Projet de résolution sur la Syrie au Nations unies : la Russie et la Chine mettent leur veto

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L'ambassadrice américaine, Susan Rice et l'ambassadeur britannique, Mark Lyall, votent une résolution au Conseil de sécurité de l'ONU. (AP Photo/Mary Altaffer)
L'ambassadrice américaine, Susan Rice et l'ambassadeur britannique, Mark Lyall, votent une résolution au Conseil de sécurité de l'ONU. (AP Photo/Mary Altaffer)

La Russie et la Chine ont une fois de plus opposé leur droit de veto au projet de résolution sur la crise en Syrie, lors d'un vote samedi du Conseil de sécurité de l'Organisation des Nations unies (ONU), malgré des amendements. Les 13 autres membres du Conseil ont tous voté en faveur de la résolution.

En octobre dernier, les deux pays s'étaient déjà opposés à un projet de résolution condamnant la répression en Syrie.

Jeudi dernier, un nouveau projet de résolution avait été déposé à l'ONU. Le texte avait été expurgé des clauses qui offusquaient la Russie. Il ne faisait notamment plus référence au départ du président Bachar Al-Assad. Son départ n'était plus explicitement envisagé, tout comme a été écartée l'idée d'une intervention militaire sur le modèle libyen.

À la suite d'intenses négociations entre les ambassadeurs, cette nouvelle mouture « soutient pleinement [...] la décision de la Ligue arabe du 22 janvier 2012 de faciliter une transition politique menant à un système politique démocratique et pluraliste ».

Les détails de cette transition - en particulier le transfert des pouvoirs du président Al-Assad à son vice-président - avaient en revanche été retirés. Ces modalités avaient été envisagées en janvier par la Ligue arabe, et proposées dans le cadre de son plan de sortie de crise qui a été rejeté par Damas, le 22 janvier dernier.

Les concessions n'avaient qu'un objectif : éviter le veto de la Russie. Cette menace avait été brandie à plusieurs reprises par le représentant à l'ONU du Kremlin, Vitali Tchourkine, qui a prévenu qu'il n'accepterait pas un texte que son pays juge « erroné ».

Moscou considèrait que le nouveau texte condamnait davantage le gouvernement de Bachar-Al-Assad que les groupes armés. Le chef de la diplomatie russe, Sergueï Lavrov avait affirmé samedi avant le vote à l'ONU que soumettre le projet de résolution provoquerait un « scandale ».

Le représentant russe à l'ONU, Vitali Tchourkine, a expliqué que l'utilisation du veto était nécessaire en raison du projet de résolution qui était « déséquilibré ». Selon lui, le texte présenté « appelait à un changement de régime, encourageant l'opposition à rechercher le pouvoir et adressait un message déséquilibré aux [deux] parties », soit le gouvernement Al-Assad et l'opposition.

La communauté internationale dénonce la position de la Chine et de la Russie

Peu de temps après le vote à l'ONU, plusieurs pays ont dénoncé la position de la Chine et de la Russie dans le dossier de la Syrie. Ils accusent les deux pays « d'abandonner » le peuple syrien.

Le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, a déclaré que le double veto « amoindrit le rôle de l'ONU et de la communauté internationale à un moment où il faudrait que les autorités syriennes entendent une seule et même voix appelant à mettre fin immédiatement à la violence contre le peuple syrien ».

« En dépit du vote d'aujourd'hui, la communauté internationale et le peuple syrien doivent redoubler d'efforts pour trouver une transition politique vers la démocratie qui soit conduite par les Syriens eux-mêmes », a ajouté Ban Ki-moon.

Le ministre britannique des Affaires étrangères, William Hague, a affirmé que « par leur démarche, ils [la Chine et la Russie] abandonnent le peuple syrien et ne font qu'encourager le régime brutal du président à commettre davantage de tueries, comme cela a été fait à Homs ces dernières 24 heures ».

L'ambassadeur français à l'ONU Gérard Arnaud a indiqué qu'il s'agissait d'un « triste jour pour ce Conseil, pour les Syriens et pour les amis de la démocratie ».

Selon l'ambassadeur allemand à l'ONU, Peter Wittig, le Conseil de sécurité a une « nouvelle fois failli à son mandat et à ses responsabilités ».

De son côté, l'ambassadrice américaine, Susan Rice, n'a pas mâché ses mots à la suite du vote. Elle a déclaré que les États-Unis sont « écoeurés de ce veto qui nous empêche de traiter une crise de plus en plus grave en Syrie. Toute nouvelle effusion de sang sera de leur [la Chine et la Russie] responsabilité ».

La secrétaire d'État américaine, Hillary Clinton, qui participe à une conférence sur la sécurité à Munich, abonde dans le même sens que sa compatriote. Elle estime que l'utilisation du veto équivaut « à endosser la responsabilité des horreurs qui se produisent en Syrie ».

Une quarantaine de Canadiens d'origine syrienne ont manifesté samedi devant l'ambassade syrienne, à Ottawa, pour dénoncer le régime du dirigeant syrien.

Les manifestants demandent à la communauté internationale d'intervenir pour mettre fin à la violence dans le pays. L'ambassade syrienne de la capitale a par ailleurs été la cible de vandalisme durant la nuit de vendredi à samedi. La devanture de l'édifice a été aspergée de peinture rouge.

Les ambassades de la Syrie dans plusieurs pays ont aussi été vandalisées.

Visite en Syrie

À la demande du président russe Dimitri Medvedev, le ministre des Affaires étrangères de la Russie a annoncé samedi qu'il se rendra en Syrie, en compagnie du chef des services de renseignement extérieurs.

La rencontre avec Bachar Al-Assad aura lieu mardi à Damas.

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