Le nombre de circonscriptions où les partis de l'opposition à Ottawa ont rapporté que des électeurs avaient reçu des appels trompeurs lors du dernier scrutin fédéral atteint désormais 47. Ces révélations ont alimenté de plus belle la controverse à la Chambre des communes mercredi.

Cinq autres circonscriptions soit Egmont, à l'Île-du Prince-Édouard, Elmwood-Transcona, au Manitoba, Lac-Saint-Louis et Pierrefonds-Dollar, au Québec et Vancouver-Sud, en Colombie-Britannique, viennent s'ajouter à la liste déjà substantielle établie par le Parti libéral et le Nouveau Parti démocratique, rapporte CBC.

Rappelons que des électeurs de nombreuses circonscriptions ont signalé avoir reçu lors du dernier scrutin en 2011 des appels leur indiquant un changement de bureau de vote, alors que cela n'était pas le cas. D'autres ont indiqué avoir reçu des appels partisans à répétition ou à des heures inappropriées.

Par ailleurs, en entrevue à Radio-Canada, un candidat libéral en vue, Anthony Rota, défait lors des dernières élections fédérales dans la circonscription de Nipissing-Temiskaming, en Ontario, dit avoir recueilli de nombreux témoignages d'électeurs qui auraient reçu des appels téléphoniques frauduleux à la veille du vote.

M. Rota, qui a été élu à trois reprises avant de perdre le dernier scrutin par 18 voix au profit du conservateur Jay Aspin, dit que des électeurs ont recommencé à communiquer avec lui à ce sujet la semaine dernière avec l'éclatement de la controverse.

« Je me souviens que le matin de l'élection, on avait eu beaucoup d'appels de gens qui avaient reçu des appels, supposément d'Élections Canada, leur disant d'aller voter à un autre bureau. On a appelé Élections Canada, essayé de les accommoder, voir ce qui se passait, mais c'était la journée de l'élection, on avait beaucoup de choses à faire, on n'a pas fait de cas avec ça », a-t-il dit en entrevue à Radio-Canada.

L'opposition demande des comptes

Les nouvelles informations donnent des munitions aux partis de l'opposition qui ont recommencé à tirer à boulets rouges sur le gouvernement à Ottawa.

Selon la chef intérimaire du Nouveau Parti démocratique, Nycole Turmel, le gouvernement a le choix entre fournir les informations en sa possession ou déclencher une enquête publique sur cette affaire.

« Quelles informations les conservateurs ont-ils données à Élections Canada. Est-ce qu'Élections Canada a reçu les contrats avec [les centrales d'appel] RackNine et RMG? Est-ce que les conservateurs font enquête ou se ferment-ils les yeux? Qu'est ce que le premier ministre cache? », a demandé Mme Turmel.

Pour Bob Rae, le chef intérimaire du Parti libéral, le stratagème est tellement systématique qu'il a dû reposer sur une organisation considérable que les conservateurs sont les seuls à pouvoir expliquer.

« Si les conservateurs pensent vraiment qu'il n'y a pas de problème, ça veut dire qu'ils n'ont pas de problème avec la fraude électorale. Ils ont toute une stratégie de communication et ils vont faire tous les efforts pour minimiser le problème, en disant d'aller voir Élections Canda si vous avez des informations », a-t-il dit lors d'un point de presse.

Une campagne de salissage, selon Harper

Les conservateurs continuent de leur côté de nier toute responsabilité dans cette affaire, en accusant les partis de l'opposition de mener une campagne de salissage, alors qu'ils ne veulent pas reconnaître leur défaite aux dernières élections.

Il a tenu à confirmer par la même occasion que les conservateurs avaient remis à Élections Canada toute l'information dont ils disposaient relativement aux appels téléphoniques dans Guelph, en Ontario, la seule circonscription où Élections Canada a mené une enquête sur les appels trompeurs.

« Il semble qu'Élections Canada n'a reçu aucune de ces plaintes [dont parle l'opposition] le jour des élections. Ces plaintes sont formulées neuf mois après les élections. Nous avons des informations détaillées sur tous les appels qui ont été effectués par notre parti, que nous avons remises à Élections Canada. Si [l'opposition] n'a pas de telles informations, n'a pas de preuves, elle ne fait que du salissage », a soutenu M. Harper durant la période de questions.

« Pierre Poutine »

Mardi, plusieurs médias, qui ont obtenu accès à des documents de cour liés à l'enquête d'Élections Canada, ont rapporté qu'un des téléphones utilisés dans le stratagème des appels trompeurs à Guelph, appartenait à un dénommé Pierre Poutine, habitant rue des Séparatistes, à Joliette.

Le numéro de téléphone cellulaire a été activé le 30 avril dernier, soit deux jours avant le scrutin. Des appels ont ensuite été effectués de ce numéro vers l'entreprise RackNine, une centrale téléphonique privée d'Edmonton, embauchée par le Parti conservateur et au coeur de la controverse.

Selon l'enquêteur d'Élections Canada, Al Mathews, Pierre Poutine est de toute évidence une fausse identité destinée à brouiller les pistes, utilisée par la personne qui est à l'origine des appels à Guelph. Un restaurant de Guelph s'appelle Pierre's Poutine.

Selon les documents de la cour, ce numéro a été utilisé pour appeler l'entreprise RackNine à deux reprises, soit le 30 avril et le 1er mai, à la veille du jour du vote.

Les relevés téléphoniques feraient aussi état de 31 appels entre le bureau du candidat conservateur de Guelph, Marty Burke, et RackNine, entre les mois de mars et de mai 2011.

Il n'a toutefois pas été démontré que le Parti conservateur a demandé à RackNine, ou à une autre entreprise de faire ces appels. Tout au plus, ces relevés démontrent qu'il y a des liens et des appels entre des conservateurs et cette entreprise, dont les services sont légaux.

Quant à l'entreprise RackNine, elle a confirmé que quelqu'un avait utilisé son service pour faire les appels trompeurs. Mais elle affirme qu'elle n'a rien fait de mal et qu'elle collabore pleinement à l'enquête d'Élections Canada et à celle de la police.

Mardi, le président de la Chambre a refusé la demande des libéraux de tenir un débat spécial au sujet des appels électoraux.

Les députés ont par ailleurs adopté à l'unanimité une motion néo-démocrate demandant à tous les élus qui détiendraient des informations au sujet d'appels trompeurs de les transmettre à la Gendarmerie royale du Canada ou à Élections Canada.