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Entrevue avec Brian Topp: vivement la fin de la course (VIDÉO)

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Brian Topp s’est présenté légèrement enrhumé dans les bureaux du Huffington Post Québec, à Montréal. La longue campagne à la direction du NPD se termine dans cinq semaines, mais elle est loin de s’être propagée comme un virus.

Le peu d’intérêt qu’elle suscite jusqu’ici dans le Québec de la vague orange s’ajoute à la baisse de popularité du NPD depuis les élections du 2 mai. Au point où les libéraux dépassent désormais les néo-démocrates dans les intentions de vote.

«Il n’y a pas de doute que la course à la chefferie nous a distraits, admet Brian Topp. Sept mois, c’est long pour avoir une discussion à l’interne.»

Longtemps dans l’ombre, Brian Topp connaît pourtant intimement la chose politique. Né sur la rive-sud de Montréal, il a fait ses études à l’Université McGill avant de travailler dans le domaine syndical. Il a été président de l’ACTRA – l’équivalent au Canada anglais de l’UDA.

Il a surtout travaillé au sein du NPD pendant plus de 25 ans, devenant le chef de cabinet de Jack Layton. À la suite du décès de son chef, il souhaite poursuivre son œuvre.

Mais partager les convictions est une chose, la chaleur en est une autre. Brian Topp ne dégage pas le charisme et le naturel de son ancien chef. «Mais personne ne voulait de cette course, répète-t-il. C’est une tragédie, cette course.» Et il admet qu’il n’a lui-même jamais rêvé de devenir premier ministre.

N’empêche, maintenant qu’il y est, il ne déteste pas occuper le devant de la scène. «C’est une fabuleuse libération, parce qu’on peut tout simplement parler et dire ce qu’on pense. C’est un beau changement, mais il faut assumer les conséquences.»

Le plus riche

Lui qui était perçu comme favori en début de course, des sondages le placent pourtant au cinquième rang dans les faveurs des militants, bien loin du meneur Thomas Mulcair.

Sauf que parmi les sept candidats toujours en lice, Brian Topp est celui qui a engrangé le plus d’argent pour sa campagne. «C’est un bon signe, je pense que ça va très bien pour moi. Mais ce n’est pas avec l’argent qu’on gagne une course à la chefferie, c’est avec les votes.»

Craint-il qu’on scrute l’identité de ses donateurs? «Y a certainement une obsession sur la question d’où vient le financement politique. Mais regardez les chiffres: on parle de 200 000 $. Ce sont des sommes très modestes par rapport aux millions de dollars pour une campagne électorale.»

Comment explique-t-il ce désintérêt pour la course? «C’est un débat à l’intérieur du parti, entre 100 000 membres qui ont des cartes. C’est intéressant avant tout pour les partisans néo-démocrates. Après, quand ce sera fini, on va pouvoir s’adresser au public. Mais on ne fait pas l’erreur des libéraux de convertir la course au leadership en guerre civile.»

Reste qu’entre-temps, l’absence de plusieurs candidats en Chambre fait mal à la nouvelle opposition officielle aux Communes. Au point où les libéraux de Bob Rae, relégués au rang de troisième parti, prennent parfois des allures d’opposition officielle. Pas surprenant que le chef libéral lorgne le Québec, et qu’il ait convaincu une députée du NPD de joindre ses troupes.

«Nous avons fait des erreurs de parcours, comme lorsque les conservateurs ont nommé un vérificateur général unilingue anglophone, estime Brian Topp. C’est devenu un problème pour nous, nous avons mangé la claque au Québec parce qu’on n’a pas expliqué assez fort pourquoi c’était une mauvaise chose.» Et les libéraux en ont profité.

«Nous devons cesser de simplement réagir au gouvernement, mais donner notre propre agenda. Non seulement attaquer, mais fournir des alternatives.»

Il écarte une fusion avec les libéraux, puisque ceux-ci ne la souhaitent pas. «Si on se lançait dans ce débat, ce serait un débat entre néo-démocrates. » Néanmoins, il affirme clairement qu’en cas de Parlement minoritaire, il voudrait s’associer aux libéraux pour former un gouvernement de coalition.

Son programme

Parmi les éléments de sa plateforme : taxer les plus riches. «Le jeu des conservateurs, c’est de casser le gouvernement avec des baisses d’impôts, provoquer une crise fiscale pour ensuite dire qu’ils sont en déficit et qu’il faut couper.»

Registre des armes à feu, projet de loi C-10 sur le code criminel, réouverture des débats sur l’avortement et la peine de mort : croit-il que le pays sera irrémédiablement transformé par les conservateurs?

«Le Canada va survivre à ce gouvernement, tempère-t-il. Mais il y a des membres de ce gouvernement qui sont en train de dire : on a le pouvoir, on va l’utiliser. Et ils accouchent de politiques dont les Canadiens et les Québécois, au final, ne veulent pas.»

Brian Topp dit sentir un ardent désir de changement chez les Québécois, qui s’incarne dans la popularité de la CAQ. Mais au vu des différences de principes entre le NPD et la CAQ, les Québécois ne cherchent-ils que le changement pour le changement? Le candidat prend une pause avant de répondre : «Le centre de la politique au Québec, c’est pas mal la gauche au Canada anglais, soutient-il. Je ne veux pas dire que nous sommes comme la CAQ, mais je sens que les Québécois sont à la recherche de nouveau.»

Et sur le plan constitutionnel, la question de la place du Québec au sein du Canada se posera un jour ou l’autre, dit-il. «Ce n’est pas normal que la Charte canadienne des droits et libertés n’a pas été acceptée par l’Assemblée nationale, affirme Brian Topp. C’est une lacune qui devra être réglée, et ce sera réglé quand on sera certain que ça va marcher.»

Mais comment : des négociations? Un plan du fédéral? Un plan du Québec? «On verra, tranche-t-il. On va chercher, comme disent nos amis péquistes, des conditions gagnantes.»

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