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Gentilly-2: les libéraux cachent leur intention aux citoyens, selon le PQ

24/02/2012 11:31 EST | Actualisé 25/04/2012 05:12 EDT
CP

QUEBEC - Pour gagner des votes, le gouvernement Charest cache aux citoyens de la Mauricie son intention de fermer la centrale nucléaire Gentilly-2, a allégué vendredi le député Bernard Drainville.

La sortie récente de la ministre régionale Julie Boulet en faveur de la modernisation de la centrale n'est que de la poudre aux yeux électoraliste, a soutenu M. Drainville, au cours d'un débat sur l'avenir de Gentilly-2 à l'Assemblée nationale.

«Ce que fait le gouvernement à travers les déclarations de Mme la ministre, c'est de jouer avec les nerfs des gens de la Mauricie puis de leur faire croire à la possibilité de réfection, alors qu'il est clair que le gouvernement s'en va dans une direction opposée. Et la raison pour laquelle il ne l'annonce pas, c'est parce qu'il y a des élections à l'horizon», a déclaré le député de Marie-Victorin.

Porte-parole de l'opposition en matière de développement et d'indépendance énergétique, M. Drainville dit avoir acquis la conviction que le gouvernement libéral a déjà fait son nid mais ne veut pas nuire à ses chances de réélection en annonçant la fermeture de la centrale.

Selon lui, le ministre de l'Environnement, Pierre Arcand, a donné une bonne indication du sort de la centrale en déclarant, à la fin du mois de janvier à Trois-Rivières, que son gouvernement n'avait «pas l'intention de poursuivre dans le domaine du nucléaire».

M. Arcand ne faisait qu'exclure tout nouveau développement de la filière nucléaire mais l'opposition a choisi d'interpréter les propos à l'appui de sa thèse.

«Regardez bien aller le gouvernement si les libéraux sont réélus: ce qu'ils vont faire, c'est qu'ils vont annoncer la fermeture (de Gentilly-2) tout de suite après l'élection. C'est ça qu'ils ont derrière la tête», a affirmé M. Drainville.

Le Parti québécois affiche ouvertement sa position en faveur de la fermeture et du déclassement de la seule centrale nucléaire au Québec.

Plutôt que «d'engloutir plusieurs milliards $» en travaux, Hydro-Québec devrait plancher sur des énergies vertes, a argué M. Drainville. Pour amoindrir les effets de la fermeture de Gentilly-2 sur la région, le PQ propose la création d'un fonds de diversification économique de 200 millions $.

En réplique, le ministre des Ressources naturelles, Clément Gignac, a assuré que le gouvernement n'avait pas d'intention cachée à l'égard de Gentilly-2.

Au contraire, «nous avons un préjugé favorable» pour la réfection de la centrale, a-t-il soulevé.

Néanmoins, Québec attendra d'avoir «toutes les informations en main» avant d'annoncer sa décision, a précisé le ministre.

Ces informations seront fournies par Hydro-Québec dans un rapport attendu ce printemps sur la mise à jour de la planification des travaux et des coûts de réfection.

Québec est grandement préoccupé par la facture des travaux de modernisation de la centrale jumelle de Point Lepreau, au Nouveau-Brunswick. Le coût est passé de 1,4 milliard $ en 2004 à 2,4 milliards $ en 2011 et la centrale n'est toujours pas en opération.

Un plan d'action d'envergure est aussi attendu de la part de la Commission canadienne de sûreté nucléaire dans les prochaines semaines en réponse au désastre de Fukushima, survenu l'an dernier au Japon.

«Un resserrement de la réglementation pourrait signifier une augmentation des coûts annuels d'opération (de Gentilly-2). On ne va pas improviser, on ne va pas se faire bousculer par l'opposition. On n'a jamais caché notre préjugé favorable pour la réfection mais ça ne se fera pas à n'importe quel coût ni n'importe comment», a convenu le ministre.

Des estimations évaluent les coûts de réfection de Gentilly-2 à plus de 2 milliards $. Quelque 800 emplois se rattachent aux activités de la centrale dont la durée de vie utile doit prendre fin en 2013.

Le gouvernement Charest s'accorde jusqu'à la fin de 2012 pour décider de la marche à suivre.

Entre-temps, le Mouvement Sortons le Québec du nucléaire (MSQN) est revenu à la charge vendredi pressant le premier ministre Jean Charest d'annoncer la fermeture de Gentilly-2

«À la lumière de la catastrophe de Fukushima, nous demandons au premier ministre (...) de revenir aux valeurs de base du Parti libéral et de fermer Gentilly-2. Il s’agit ici de servir le bien commun et non les intérêts de firmes d’ingénierie ou de sous-traitants qui entendent profiter de l’explosion des coûts que connaissent les projets de construction ou de reconstruction des centrales nucléaires à travers le monde», a déclaré Shawn Patrick Stensil de Greenpeace, dans un communiqué.