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John Baird: Une remarque pro-palestienne retirée d'un discours à l'ONU

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Une remarque pro-palestinienne a été retirée d'un discours prononcé par le ministre des Affaires étrangères John Baird. (AP) | AP

OTTAWA - Une remarque pro-palestinienne a été retirée d'un discours prononcé par le ministre des Affaires étrangères John Baird devant l'Assemblée générale des Nations unies, à l'automne dernier.

Des documents obtenus par La Presse Canadienne révèlent que M. Baird a rejeté les premiers brouillons produits par le ministère en vue de son allocution à l'ONU, brouillons qui soutiennent que le Canada est «l'un des principaux appuis» du peuple palestinien et qui énumèrent les subventions canadiennes versées à la Palestine prouvant cette affirmation.

M. Baird a finalement prononcé un discours beaucoup plus dur que prévu par ses rédacteurs, qui vient souligner, sans équivoque, le soutien canadien à Israël, une prise de position pour laquelle le ministre ne s'est jamais excusé et qui a généré beaucoup de critiques envers les conservateurs de Stephen Harper.

Des copies des ébauches de l'allocution, obtenues en vertu de la Loi sur l'accès à l'information, montre que le chef de la diplomatie canadienne a utilisé une version profondément remaniée du texte pour son premier passage à l'ONU en tant que représentant du Canada lors de l'Assemblée générale du 26 septembre 2011.

Dans son discours, John Baird faisait un parallèle avec les partisans de la politique d'apaisement vis-à-vis l'Allemagne nazie avant l'éclatement du deuxième conflit mondial. «Le Canada ne tolérera pas que l'État hébreu soit attaqué pour avoir défendu son territoire et ses citoyens. La Seconde Guerre mondiale nous a enseigné ce qu'il en coûtait de faire des concessions juste pour éviter l'affrontement.»

La seule référence directe au peuple palestinien dans l'allocution du ministre servait à mettre l'accent sur l'opposition du Canada au projet de l'Autorité palestinienne de profiter de l'Assemblée générale pour se faire reconnaître comme État par l'ONU.

Cette question a dominé la séance de l'assemblée de l'automne dernier et le désaccord canadien par rapport au plan palestinien, sentiment partagé par beaucoup de pays dont les États-Unis, était bien connu à l'époque.

Le premier brouillon du discours de M. Baird disait même que «le Canada a clairement fait savoir qu'il ne soutenait pas la reconnaissance de l'État palestinien». Il encourageait aussi la Palestine à retourner s'asseoir à la table des négociations avec Israël.

Mais un long paragraphe qui exprimait des sentiments plus positifs au sujet des Palestiniens a éventuellement été raccourci au cours d'une série de révisions pour finir par être complètement supprimé.

Il mentionnait notamment que le Canada s'était engagé à donner 300 millions $ sur cinq ans à l'Autorité palestinienne afin de l'appuyer dans le domaine de la justice, de la sécurité et du développement économique durable, en plus de fournir de l'aide humanitaire aux Palestiniens en Cisjordanie et dans la bande de Gaza.

«Notre appui à la Cisjordanie et à la bande de Gaza démontre notre volonté d'assister les Palestiniens dans la création d'un État palestinien indépendant, démocratique et pacifique cohabitant dans la paix et la sécurité avec Israël», concluait le paragraphe retiré de l'allocution.

Le mois dernier, John Baird s'était rendu dans l'État hébreu en compagnie d'un rabbin orthodoxe de sa circonscription d'Ottawa et avait répété à plusieurs reprises à ses hôtes que le Canada était le meilleur ami d'Israël.

En visite dans la bande de Gaza, M. Baird avait conseillé au président palestinien Mahmoud Abbas lors d'une rencontre privée de recommencer à négocier avec les Israéliens sans exiger de conditions préalables afin de trouver une solution pacifique au conflit.

Le bureau du ministre a refusé de commenter le processus de rédaction du discours de l'ONU. «L'allocution qu'il a prononcée était conforme à la politique étrangère du Canada», s'est contenté de déclarer le porte-parole Joseph Lavoie.