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Plan d'aide à la Grèce: les grecs proposent un accord, l'Eurogroupe va trancher

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Cette fois les jeux sont faits, rien ne va plus. Ce jeudi 8 février, un texte final d'une cinquantaine de pages va être remis par la Grèce aux pays membres de l'Europe. Après huit heures de négociations avec les principaux partis grecs, qui se sont poursuivies jeudi matin, et malgré un point d'achoppement qui devrait être réglé "au cours de la journée", Lucas Papademos a pu annoncé vers 14h50 qu'un accord avait été trouvé au sein du gouvernement de coalition. Jean-Claude Juncker, le chef de file des ministres des finances de la zone euro, a décidé d'organiser une réunion de l'Eurogroupe en urgence. Avec un simple tweet, il a plus ou moins sifflé la fin de négociations côté grec et le début des délibérations:

Le ministre grec des Finances, Evangélos Vénizélos, a déclaré jeudi matin avant de quitter Athènes qu'il partait pour Bruxelles "avec l'espoir que l'Eurogroupe va prendre une décision positive concernant le nouveau plan d'aide".

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On va enfin connaître l'épilogue de la tragédie grecque qui se joue depuis le dernier Sommet européen. Depuis samedi dernier, la Grèce recule jour après jour l'échéance faute de trouver des compromis. Sachant qu'en faisant cela, elle se rapproche un peu plus du précipice: le pays fera faillite le 20 mars s'il n'est pas renfloué de 130 milliards d'euros. Le temps de débloquer les fonds et de mettre en place les mécanismes financiers, cela ne donne guère de temps, d'autant que le Bundestag en Allemagne ne vote que tous les 15 jours, ce qui contraint à ne pas rater la session du vendredi.

Pas facile de s'y retrouver entre les différents protagonistes, les négociations bilatérales et coups de bluff. Petit résumé de la situation avant la grande rencontre de 18 heures.

Pourquoi ne négocient-ils pas tous ensemble ?

Parce que les États membres de la zone euro, ainsi que le FMI ont été très clairs: que les grecs négocient d'abord avec leurs différents interlocuteurs et qu'ils présentent un projet clair et solide. Dans le cas contraire, l'Europe ne viendra pas sauver le pays. Signe fort, Jean-Claude Juncker a prononcé pour la première fois le week-end dernier le mot de faillite: "si nous devions constater que tout va à vau-l'eau en Grèce, alors il n'y aurait pas de nouveau programme de refinancement, (...), cela signifierait une faillite en mars." Des mots très forts alors que l'Europe a toujours affiché, du moins en façade, un soutien indéfectible.

Avec qui la Grèce devait-elle négocier ?

Si le processus est aussi long alors que le temps presse, c'est qu'il s'agit d'un billard à plusieurs bandes. Avant de pouvoir proposer un dossier suffisamment solide pour être susceptible de déclencher cette aide de 130 milliards d'euros, il fallait convaincre:

  1. Les créanciers privés (banques, hedge funds, fonds d'investissement...) de renoncer, non plus à 50%, mais à 70% de leur dette. Alors que l'IIF (institut de la finance internationale), qui représente les créanciers privés dans ces négociations, avait été inflexible, il a annoncé le week-dernier qu'ils avaient rempli leur part du contrat: "Le secteur privé est extrêmement généreux en offrant maintenant une perte de plus de 70%, je peux seulement appeler les autres parties à faire de même" a annoncé Josef Ackermann, son représentant. Des membres de l'IIF seront ce jeudi 9 février à Paris pour discuter d'un plan d'échange de dette destiné à faire baisser l'endettement de la Grèce, selon un responsable bancaire cité par Reuters, mais le principe est acté.
  2. Les créanciers publics (pays membre de la zone euro, BCE...) de lâcher du lest. Pour parvenir à un taux d'endettement de 120%, les pays doivent aussi accepter de prendre leurs pertes. Plusieurs réunions avec la Troïka (BCE, Union Européenne et FMI) ont permis d'obtenir un accord là-dessus.
  3. Les représentants des principaux partis grecs. de s'entendre sur de nouvelles mesures. Avant d'accorder le moindre euro d'aide, la zone euro, la BCE et le FMI exigent d'avoir des garanties, non seulement sur la mise en oeuvre des mesures d'austérité déjà promises en mai 2010 et sur lesquelles la Grèce a pris trop de retard, mais aussi sur un nouveau plan draconien. Or, ces plans exaspèrent une population déjà asphyxiée et terrorisent les dirigeants grecs qui songent aux législatives du printemps prochain. Ces négociations entre Lucas Papademos et les partis politiques ont fini par aboutir, au bout d'un marathon d'une dizaine d'heure entre mercredi soir et jeudi matin.

Que va contenir le plan de réduction de coûts?

Peu d'informations ont filtré des négociations de ces derniers jours. Mais les mesures les plus marquantes seraient d'après les dernières informations:

  • Une baisse de 20 à 22% du salaire minimum qui passerait à environ 500 euros (325.000 salariés concernés)
  • Des coupes de 15% dans les retraites complémentaires. C'est ce point qui a posé le plus de problèmes lors des négociations avec la coalition gouvernementale.
  • Suppression rapide de 15.000 emplois dans la fonction publique
  • Engagement de prendre des mesures fiscales représentant 13 milliards d'euros d'ici 2015 (source: Reuters).

L'Europe va-t-elle accepter?

Jusqu'il y a encore une semaine, on se disait que l'intransigeance était surtout de façade pour forcer les dirigeants grecs à réagir. Mais, depuis, le discours s'est nettement durci et la pression n'a jamais été aussi forte. Les marchés financiers, eux, ont décidé de moins s'intéresser au cas de la Grèce tant qu'aucun projet ne serait présenté. Tout dépendra, en réalité, des mesures d'austérité, et surtout du calendrier, présenté. Car les pays membres de la zone euro ont déjà cru sur parole une première fois sans avoir vu arriver de résultats probants.

Les facteurs positifs

  • Angela Merkel a obtenu son traité européen, une condition sine qua non avant d'accepter de parler d'une aide à la Grèce.
  • Mario Draghi, président de la BCE a déclaré jeudi être "plutôt confiant que toutes les pièces du puzzle (allaient) s'emboîter".
  • Les négociations avec les créanciers privées et publics se sont plutôt bien déroulées.
  • Tous les pays, ainsi que les marchés financiers, veulent refermer le chapitre grec pour se concentrer sur le cas du Portugal, déjà préoccupant.
  • Le délai est trop court désormais pour "organiser une faillite". Un refus de l'Europe reviendrait à une explosion dont on ne maîtrise pas les conséquences.
  • Le fait que Jean-Claude Juncker annonce la réunion de l'Eurogroupe avant la remise officielle du rapport est plutôt rassurant. Il ne comptait l'organiser que si les discussions étaient finalisées.
  • Mario Draghi, président de la BCE souhaite participer à l'éventuelle aide selon le Wall Street Journal. Elle n'a pas le droit de donner de l'argent, mais pourrait renoncer aux intérêts des obligations qu'elle détient, ce qui revient à faire cadeau aux grecs de 12 milliards d'euros.

Les facteurs négatifs

  • Selon le porte-parole du gouvernement, Pantélis Kapsis, il faut encore trouver "600 millions d'euros, dont 325 millions seront obtenus par des abaissements de retraites".
  • Le ras-le-bol de la population. Les manifestations se multiplient et la population est déjà étranglée. On voit mal, aujourd'hui, comme elle pourrait supporter une cure d'austérité supplémentaire.
  • La situation est pire que prévu: d'après Reuters, le PIB de la Grèce devrait se contracter de 4% à 5% cette année au lieu des 2,8% prévus, selon une source gouvernementale, citant des chiffres figurant dans un projet d'accord, envoyé au FMI.
  • Les avis divergent concernant une aide à la Grèce au sein même de la BCE selon Reuters.
  • Selon Citigroup, la Grèce a 50% de chances de quitter la zone euro
  • Les pertes de 70% acceptées par les créanciers privés ne serait pas suffisantes pour parvenir à un niveau d'endettement suffisant pour la Grèce, a prévenu mercredi l'agence de notation Standards & Poor's.

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