Huffpost Canada Quebec qc

Pourquoi L'Oeuvre Léger a-t-elle perdu son financement?

Publication: Mis à jour:
SPLASH LGER
Pour la première fois en plus de 40 ans d’existence, L’Oeuvre Léger a essuyé un refus de l’Agence canadienne de développement international. | PC/AFP

Pour la première fois en plus de 40 ans d’existence, L’Oeuvre Léger a essuyé un refus de l’Agence canadienne de développement international (ACDI). Une situation particulière influencée notamment par une série d’enquêtes touchant la gestion de l’organisme par Conseil et vérification Canada.

«Nous ne faisons aucun commentaire sur le statut des propositions soumises à l'Agence», c’est contenté de dire Katherine Heath-Eves, une porte-parole de l’ACDI, par courriel, le 1er février dernier.

C’est le 23 décembre 2011 que la ministre de la Coopération internationale, Beverley J. Oda, dévoilait les 53 organisations canadiennes dont « le gouvernement allait offrir un soutien visant à réduire davantage la pauvreté et à aider avec efficacité les populations les plus vulnérables du monde», peut-on lire dans le communiqué.

Bien que L’Oeuvre Léger avait annoncé la mise en place d’une «Coalition stratégique et historique» avec l’Union des producteurs agricoles – Développement international (UPA DI) le 10 mai 2011, il semble que la démarche n’ait pas été suffisante pour convaincre la ministère et l’ACDI d’autoriser de nouveaux financements.

«C’est vrai que nous avons reçu une réponse négative de l’ACDI pour cette demande. La seule réponse positive a été celle de l’hôpital du Cardinal Léger, en Haïti», confirme Sylvain Sicotte, responsable aux communications de L’Oeuvre Léger.

Selon nos informations, la demande de subvention tournait autour de 5,5 millions de dollars annuellement. Une situation qui ne semble pas inquiéter L’Oeuvre Léger pour le moment. «Nous sommes une fondation et il est possible d’aller chercher d’autres sources de financement pour arriver à offrir une programmation internationale», assure-t-il.

Perte de 6 millions

Avant même d’avoir déposé cette récente demande de financement à l’ACDI, L’Oeuvre Léger - également appelé La Fondation Jules et Paul-Émile Léger- était dans l’embarras pour avoir contrevenu aux règles de gestion de l’ACDI.

En effet, l’organisme aurait notamment profité d’une subvention de 5,5 millions de dollars en 2009, alors que l’année précédente, il déclarait une perte financière de 6 millions dans son rapport annuel déposé aux fonctionnaires de l’ACDI. Une information validée par le directeur de L’Oeuvre Léger, Norman MacIsaac.

Interrogé à savoir pourquoi la ministre avait accordé un financement, en 2009, alors que l’organisme enregistrait une perte importante, le cabinet a confirmé qu’une enquête interne était en cours sur cette question.

«La position du gouvernement sur la corruption est très claire, nous ne tolérerons aucune utilisation abusive de l'aide canadienne», a écrit Justin Broekema, attaché de presse, indiquant attendre toujours les conclusions de l’enquête.

Financement en zone d’Al-Qaïda au Mali

En plus de la perte financière de 6 millions de dollars, L’Oeuvre Léger était devenue vulnérable auprès de l’ACDI pour avoir, jusqu’en octobre 2010, envoyé des fonds importants (projet ACORD-SAHEL, pour un total de 1,2 millions de dollars) dans la zone contrôlée d’Al-Qaïda en République du Mali, en Afrique de l’Ouest.

Le directeur général de L’Oeuvre Léger a admis qu’il leur était impossible d’aller vérifier l’usage des fonds sur le terrain.

Il faut savoir que les fonds étaient envoyés dans la même zone et à la même période où deux diplomates canadiens, Robert Fowler et Louis Guay, étaient détenus après leur enlèvement au Niger le 14 décembre 2008 par Al-Qaïda.

L’attaché de presse de la ministre Oda, Justin Broekema, a précisé que toutes les organisations financées par l’ACDI sont imputables quant à la gestion des fonds et leurs utilisations.

À savoir pourquoi la ministre et l’ACDI avaient accepté de financer le projet de L’Oeuvre Léger situé dans la zone d’Al-Qaïda, le cabinet a précisé qu’une deuxième enquête est actuellement en cours à cet effet.

L’enquête pourrait permettre de savoir si L’Oeuvre Léger et les fonctionnaires de la Direction générale des partenariats avec les canadiens avaient informé la Gendarmerie Royale du Canada ainsi la ministre de la Coopération internationale.